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II. — Les mesïires et les conseils contre la sécheresse

On a lu, dans une précédente chronique, que M. Viette, ministre des travaux publics, avait demandé aux compagnies de chemins de fer un abaissement temporaire des tarifs de transport pour les fourrages. Toutes les compagnies avaient adhéré à cette demande, mais une loi a été nécessaire pour en permettre la réalisation. Cette loi, votée par le Parlement, a été promulguée au Journal officiel du 3 juin, dans les termes suivants :

Article unique. — iLes Compagnies de chemins de fer el l'administration des chemins de fer de l'Etat sont autorisées à réduire de 25 pour 100 pendant une

Ïiériode de trois mois à dater de la promulgation de la présente loi, les prix de eurs tarifs généraux, spéciaux et communs applicables au transport par wagon complet, en grande et petite vitesse, des denrées ci-après dénommées : fourrages, foin, paille de céréales, son, issues de grains en sacs, tourteaux, drèches, féverolles, tourbes et bruyères pour litière.

A cette occasion, M. le Ministre de l'agriculture a adressé aux professeurs départementaux d'agriculture la circulaire suivante :

Paris, le 2 juin 1893.

« Pour venir en aide à l'agriculture après la période de sécheresse que nous venons de traverser, le Parlement, à la suite d'un projet de loi déposé, sur ma demande, par M. le Ministre des travaux publics, vient d'autoriser les Compagnies de chemins de fer et l'administration des chemins de fer de l'Etat à abaisser, pendant un délai de trois mois, les prix applicables au transport de diverses denrées servant à l'alimentation du bétail. La réduction consentie est de 25 pour 100 sur le prix des tarifs généraux, spéciaux et communs applicables au transport, par wagon complet, en grande et petite vitesses des denrées ci-après dénommées : fourrages, foin, paille de céréales, son, issues de son en sacs, tourteaux, drèches, féveroUes, tourbes et bruyères pour litière.

« Je vous prie de vouloir bien appeler l'attention des cultivateurs sur cette mesure, de nature à leur permettre de remédier, avec moins de frais, à l'insuffisance des fourrages.

« Vous remarquerez que seules les expéditions par wagon complet bénéficient de cette réduction. Vous devrez, en conséquence, engager les agriculteurs à se grouper pour arriver à effectuer des expéditions de cette importance ; les syndicats agricoles sont appelés, dans cette circonstance, à rendre de grands services.

« Le Parlement, en adoptant ce projet de loi, a prouvé une fois de plus l'intérêt considérable qu'il attache à notre production agricole, cette force vive du pays.

ce Je n'ai pas besoin d'insister pour vous demander d'agir rapidement dans l'intérêt des agriculteurs de votre département. »

« Recevez, etc. Le Ministre de V agriculture., Viger.

Le pâturage sur les accotements et les talus des routes nationales a

été autorisé par une circulaire de M. Viette, ministre des travaux publics, adressée aux préfets et aux ingénieurs en chef, dans les termes suivants :

« Mon administration a été sollicitée, de divers côtés, en raison de la sécheresse persistante de la saison et des vives souffrances de l'agriculture, d'autoriser le pâturage des bestiaux sur les accotements et talus des routes nationales.

« Après examen, j'ai l'honneur de vous informer qu'afîn de venir en aide aux habitants des campagnes dans la situation difficile où ils se trouvent, je consens à tolérer, à titre tout à fait exceptionnel et pour cette année seulement, le pâturage des bestiaux sur les accotements et talus des routes nationales, étant entendu que cette mesure ne pourra en aucune façon être invoquée ultérieurement comme un précédent. Les agents du service des ponts et chaussées devront veiller à ce qu'il ne résulte de cette tolérance aucune dégradation des ouvrages. Les dégâts, s il en était fait, seraient réparés aux frais des contrevenants.

«Dansles départements où les produits des talus et accotements des routes sont amodiés en vertu de baux, l'autorisation de pâturage devra être donnée aux amodiataires eux-mêmes; qui demeureront responsables delà réparation des dégâts. »

Dans quelques régions, on se plaint que les ingénieurs forestiers opposent de la résistance contre l'exécution des mesures ordonnées par le Ministre de l'agriculture relativement au pâturage dans les forêts. C'est la preuve d'un zèle vraiment trop excessif pour la bonne tenue des forêts de l'Etat.

Aux nombreuses notes que nous avons publiées relativement aux moyens de remédier aux efîets de la sécheresse, nous ajouterons aujourd'hui les excellents conseils donnés comme il suit aux culivateurs de la région du Sud-Ouest par la Société d'agriculture de la Haute-Garonne :

« La Société d'agriculture du département de la Haute-Garonne croirait manquer à sa mission si elle n'adressait quelques conseils aux agriculteurs, était convaincue qu'ils ont tous le plus grand intérêt à conserver leurs bestiaux, fût-ce au prix de quelques sacrifices, dont ils seront largement payés tôt ou tard, par une plus-value assurée.

« Elle ne vient pas leur recommander des plantes nouvelles dont ils auraient quelque difficulté à se procurer la semence, qu'ils devraient d'ailleurs payer souvent très cher; elle se borne à leur conseiller, dans un langage familier, les semis qui sont le plus à leur portée et l'utilisation, pour nourrir leurs bestiaux, de matières que trop souvent ils laissent perdre lorsque la grange est suffisammentpourvue.

« Semis a faire. 1° M aïs- fourrage. — Dès ce moment, et jusqu'au 15 août, peut-être même plus tard, si le temps est favorable, semez des maïs-fourrage.

« Ayez soin d'espacer vos serais de quinzaine en quinzaine. Faites tremper la semence pour obtenir une levée plus rapide.

« Si vos terres sont déjà en état, vous n'avez qu'à les semer de suite. Dans le cas contraire, préparez-les par des labours aussi profonds que vous le pourrez et fumez-les le plus copieusement qu'il vous sera possible.

c< Aussitôt que le maïs sera levé, multipliez les sarclages, de préférence à la main.

« Ne craignez pas d'ajouter des superphosphates à raison de 250 kilog. à l'hectare, moitié avant le dernier labour, moitié dans la raie, en semant ; le résultat vous dédommagera largement de la dépense nécessitée par l'achat de cet engrais.

ce Si les maïs-fourrage n'étaient pas entièrement consommés avant l'hiver, vous pouvez les conserver en les coupant et les fanant comme les autres fourrages, ou, ce qui serait mieux encore, en les ensilant en vert.

« 2" Betterave fourragère. — Elle peut être semée jusqu'à la fin du mois de mai, quelquefois même au delà, s'il survient des pluies abondantes. La terre doit être convenablement labourée et fumée.

« Si on a des fumiers d'étable bien consommé, ils Pont précieux pour cette culture. A défaut, il sera fort utile d'associer du superphosphate au fumier frais. ^d « Un léger huttage est nécessaire, ainsi que Tameublissement du sol par des binages fréquents.

« Quelle que soit votre pénurie de fourrages, gardez-vous bien de priver la betterave de ses feuilles, vous compromettriez son développement.

« 3" Navets. — Les différentes variétés de navets doivent être recommandées. On les sème en août et en septembre. Les engrais potassiques (notamment les cendres) sont excellents pour cette culture.

« 4" Quant aux Rutabagas ou Choux-navets^ ils peuvent être semés d'ores et déjà.

« Matières a utiliser. — 1° On a recommandé avec raison les brindilles ou ramilles des arbres des diverses essences, c'est-à-dire l'extrémité des branches d'un diamètre ne dépassant pas deux centimètres et récoltées en hiver. On les broie d'abord, puis on les soumet à une fermentation qui les transforme en deux ou trois jours en un fourrage de valeur nutritive équivalent à celle du foin de qualité moyenne, et supérieure à celle de la paille des céréales. Cette valeur est d'autant plus élevée que le diamètre des ramilles est plus faible. Le fourrage, ainsi obtenu, est absolument sain.

« Vous savez tous le parti que vous pouvez tirer des branches émondées en juillet et aoiàt, puis séchées convenablement. La feuille offre une précieuse ressource aux bêtes à laine et aux bêtes à corne.

« Vous pouvez utiliser les extrémités des sarments et les feuilles de vignes conservées par l'ensilage.

« 2" Conservez soigneusement, en les mettant à l'abri, les balles de blé et les menue s 2^ ai II es; associez-les avec des betteraves ou des raves bâchées, vingt-quatre heures au moins avant de les donner aux animaux; ayez soin d'humecter ce mélange, de préférence avec de l'eau ayant servi à tremper les tourteaux.

« 3" Vous pouvez employer les marcs de raisins à l'alimentation en les mélangeant, soit avec la balle de blé et la betterav'-, soit avec du son ou de la farine de cocotier.

« C'est un aliment un peu échauffant, dont il convient d'interrompre l'usage de temps à autre, si l'on ne peut pas donner simultanément des rations de racines fourragères.

« Le marc de raisin se conserve à la condition d'être fortement tassé. Il doit être recouvert d'eau, afin d'éviter la fermentation, si le récipient est une cuve. L'addition d'eau est inutile s'il est placé dans une barrique. Bans ce dernier cas, vous devez défoncer le fiât, tasser fortement la vendange et, lorsqu'il est plein, vous renfoncez et vous fermez soigneusement toutes les ouvertures.

« Mis dans un endroit frais et ainsi préparé, le marc de raisin peut être utilisé d'une année à l'autre, tandis que laissé en cuve, il ne peut être conservé qus jusqu'aux chaleurs.

« 4° Les cJtarbons blancs et les tiges de maïs peuvent servir aussi à l'alimentation des animaux, dans les années de disette, à la condition d'être convenablement préparés.

« La lige de maïs doit être coupée en tronçons de 3 ou 4 centimètres. Il faut la faire tremper de préférence dans du marc de raisin légèrement humecté.

« Quant au charbon blanc, il faut commencer par l'écraser ou le broyer grossièrement : on le fait ensuite tremper dans l'eau, en y ajoutant du son ou du sel dénaturé si on veut le rendre plus appétissant.'

0. 5" L'ajonc broyé, les glands trempés et les châtaignes peuvent également être employés à l'alimentation des animaux.

a Enfin, si la disette des fourrages l'exige, au lieu de vous servir de paille pour les litières, réservez-la pour l'alimentation et remplacez-la par les fougères, les bruyères, les feuilles mortes, et même par du sable, de la marne, de la tourbe ou de la terre sèche emmagasinée avant l'hiver. »

Ces sages conseils seront certainement très appréciés par les cultivateurs auxquels ils sont adressés ; les associations qui distribueraient, sur leurs fonds disponibles, des graines de plantes fourragères aux petits cultivateurs, leur rendraient un très grand service.

r.HRONIQUE AGRICOLE (10 JUIN 1893). 885

ni. — Les fraudes dans le commerce des semences. M. Viger vient de donner une nouvelle preuve de sa sollicitude pour les intérêts agricoles, par une circulaire adressée aux professeurs départementaux d'agriculture sur des fraudes commises dans le commerce des graines. Les faits sont constatés avec une netteté complète dans cette circulaire, dont voici le texte :

Paris, le 2 juin 1893.

ce Je désire appeler votre attention toute particulière sur une fraude qui vient d'être constatée et qui a pour objet la falsification des graines de semences.

« Tout récemment, on a saisi à Grien, à Moulins et dans d'autres localités des graines de trèfle des prés falsifiées. La fraude découverte consiste dans l'addition de sable à des graines naturelles. Voici l'analyse d'un de ces échantillons :

Pour 100, trèfle des prés, 75.78 ; plantain et graines mutilées de trèfle, 1.27 ; sable quartzeux coloré artificiellement, 9.69; sable ocreux, 13.26; total 100.00.

« Soit en tout 22.95 pour 100 de sable ajouté frauduleusement. La justice a pu établir que 11,000 kilog. de sable quartzeux expédiés d'Italie ont été vendus pour delà graine de trèfle.

ce II importe de signaler des faits semblables aux cultivateurs, car ils sont de nature à compromettre gravement les ensemencements.

ce A cet etfet, je vous recommande tout particulièrement d'appeler, dans vos conférences, l'attention des cultivateurs sur les fraudes dont les semences du commerce, les semences fourragères notamment, sont l'objet, sur les impuretés nuisibles qu'elles peuvent contenir ; une grande partie des semences de luzerne et de trèfle livrées par le commerce sont souillées de cuscute. Les nombreux insuccès dans la création des prairies à base de légumineuses et de graminées ont presque toujours pour cause la mauvaise qualité des semences.

ce Vous aurez soin d'engager les cultivateurs et les syndicats à exiger toujours des vendeurs la garantie sur facture de la pureté et de la faculté germinative de leurs semences, et à faire vérifier par la station d'essais de semence instituée à l'Institut agronomique, à Paris, l'exactitude des garanties données.

ce Vous exercerez une surveillance attentive sur les semences exposées dans les magasins, sur les marchés, et vous adresserez à la station, qui les analysera gratuitement, les échantillons suspects.

ce Les petits marchands grainiers de province sont souvent les premiers trompés. Vous devrez les engager à analyser ou à faire analyser leurs marchandises par la station avant de les mettre en vente.

ce Enfin, en toutes circonstances vous vous souviendrez que si l'agriculture française a fait des progrès considérables grâce à l'emploi des engrais chimiques et des semences sélectionnées, la fraude s'est développée parallèlement à l'accroissement des quantités vendues et qu'il convient de sévir énergiquement contre tous ceux qui cherchent à tromper nos cultivateurs.

ce Je connais assez votre dévouement aux intérêts agricoles de votre département pour qu'il soit inutile d'insister davantage, ce Recevez, etc.

Le Ministre de l'agriculture^ Vigkr.

On trouvera plus loin (page 910) une étude de M. Schribaux, directeur de la Station d'essais à l'Institut agronomique, sur les faits signalés dans la circulaire qu'on vient de lire.

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