‹ Journal de l'agriculture (volume 3)Chapitre 646 sur 691 · SUR L'EMPLOI DES FEUILLES DE LA VIGNE · texte numérisé non relu

SUR L'EMPLOI DES FEUILLES DE LA VIGNE

POUR l'alimentation du bétail'

Après la vendange, les feuilles de la vigne restent vertes jusqu'à ce que les premiers froids de l'arrière-saison les fassent tomber. Avant leur chute elles sont comestibles, et les animaux domestiques les acceptent facilement. Une fois flétries ou tombées sur le sol, elles ne peuvent plus servir à l'alimentation. En parcourant les vignobles de la France et particulièrement celui du Midi, qui occupe plusieurs départements on est frappé de l'énorme quantité de matière fourragère qu'on pourrait obtenir par l'emploi des feuilles de la vigne. Dans une période de disette de fourrages, comme celle que nous traversons actuellement, un intérêt particulier s'attache à étudier les ressources que fournirait leur utilisation.

L'alimentation par les feuilles de vigne est en usage depuis longtemps, mais sur une échelle très restreinte. On voit souvent dans le Midi des troupeaux de moutons, conduits dans les vignobles aussitôt après la vendange, brouter les feuilles, sans pour ainsi dire en laisser aucune; mais cette pratique est exceptionnelle, la plupart des vignerons la regardant comme préjudiciable à la vigne.

D'après mes observations, l'enlèvement des feuilles après la vendange peut avoir quelques inconvénients dans les régions du Centre et de l'Est, où l'aoûtage des bois se fait quelquefois tardivement. Il n'en est de même dans le Sud-Ouest que pour les pieds dont les sarments ne sont pas entièrement lignifiés. Dans le Midi, les bois sont mûrs de bonne heure; des études suivies depuis plusieurs années sur de grands vignobles, dont les feuilles sont consommées intégralement par les moutons, me permettent d'affirmer que les vignes ainsi dépouillées se montrent aussi vigoureuses et aussi productives que celles dans lesquelles on laisse les feuilles tomber naturellement. D'ailleurs, si la vigne n'est pas privée de ses feuilles pour l'utilisation comme fourrage, elle l'est par l'effet des gelées d'aytomne, mais avec cette différence que, dans le premier cas, on en tire un parti avantageux.

Les feuilles restent couvertes de composés cuivriques, dont on pourrait craindre des effets d'intoxication. Les observations de M. Degrully, de M. Viala, ainsi que les miennes faites sur les bœufs, la pratique de l'alimentation exclusive de troupeaux de moutons avec ces feuilles, permettent d'affirmer qu'aucun inconvénient ne se produit.

Si j'ai pu observer souvent l'utilisation de ses feuilles pour la nourriture du mouton, je ne les ai jamais vu appliquer à celle des animaux de trait qui existent dans toutes les exploitations viticoles, et auxquels on pourrait les faire consommer après les avoir cueillies. Cette cueillette n'entraîne que peu de frais de main-d'œuvre. En prenant successivement les sarments par la base, des deux mains, et en tirant à soi, on a dépouillé le cep en un instant.

Les feuilles peuvent être consommées à l'état vert ou fanées, ou encore mises en tas ou ensilées. Sous ces diverses formes, tous les animaux les mangent volontiers.

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