‹ Journal de l'agriculture (volume 3)Chapitre 647 sur 691 · lo.O · texte numérisé non relu

lo.O

930 SUR l'emploi des FEUILLES DE LA VIGNE.

Les feuilles sont riches en principes nutritifs ; elles contiennent, en moyenne, pour 100

Feuilles.

A l'élat frais

Après fanage. . . .

Elles ont donc une composition à peu près identique à celle des luzernes de bonne qualité, qu'elles peuvent remplacer a poids égal dans la ration. Quant aux quantités de fourrage qu'elles peuvent donner après lavendange, elles sont énormes et dignes d'attirer l'attention. J'ai déterminé cette quantité pour quelques-uns des grands vignobles du Midi, du Sud-Ouest et de la Champagne. Voici les résultats obtenus après la vendange pour une surface d'un hectare :

Feuilles fraîchei. Feuilles fanées.

Yienes du Midi (plaines) 5,000 kil. à 9,500 kil. 2,000 kil. à 3,800 kil.

(coteaux) 2, .500 5,500 1,000 2,200

Vignes du Roussillon (plaines)... 3,200 4,200 1,280 1,680

— (coteaux)... 3,500 4,000 1,400 1,600

Vienes du Sud-Ouest (Gironde).. 4,700 1,880

Vignes de la Champagne (Marne). 3,000 5,200 1,200 2,080

En exprimant ces quantités en équivalent de foin, d'après leur teneur en matières azotées, nous trouvons que l'hectare de vignes peut donner un poids de feuilles représenlant :

Pour le Midi : de 2,100 à 3,600 kilog. de foin de prairie naturelle;

Pour le Sud-Ouest : 2,900 kilog. de foin de prairie naturelle;

Pour la Cbampagne : de 1,500 à 2,500 kilog. de foin de prairie.

Il est inutile d'insister sur ces chiffres, obtenus dans les vignobles placés dans des conditions normales ; ils montrent que la vigne, après la vendange, peut donner par ses feuilles un fourrage équivalent à une coupe de foin d'une même surface de prairie à rendement moyen. La sécheresse, d'ailleurs, a bien moins d'effet sur la production des feuilles de la vigne que sur celle.de l'herbe.

Il convient, en outre, d'envisager sous un autre point de vue l'alimentation par ces feuilles. Lorsque celles-ci tombent naturellement sur le sol, elles sont en grande partie enlevées par les vents; les principes fertilisants qu'elles renferment se trouvent ainsi perdus, tandis que, consommés sur place par les moutons, ou à l'étable par les animaux de trait, leurs principes fertilisants restent dans le domaine sous forme de fumier.

On ne saurait, surtout dans les circonstances actuelles, trop attirer l'attention des vignerons sur le parti qu'ils peuvent tirer des feuilles de la vigne pour l'alimentation de leurs animaux. Dans le Midi, l'enlèvement des feuilles peut se faire après la vendange, sans aucune inquiétude pour l'état futur de la vigne; dans le Sud-Ouest, dans le Centre et dans l'Est, il faut agir avec quelques précautions, en se guidant sur l'état de maturation des sarments et récolter les feuilles plus tard. Mais laisser perdre, dans une année où les fourrages sont rares, un aliment aussi substantiel que les feuilles de la vigne, dont la production peut s'évaluer, pour la surface de 2 millions d'hectares que eomprend le vignoble français, à plus de 40 millions de quintaux métriques de foin, constituerait une erreur économique contre laquelle on ne saurait trop réagir. A. Muntz,

Membre de la Sociélé nationale d'agririilture..

Page 1