ET DES PRIX CULTURAUX DANS LE DÉPARTEMENT DE LA CHARENTE— II
M. Léonard Lachaumette, métayer de M. Basse, commune de Verneuil, présente à la Commission une propriété en bon état de culture; les céréales sont belles et les plantes sarclées parfaitement soignées. L'ensemble du bétail est très bon. M. Lacnaumette a le bon esprit de se laisser diriger par son maître, ancien lauréat du prix cultural de la 4^ catégorie, et présente un ensemble assez satisfaisant pour justifier l'attribution d'une médaille d'or.
M. Martial Delavallade, à Puy-du-Ghat, commune d'Ecuras, lauréat du 2* prix d'irrigation de la f'^ catégorie lors du précédent concours, est l'inventeur d'un siphon intermittent à air comprimé très ingénieux et qui paraît pratique. Ce siphon, bien qu'ayant un très fort débit, s'amorce seul avec le plus mince filet d'eau et remplace ainsi avantageusement et automatiquement les vannes des bassins pour irrigation. Les bassins de retenue, ou pêcheries, ont pour but, dans l'irrigation des prairies, d'emmagasiner l'eau amenée par des sources d'un faible débit, de façon à pouvoir, lorsque ces bassins sont pleins, et en ouvrant un clapet, expulser rapidement une grande quantité d'eau qui permet l'arrosage d'une assez vaste surface pendant quelques heures. On referme ensuite le clapet, puis lorsque le bassin, quelques jours ou quelques semaines après, s'est de nouveau rempli, on recommence l'arrosage. Mais il faut que le fermier aille régulièrement visiter ses bassins et fasse fonctionner ses clapets. C'est une sujétion dont on a voulu l'affranchir en inventant des clapets à vidange automatique.
M. Delavallade est un simple paysan charentais qui n'a eu, nous dit-il, dans sa jeunesse, cfue dix-neuf mois d'école; un livre de physique lui étant tombé dans les mains il y a quelques années, il l'a étudié avec passion ; trouvant des inconvénients aux systèmes de clapets de vidange automatique qu'il voyait, il eut l'idée d'employer le siphon à cet usage.
En principe, la section du siphon devrait toujours être inférieure au volume d'eau que débite la source amenant l'eau dans le bassin, si on veut qu'il annonce seul. Mais il faut que le siphon ait un débit supérieur à celui de la source, pour obtenir cette rapide expulsion de l'eau emmagasinée qui est le but du bassin de retenue, et alors le siphon ne s'amorcera pas tout seul : il fera tout simplement effet de trop plein. Ou ne pouvait donc songer à s'en servir à moins de trouver le moyen de faire allumer automatiquement par une petite source un siphon d'un fort débit ; c'est ce q"u'a trouvé M. Delavallade par une très intelligente application des lois de la pnysique, lois qu'il à étudiées et apprises tout seul. La des-
cription de son appareil, bien simple cependant et qui paraît indérangeable, sort des limites de ce compte rendu. La Commission veut se borner à signaler ce siphon qui est appliqué à toutes les pêcheries de M. Delavallade et lui décerne une médaille d'or.
M.Jean Fouchier, au Maine-Jolly, commune de Vindelle, possède 12 hectares d'excellentes prairies dans des terres d'alluvion de la Charente, ce qui lui permet d'élever de nombreux et jolis veaux Salers, tout en vendant de 30 à 40,000 kil. de foin tous les ans. Il fait en outre l'engraissement dep bœufs limousins à retable pendant l'hiver et a été plusieurs fois lauréat dans les concours de l'Etat. Il nous montre de jolies plantes sarclées et de belles céréales semées au semoir en ligne et cultivées à la houe. La Commission peut lui reprocher d'avoir des luzernes cuscutées et de planter des vignes françaises dans un sol particulièrement favorable aux américains; cependant elle lui attribue une médaille d'or méritée par son engraissement de bétail, la bonne et intelligente installation de ses bâtiments ruraux.
MM. Chevalier père et fils, aux Girandeaux, commune de La Couronne, exploitent partie par métayers, partie par faire valoir direct, une propriété de 95 hectares. S'il y a quelques critiques à faire au sujet des cultures, en revanche, MM. Chevalier ont intelligemment assaini par le drainage et le nivellement plus de 8 hectares de terrains tourbeux qu'ils ont sans grands frais convertis en. très bonnes prairies. C'est un bon et utile travail que justifie l'attribution d'unemé'/aille d'or.
M. François Couturier à Prompt, commune de Claix, nous fait visiter unepropriété de 22 hectares parfaitement tenue.
M. Couturier est agriculteur, meunier et boulanger. Pendant l'hiver il engraisse de nombreux bœufs, — de 30 à 50 suivant les années, — auxquels il fait consommer une partie du son de sa meunerie et les plantes sarclées venuessur sa propriété. Il tire non seulement un bénéfice raisonnable de cet engraissement, qui revêt chez lui un caractère industriel, mais encore il en obtient un fumier riche et abondant qui nous explique pourquoi chez lui les blés sont si beaux et les plantes sarclées, betteraves et topinambours notamment, si vigoureuses. M. Couturier a des prairies irriguées, mais sous ce rapport il n'a pas para à la Commission qu'il tirât tout le parti possible de l'eau que la nature a mise à sa disposition.
M. Couturier vit en famille et en bonne intelligence avec son frère et ses deux fils, chacun ayant son rôle spécial : un est le minotier; un autre le boulanger ; le troisième l'engraisseur du bétail. Le père est spécialement l'agriculteur. Le matériel agricole est bon. Enfin une comptabilité embrassant peut-être un peu. trop l'ensemble de toutes ses entreprises sans en séparer nettement la spéculation agricole, permet de constater des résultats financiers généraux satisfaisants.
La Commission croit suffisamment justifiée l'attribution d'une médaille dor.
M. Alfred Bobe à La Perose, commune de Saint-Hilaire, cultive de son mieux une petite propriété dont la vente du vin était autrefois la principale source de revenus. M. Bobe maintient par le sulfure de carbone quelques vieilles vignes et a commencé il y a quatre ans la replantation régulière de son ancien vignoble en vignes américaines greffées. Il défonce son terrain à la main à 30 centimètres de profondeur et après avoir, les premières années, fait du -greffage en nlace, cherche à ne plus planter que des greffés soudés. Les vignes en bon sol sont palissées sur fil de fer et soumises à la taille demi-longue. On courrait peutêtre reprocher à M. Bobe un défoncement trop superficiel et l'emploi exclusif de la charrue pour la culture de son vignoble, alors qu'une houe vigneronne pour les façons d'été lui faciliterait tant la culture et le nettoiement de ses vignes pendant le printemps et l'été. Néanmoins M. Bobe a donné un utile exemple et la Commission croit devoir récompenser son initiative par l'attribution d'une médaille d'or.
M. Gabriel Chaigneau, aux Naudins, commune de Montchaude, est un jeune et intelligent agriculteur de 19 ans qui, aidé d'une sœur, jeune également, dirige une propriété de 22 hectares. Ses bâtiments de ferme laissent un peu à désirer, mais le bétail est bien choisi et en bon état. M. Chaigneati suivant encore en cela l'exemple et les conseils de M. Hillairet, maire de sa commune et président
d'un petit syndicat agricole, emploie dans ses blés le superphosphate à l'automne, et le nitrate de soude au printemps; c'est le secret dos belles récoltes que nous avons vues. M. Ghaigaeau a également commencé en petit la reconstitution du vignoble sur souches américaines et il nous montre une jeune vigne greffée plantée sur un bon défoncement en sol favorable et en très bon état d'entretien. Les litres de M. Ghaigneau justifient amplement l'attribution d'une médaille d'or.
M. Céleslin Roy, commune de Brassac, a 3 hect. 36 ares de vignes reconstituées en partie par de jeunes plantations françaises dans un sol défavorable aux américains et qu'il traite par le sulfure de carbone. 11 a en outre commencé, il y a quatre ans, la plantation de racines américains greffés dans un sol favorable et préalablement bien défoncé à la main. Depuis il a acheté un treuil Guyot et fait ainsi ses défoncements d'une façon plus économique. Ses vignes, parfaitement tenues et pleines d'espérances, sont d'un heureux exemple dans sa région. La Gommission croit devoir récompenser ses efforts par l'attribution d'une médaille d'or.
M. Alyre Joumier, à PuyboUier, commune d'Echallas, s'est occupé un des premiers de l'élude des vignes américaines dans la Gharente ; ses essais remontent à 1879.
Nous trouvons chez lui à peu près toutes les variétés américaines successivement mises en circulation. Les unes sont greffées, les autres tont restées comme pieds mères; beaucoup sont mortes. Malheureusement pour M. Joumier, il avait affaire à un sol de groie maigre d'une adaptation difficile qui lui a donné bien des déboires. Aussi est-ce plutôt un vaste champ d'essai qu'un vignoble en reconstitution que M. Joumier fait visiter à la Gommission. Néanmoins ses essais ont été utiles à la cause de la reconstitution, ils ont servi à l'étude de l'adaptation dans ces sols ingrats. La Gommission estime que ses travaux et la persistance de ses efforts justifient amplement l'attribution d'une médaille d'or.
M. Martin Plazanet., commune de LaGhapelle, est un viticulteur persévérant. Tandis que ses voisins laissaient mourir leurs vignes sans rien faire pour les sauver, lui, petit propriétaire a pu maintenir les siennes par le sulfo-carbonalc qu'il emploie avec succès depuis six ans. Il nous montre une vieille vigne française éloignée de toute source au milieu de laquelle il a creusé un puits de 12 mètres de profondeur; il y a mis une pompe et a ainsi obtenu l'eau nécessaire au traitement. Aidé d'un ouvrier, il arrive à traiter 700 pieds de vigne par jour à raison de 25 litres d'eau et de 70 grammes de sullo-carbonate par cep. Il a pu en 1891 faire une belle récolte de vin cru'il a vendue très cher, ce qui a constitué une très bonne opération. A côté décela il s'occupe de se refaire un vignoble sur racines américains.
La Gommission lui attribue pour son intelligente initiative une médaille d'or.
M. Marcelin Guerin-Bouleau, au Nouillat, commune de La Ghapelle. possède une très grande propriété autrefois toute complantée en vignes; c'est un terrain de groie un peu maigre et elles ont été facilement détruites par le phylloxéra. On peut lui reprocher de n'avoir pas su en conserver quelques-unes, les mieux placées, par des traitements insecticides, ou de n'avoir pas essayé sérieusement de reconstituer ce vignoble qui a dû autrefois lui donner de beaux revenus. M. Guérin-Bouteau a divisé sa propriété en métairies de 30 à 35 hectares chacune, chaque métayer ayant son habitation et ses granges séparées, ses terres à cultiver faisant un tout bien homogène et d'une surveillance facile. G'est une organisation de métayage parfaitement comprise; le bétail est bon et bien choisi ; les métayers sont soigneux, ils paraissent faire leurs affaires tout en élevant leur famille sur la propriété qu'ils sont chargés de cultiver. Gomme culture générale, il n'y a rien de bien saillant à signaler. M. Guérin-Bouteau s'est surtout occupé de création de prairies qui étaient autrefois en quantités insuffisantes; à cet effet, il a fait de nombreux transports de terre, des nivellements et des diainages qui constituent d'importantes améliorations foncières. La Gommission a estimé que ces travaux sont dignes d'une médaille d'or.
M. Camille Babaud de la Croze, à Rieux-Martin, commune d'Ansac, possède une vaste propriété de 98 hectares qu'il exploite par métayers. Il s'est particulièrement occupé de la reconstruction des bâtiments d'exploitation de ses diverses métairies, qui, nous dit-il, tombaient en ruines. Depuis plusieurs années, il y
consacre ses revenus, mais c'est une œuvre de longue haleine qui n'est pas encore achevée. La Commission a visité les bâtiments reconstruits de 3 métairies; ils sont parlaitement aménagés, solidement bâtis, sans luxe inutile. Les plans sont bien compris et la disposition intérieure des granges simplifie le plus possible la main d'oeuvre indispensable pour l'emmagasinement des fourrages et les soins nécessaires à l'élevage et à l'entretien des animaux. Une source captée alimente constamment un grand abreuvoir utile aux bestiaux des diverses fermes. Les métayers sont logés dans des bâtiments sains, propres et bien aérés. M. Babaud delaCroze donne là un utile exemple à beaucoup de propriétaires, trop peu soucieux du bien-être de leurs ouvriers. Il nous est en effet arrivé de trouver des métayers moins bien logés que les bestiaux qui labouraient leurs champs.
La Commission, pour signaler l'heureux exemple donné par M. Babaud de La Croze, lui attribue une médaille d'or (grand module).
M. Jean Cachet, auLugeat, commune de Fléac, exploite comme fermier, une propriété de 33 hectares en terre de petite groie qu'il a prise à peu près en chaume, nous dit-il, après la disparition des vignes et pour une durée de douze ans. La propriété est aujourd'hui en parfait état, les plantes sarclées propres et vigoureuses; les blés semés au semoir et sarclés à la noue donnent oe bons rendements. Il est très content du blé Dattel qui, n'échaude pas et lui donne jusqu'à 33 hectolitres à l'hectare grâce à l'emploi régulier du superphosphate et du nitrate de soude.
L'intérieur de la ferme est en bon ordre, le fumier bien tenu, les instruments nombreux et bien choisis. M. Cachet engraisse ses bœufs de travail et les remplace par des bœufs maigres le plus souvent qu'il peut. C'est pour lui une nouvelle source de revenu et le moyen d'obtenir de bon fumier. Au début de sa ferme, M. Gachet a eu quelques déboires ; actuellement il en a pris le dessus et fait bien ses affaires, mais il ne tient pas de comptabilité. Ses cultures de céréales et l'ensemble de son exploitation justifient, aux yeux de la Commission, l'attribution d'une médaille d'or (grand module).
M. François Uillairet. à Marzelle, commune de Montchaude, a été le premier dans sa contrée qui ait employé les engrais chimiques, aujourd'hui très en usage dans tout son voisinage.
M. Hillairet a de beaux blés, semés à la main et en lignes; grâce à une houe dont il est l'inventeur, et dont j'ai déjà parlé en relatant notre visite chez son voisin M. Chaigneau, lauréat d'une médaille d'or, cela lui permet de faire au printemps le sarclage mécanique de ses céréales.
M. Hillairet nous montre de très belles cultures fourragères; c'est un des rares concurrents chez lequel la Commission a trouvé des trèfles absolument exempts de cuscute. Il nous explique qu'il y arrive en ayant toujours le soin de récolter lui-même sa graine sur sa propriété.
L'intérieur de ferme est bien tenu, mais le bétail paraît peu nombreux à la Commission, eu égard à l'importance de la propriété. Faisant habituellement le commerce des bœufs et voyant la disette de fourrages, le propriétaire a vendu tout le bétail du domaine qui ne lui a pas paru indispensable; cela pour ménager son foin.
La Commission attribue à M. Hillairet une médaille d'or (grand module).
M. Pressigaud, métayer de M. Gacon, à Montembœuf, exploite une propriété de 50 hectares en sol argilo-schisteux qui indique le voisinage de la Haute-Vienne. C'est du reste le terrain du Limousin. On y retrouve les prés irrigués, les champs chaulés et les métayers mal logés, dans des chambres humides sans aération, jamais blanchies à la chaux. M. Pressigaud est un cultivateur travailleur et intelligent, bien dirigé par son propriétaire ; sa culture est en progrès sérieux sur celle de ses voisins. Les céréales, les racines et les plantes fourragères sont remarquables. Le métayer a 12 vaches limousines, qui produisent des veaux et labourent les champs; 2 vaches, une parthenaise et une mancelle, sont spécialement chargées de fournir le lait du ménage. Ces animaux sont bien choisis, les moutons croisés de Southdown sont particulièrement bons. Tout ce bétail est soutré avec un mélange de paille et d'ajonc; l'intérieur de la ferme est un peu en désordre et le fumier n'est pas non plus un modèle de tenue. Comme logement, toute la famille — 10 personnes — est empilée dans deux mauvaises chambres,
dont une sert en même temps de chai à vin et où l'on met aussi les provisions du ménage. Quel dommage que M. Babaud deLacrozene soit par le proprie'taire de cette métairie pendant quelques années, seulement le temps de reconstruire la maison du métayer. Cependant, M. Pressigaud y habite depuis dix-huit ans; il a réussi à y élever une famille de cinq enfants et à faire quelques milliers de francs d'économie, cela en laissant au propriétaire sa part de bénéfices.
La Commission, tout en réservant de le classer avec son maître pour un prix d'irrigation, croit devoir le récompenser par une médaille d'or (grand module).
M. Alexandre Bermond, à La Pouyade, commune de Saint- Yrieix, exploite par régisseur une propriété de 36 hectares située sur un ravissant coteau qui domine la Charente. Une belle maison d'habitation montre qu'il tient à joindre l'agréable à l'uiile.
La propriété était autrefois plantée en vignes; elles sont aujourd'hui détruites et remplacées par des prairies naturelles ; de belles cultures de racines et de plantes fourragères permettent l'entretien d'un nombreux bétail. Les blés sont beaux, les betteraves et les choux en particulier sont luxuriants ; on trouve un peu de cuscute dans les luzernes.
Ce qui était le chai à vin a été transformé d'une façon très pratique en vacherie où sont 20 laitières bien choisies ; le troupeau de brebis charmoises est également bon. La porcherie d'élevage est surtout bien dirigée. Le fumier installé sous un hangar est parfaitement traité; l'outillage agricole est complet, le jardin fruitier bien tenu.
En revanche, on peut reprocher à M. Bermond ou à son régisseur de ne s'être pas suffisamment préoccupé de reconstituer son vignoble. Les quelques rangs de vigne qu'il nous a montrés constituent un mélange de français et d'américains fait sans beaucoup de méthode ou d'esprit de suite. Aussi, malgré le réel mérite que présente l'ensemble de cette exploitation, la Commission ne peut la faire entrer en ligne de compte pour le prix cultural de sa catégorie et lui attribue une médaille d'or (grand module).
M. Jean Montigaud^ aux Courauds, commune de Porcheresse, a débuté en agriculture il y a environ cinquante ans; il n'avait alors qu'une exploitation de quelques hectares. Grâce à un travail incessant et à un ordre parfait constaté par une comptabilité ancienne, il a, petit à petit, augmenté sa propriété qui compte actuellement plus de 100 hectares, en achetant les terres avoisinantes avec les bénéfices de son exploitation. Jusqu'au moment où le phylloxéra l'a détruite, la vigne couvrait la plus grande partie de son domaine. Chaque année, M. Montig ud mettait de côté une certaine quantité du vin récolté et de l'eau-de-vie produite. Il est ainsi arrivé à posséder une superbe et importante collection qui a aujourd'hui une grande valeur. La Commission n'hésite pas à lui attribuer une ■médaille c/'or (grand module).
M. Léon Croizet, commune de Saint-Même a, le premier dans sa région commencé la reconstitution d'un petit vignoble. Il a actuellement 1 1 hectares de vignes greffées sur américain dont les plus âgées ont 7 ans. Elles sont chargées de fruits et lui ont déjà donné un produit d'autant plus rémunérateur que son vignoble est coté petite Champagne. Son esprit pratique lui a fait utiliser rapidement et avantageusement les résultats qu'il a pu constater ailleurs.
Tout a été parfaitement fait d'après les meilleures méthodes et a parfaitement réussi. En bon sol favorable et défoncé à la main à 0 m. 50 de profondeur, il a planté des américains bien choisis et habilement greffés. Il a palissé ses vignes sur trois rangs de fil de fer et les a taillées en lattes suivant la méthode du Blayais ; elles sont très bien cultivées. Peut-être pourrait-on lui reprocher un peu de luxe dans l'installation, l'emploi d'une houe importée du Blayais, trop lourde pour son sol et qui exige inutilement 2 chevaux, quand la houe Planet ou les petites gratteuses du Midi suffiraient amplement avec un seul cheval à l'entretien de son vignoble en terrain assez meuble et facile à cultiver. Ce ne sont que des critiques de détail et l'exemple donné par M. Croizet, fructueux pour lui, ne le sera pas moins pour ses voisins qui frappés de sa belle réussite s'empressent de l'imiter.
La Commission croit justifiée l'attribution d'une médaille d'or (grand module).
M. Jean Degail, commune de Xambes, exploite partie comme propriétaire et
partie comme fermier avec promesse de vente, 15 hectares en sol de groie des plus médiocres. Ces terres autrefois en vignes sont presque sans valeur aujourd'hui. M. Degail les a ensemencées, puis laissées pendant 4 ans en luzerne pour les enrichir en azote; il leur fait porter après défrichement quatre récoltes successives de hlé, uniquement fumé aux engrais chimiques. Il n'a ni domestiques, ni journaliers attitrés, ni bétail, il fait tout à la tâche par des entrepreneurs qu'il paye en blé. Il fume ses blés avec un mélange d'engrais chimiques, qui est la pure application des données de nos chimistes agricoles modernes et qui lui coûte en moyenne 90 francs par hectare.
Gomme blé, il emploie presque exclusivement le blé à épi carré qui vient, d'après lui, mieux dans ses terres que le blé de Bordeaux. Autant que possible, il sème de très bonne heure, le rendement des blés semés du !•"■ au 15 octobre étant beaucoup plus élevé que ceux des semis plus tardifs.
Les résultats sont remarquables; il obtient, nous dit-il, jusqu'à 47 hectolitres à l'hectare dans les pièces ensemencées avant le 15 octobre. Les semis plus tardifs donnent des résultats bien inférieurs : 18 à 20 hectolitres. La Gommision a pu, sans exagération, évaluer à 40 hectolitres le rendement des blés sur pied qui lui été montrés. M. Degail déchaume soigneusement ses champs aussitôt la récolte enlevée; il arrive ainsi, dans un sol peu favorable il est vrai, à l'épanouissement des mauvaises herbes, à avoir des blés propres malgré des réensemencements ininterrompus.
Les essais de M. Degail sont absolument remarquables; ils paraissent concluants dans son terrain et la Commission croit devoir les signaler à l'attention du public par l'attribution d'une mét/m7/e d'or (grand module).
A. Verneuil,
(La suite prochainement). Rapporteur du jury.