NOUVEAUX ESSAIS DE TRAITEMENTS SIMULTANÉS
CONTRE LE MILDIOU ET L'OIDIUM
Le traitement simultané contre le mildiou et l'oïdium a été préconisé il y a quatre ans par M. Quantin, ancien répétiteur de chimie à l'Ecole nationale d'agriculture de Grignon, directeur de la station agronomique du Loiret. Je l'ai essayé en 1888 et 1889, en employant exactement les formules indiquées par l'auteur. Les résultats obtenus avaient été satisfaisants. L'année dernière seulement, ces essais ont été repris en grand ; les résultats obtenus, dont je donne plus loin le détail, prouvent une fois de plus, qu'on a résolu une question d'une importance capitale, dont la solution intéresse tous les vignerons qui, chaque année, ont à compter avec le mildiou et l'oïdium.
Jusqu'alors, on a combattu l'oïdium au moyen de soufrages appliqués en nombre suffisant et en temps utile. Tous ceux qui ont employé ces moyens, savent qu'ils produisent de bons effets, mais qu'ils ont, par contre, un grand défaut. Ce défaut réside justement dans leur peu de durée d'action. C'est en présence de ces inconvénients que l'auteur avait cherché à appliquer le soufre sous forme liquide.
Comme j'ai eu l'occasion de le dire, les résultats obtenus par M. Quantin, à l'école de Grignon, furent satisfaisants. L'adhérence des tachés sur les feuilles, ne laissait rien à désirer, ce que des lavages à grande eau et naturellement les pluies avaient permis de constater.
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A l'origine le traitement indiqué par M. Quantin ne laissait pas que d'être assez dispendieux à préparer et fort coûteux. Aussi l'inventeur, chimiste émérite et chercheur infatigable auquel la science agricole doit déjà des découvertes marquantes, modifia-t-il ensuite avantageusement la première formule en remplaçant le soufre et le carbonate de soude par le sulfure de sodium. La préparation se trouvait ainsi modifiée, devenait moins dispendieuse, moins longue, moins onéreuse et à la portée de tous.
Suivant que les vignes à traiter semblaient être envahies par un excès de mildiou ou un excès d'oïdium, M. Quantin recommandait les deux formules suivantes :
Excès de mildiou. — Sulfate de cuivre, 1 kil. 200; sulfure de sodium, 1 kilog.; 100 litres d'eau.
Excès d'oïdium. — Sulfate de cuivre, 1 kilog.; sulfure de sodium, 1 kil. 200; 100 litres d'eau.
La plupart des vignerons auquels j'ai recommandé ces formules, habitués qu'ils étaient de traiter leur vigne à la bouillie bordelaise me prièrent de leur indiquer une formule mixte renfermant de la chaux. C'est alors que j'ai combiné les formules ci-après qui ne sont autres que les formules primitives, modifiées par l'addition de chaux ou de carbonate de soude.
Les formules suivantes ont été essayées :
1° Sulfate de cuivre, 1 kilog., sulfure de sodium, 1 kilog. ; 2° sulfate de cuivre, 1 kil. 200, sulfure de sodium, 1 kilog.; 3° sulfate de cuivre, 1 kilog.; sulfure de sodium, 1 kil. 200; 4° les mêmes formules avec addition de 250 grammes de chaux; 5" les mêmes formules avec addition de 500 grammes de carbonate de soude.
Les applications de traitements préparés avec ces diverses formules ont été faites en l'absence d'un soleil trop ardent et à des époques convenables par rapport à leur double action, c'est-à-dire, la première un peu avant la floraison, la deuxième vers le 20 juin et la troisième trois semaines plus tard. Afin de bien juger des effets produits, certaines lignes de ceps ne reçurent que deux traitements, d'autres un seul traitement; enfin un certain nombre ne reçurent aucun traitement et constituèrent les témoins.
11 a été facile de suivre les progrès de l'invasion des deux maladies sur chaque partie du vignoble ayant reçu un traitement différent, quoique ces maladies n'aient pas sévi avec une grande intensité.
Les vignes traitées trois fois se sont montrées absolument indemnes de mildiou et d'oïdium, quoique particulièrement sensibles à l'apparition de ce dernier; celles qui n'avaient reçu que deux traitements n'ont eu que fort peu à compter avec les maladies et ne présentaient peu ou pas de trace d'oïdium.
Quant à celles qui n'avaient reçu qu'un seul traitement, elles ont été envahies par les deux parasites, et à la fin d'août il était difficile de les distinguer des parties qui n'avaient reçu aucun traitement. Les résultats seraient encore plus probants si l'année avait été très favorable au développement des maladies parasitaires.
En comparant les résultats obtenus par l'application (fes diverses formules énoncées, on est amené à tirer les conclusions suivantes :
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1" Les formules sans addition de chaux et de carbonate de soude, renfermant seulement du sulfate de cuivre et du sulfure de sodium en proportion égale ou avec prédominance de 200 grammes de Tun ou de l'autre, ont donné les mêmes résultats. Dans tous les cas la première formule à 1 kilog. de sulfate de cuivre et 1 kilog. de sulfure de sodium peut suffire pour le premier traitement qui doit être préventif; dans l'emploi des autres, on pourra se guider sur l'intensité d'apparition de l'une ou de l'autre maladie, et elles ne seront utiles que lors de l'application du deuxième ou du troisième traitement.
2° Les formules avec addition de chaux ou de carbonate de soude, tout en agissant un peu moins énergiquement au début de leur application, ont eu une durée d'action plus longue que les précédentes, et lors de l'épandage des deuxième ou troisième traitements, il était encore facile de constater la présence de quelques taches provenant du dernier traitement. C'est surtout au point de vue de la destruction du mildiou qu'elles se sont montrées d'une efficacité plus grande.
Il était facile de constater qu'à ce point de vue, les parties qui n'avaient reçu que deux applications des traitements préparés avec ces formules modifiées, étaient aussi indemnes de ravages de la part du mildiou que les parties qui avaient reçu trois traitements avec les premières formules.
Enfin le traitement avec addition de carbonate de soude s'est montré plus efficace et d'une durée d'action plus longue que celui avec addition de chaux.
3° Le traitement avec les formules modifiées, mais renfermant 1 kilog. de sulfate de cuivre, s'est montré supérieur à tous les autres sans exception, tant au point de vue du mildiou que de l'oïdium.
Enfin ce traitement et ceux avec des formules additionnées de chaux ou de carbonate de soude ont semblé avoir une autre action dont il y aurait lieu de tenir compte. Je veux parler des effets produits sur des ceps présentant les caractères nettement tranchés de l'anthracnose ponctuée. Au point de vue de la destruction de cette autre maladie parasitaire à son début, ils ont montré toutes les qualités d'un bon traitement curatif. Les essais que je tenterai durant la saison prochaine me permettront d'être définitivement fixé à cet égard.
Préparation des traitements. — La préparation des traitements au moyen des formules ordinaires est des plus simples. Il suffit de dissoudre à froid le sufate de cuivre en le maintenant suspendu dans l'eau (90 litres environ); de dissoudre le sulfure de sodium dans les 10 litres d'eau restant, et d'ajouter la deuxième solution à la première en agrilant jusqu'à complet mélange.
Le traitement avec la formule renfermant de la chaux est préparé comme la bouillie bordelaise, en opérant sur 90 litres d'eau, et le sulfure de sodium est dissous comme précédemment et ajouté ensuite.
Enfin le traitement avec la formule renfermant du carbonate de soude est préparé comme suit : dissoudre le sulfate de cuivre et le carbonate de soude, le premier dans 80 litres d'eau et le second dans 10 litres d'eau seulement; verser là dissolution de carbonate dans celle de sulfate, et ajouter en dernier, comme il a été dit, le sulfure de sodium préalablement dissous dans 10 litres d'eau.