CONSERVATION DE LA BETTERAVE EN SILOS
qui avaient passé sans être coupées et qui étaient aussi bien conservées que les autres.
Je suis convaincu qu'en les ensilant sans mélange, elles se seraient également bien conservées. Mais il y aurait eu une grande difficulté pour les hacher, ou bien il aurait fallu un coupe-racines énergique, et un moteur. Quoi qu il en soit, on aurait pu, cette année là, sauver beaucoup de betteraves, qui ont été perdues, rien qu'en les mélangeant avec de la pulpe; il en faut du reste très peu pour ces sortes d'ensilages; du moment que l'on recouvre les couches de choux, de betteraves ou d'autres plantes, cela suffit, la fermentation fait le reste. Les collets de betteraves avec leurs feuilles se conservent d'une façon parfaite en mélange avec de la pulpe, et donnent une nourriture appétissante que les bestiaux mangent avec avidité.
Dans les années de disette surtout, je crois qu'il y aurait grand avantage à les ensiler plutôt quede les enfouir pour engrais. A ce sujet je demanderais l'avis de M. Dubernard, notre éminent chimiste, qui pourrait nous donner la valeur des collets de betteraves comme nourriture et comme engrais. Je crois que cette question intéresse beaucoup la culture.
Dans mes voyages en Allemagne, j'ai vu en 1886 et en 1891 ensiler des collets de betteraves avec leurs feuilles sans aucune addition 4e pulpe ni de sel et, sur la demande que j'ai fait faire par mon interprète, il m'a été répondu que cet ensilage réussissait très bien et donnait une excellente nourriture.
L'an passé, en Allemagne comme en Autriche, j'ai vu, en beaucoup d'endroits, ramasser les collets de betteraves que les bestiaux n'avaient pas mangés, pour les ensiler avec de la pulpe.
J'en ai même vu ensiler avec les feuilles fortement avariées; j'ai demandé si elles n'allaient pas gâter le reste. L'on m'a répondu qu'elles se refaisaient en silos. Quoi qu'il en soit, je crois qu'il vaut mieux les ensiler avant que les feuilles ne soient gâtées.
Etant en Russie, en 1801, j'ai vu plusieurs fabricants de sucre, ^ui se plaignaient du manque de nourriture pour leurs bestiaux, causé par la grande sécheresse qui avait sévi pendant l'été. Je leur conseillai de ramasser les collets de leurs betteraves et de les ensiler.
L'un d'eux a suivi mon conseil, et il m'écrivait dernièrement que l'opération avait très bien réussi et qu'elle lui avait permis de pouvoir conserver tout son bétail, au lieu d'être obligé d'en vendre une partie à vil prix comme beaucoup de ses voisins.
Cette année, j'ai voulu aussi essayer la moutarde blanche à l'automne ; j'en ai ensemencé après blé, 70 ares. Quoique la levée ne se soit faite qu'au commencement d'octobre lorsqu'il a plu, j'ai une récolte que l'on a pu faucher.
J'ai 1 intention d'en semer davantage l'année prochaine; je l'ensilerai avec de la pulpe et peut-être seule.
Les animaux mangent très bien cette plante et les vaches laitières qui s'en nourrissent donnent du très bon lait.
J'en crois que les cultivateurs ont intérêt à essayer cette culture, surtout qu'elle ne tient pas de place dans l'assolement puisqu'on sème après seigle, blé, avoine tardive, etc., et qu'elle demande peu d'engrais.