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BUTTOIR POUR TRACER DUS PLANCHES ETROITES

tage aussi satisfaisant, mais dont l'usage permet l'usage du semoir dans les terres les plus humides.

C'est un buttoir analooue à celui de Mathieu deDombasle, avec cette différence que les versoirs sont droits et échancrés à angle obtus, de manière à façonner l'épaule des planches en talus terminé par une arête vive, en même temps que leur surface est rendue absolument plane.

Il a été établi pour tracer, entre deux planches voisines, un sillon de 0 m. 25 de profondeur, que Ion pourrait porter à 0 m. 1^0 et au delà, en augmentant la hauteur des versoirs et celle de leur découpure.

Son angle d'ouverture est également variable, les versoirs étant réliés à un écrou qui peut glisser sur l'âge, en fournissant une course calculée.

Hien ne serait plus désirable que de voir se généraliser l'ensemen-

Fi;?. 9. — Buttoir du système de M. Andouanl.

cernent en lignes, dont les avantages ne sont plus à démontrer. Non seulement il facilite le nettoyage des terres, mais il économise la semence dans une mesure qui n'est pas soupçonnée par beaucoup d'agriculteurs. Dans ma région, tout au moins, ceux qui emblavent un hectare, à la main, avec 110 ou 120 litres de froment sont peu nombreux. La plupart du temps, on emploie à cette opération un hectolitre et demi et fort souvent deux hectolitres de semences. Avec le semoir, on obtient un résultat meilleur en distribuant, sur la même surface, de 50 à 70 kilog. de blé seulement, suivant la nature du terrain. L'adoption exclusive du semis en ligne offre donc un intérêt très grand. La disposition que j'ai donnée au buttoir hâtera, je l'espère, la réalisation de ce progrès et rendra un véritable service aux cultivateurs.

L'instrument a été intelligemment construit par M. Rialland, des Touches (Loire-Liférieure), ce qui ne veut pas dire qu'il ne soit pas susceptible de perfectionnement. J'accueillerai avec reconnaissance les critiques auxquelles il pourra donner lieu et je les mettrai à profit pour qu'il atteigne son but le plus proinptement possible.

A. Andouard,

Directeur de la Station agronomii|ue de la Loirc-Iiifèricure.

ÉTUDE SUR LA QUESTION OVINE EN ALaÉRIE

On se souvient qu'au mois de mars 1892 M. Viger, député, membre du Conseil supérieur de l'agriculture, a été chargé par M. le Ministre de l'agriculture d'une mission spéciale en Algérie, en vue de l'étude de la production du mouton. Cette mission avait pour objet spécial d'indiquer les mesures à prendre en ce qui concerne l'amélioration et le développement de la production ovine dans la colonie, ainsi que les moyens d'en favoriser l'importation en France. Ces questions ont été, comme nos lecteurs le savent par les indications que nous avons données à diverses reprises sur ce sujet, agitées maintes fois en Algérie; des solutions diverses ont été proposées, quoique, dans les derniers temps, on ait constaté des vues plus uniformes à cet égard. Le rapport que JM. Niger a publié récemment sous le titre Etiide sur ta question ovine en Algé7'ie, montre qu'il a déployé une grande activité pour s'acquitter de la mission qui lui avait été confiée; il a visité les principaux centres de production du mouton, ainsi que les grands marchés d'approvisionnement, tant dans les provinces algériennes qu'en Tunisie; il s'est enquis auprès des associations agricoles, des cultivateurs, et notamment de ceux qui s'adonnent spécialement à l'élevage et à l'engraissement ; il a étudié enfin les travaux qui ont été publiés sur cette importante question. Si l'on peut faire, comme pour la plupart des travaux de ce genre, des réserves sur ((uelques points, on doit reconnaître dès l'abord que l'enquête de M. V'iger a été conduite avec beaucoup de soin.

Le mouton est le meilleur agent pour tirer parti de deux vastes par lies de notre domaine algérien : la région des Hauts-Plateaux et celle du Sahara algérien ; c'est à l'accroissement de l'effectif des troupeaux qu'est lié, en grande partie, le développement de la richesse pour les tribus qui parcourent ces régions. La question du mouton en Algérie est, en effet, surtout une question arabe; la colonisation européenne n'y est que très indirectement intéressée. C'est d'ailleurs un des principaux motifs pour lesquels cette question, débattue presque constamment depuis quarante ans, n'a pas reçu jusqu'ici de solution complète, quoique quelques-unes des mesures préconisées notamment par M. Couput, directeur de la bergerie nationale de Moudjebeur, aient reçu un commencement d'application.

Un rapport de Bernis, vétérinaire principal militaire, évaluait la population ovine de l'Algérie, en 185'2, à 10 millions de têtes environ. Depuis cette date déjà éloignée, ce total ne s'est pas accru, il est souvent descendu au-dessous de ce chiffre, à la suite des insurrections, des sécheresses, etc. Les dernières statistiques du Gouvernement général de l'Algérie accusaient 10,712,926 moutons en 1888, 9,475,287 en 1889 et 8,952,735 en 1890. Ce dernier nombre se décomposait ainsi : 8,578,500 têtes appartenant aux iadigènes, et 374,200 seulement appartenant à des Européens, ce qui confirme ce que nous disions plus haut.

Le régime de la transhumance est celui auquel sont soumis exclusivement les troupeaux arabes. Si, depuis quarante ans, la population

ovine est restée à peine stationnaire, c'est que cette transhumance se fait souvent dans les conditions les plus déplorables; dans les années de sécheresse, l'imprévoyance des indigènes entraîne la perte d'une énorme quantité d'animaux qu'ils ne peuvent nourrir. C'est pourquoi M. Viger recommande l'application, avec persévérance et esprit de suite, des moyens préconisés depuis longtemps pour subvenir aux besoins des troupeaux : création de réserves d'approvisionnements à vendre aux indigènes en cas de besoin, organisation d'abris et création de points d'eau sur les routes de parcours, tels sont ceux qui paraissent les plus urgents et dont la réalisation, en diminuant les pertes si fréquentes dans les troupeaux, permettrait au croît d'en augmenter progressivement, et même rapidement, Tefîectif.

Il ne suffit pas d'accroître les troupeaux, il faut aussi en augmenter la qualité. Le mouton algérien est, dans la majorité des cas, de qualité fort médiocre, tant pour la valeur de sa laine que pour son rendement en viande. C'est pour provoquer l'amélioration de la qualité des moutons et y contribuer directement qu'a été créée, depuis longtemps, la bergerie nationale fixée successivement à Laghouat, à Ben- Chicao et à Moudjebeur où elle existe toujours. Dans cette bergerie sont entretenus des béliers qui servent à la reproduction, soit sur place, soit dans les troupeaux des tribus : ce sont des béliers mérinos qui y sont maintenus. Les résultats acquis sont loin d'être nuls. Je me souviens d'avoir examiné à l'Exposition universelle de 1889 des échantillons de laine exposés par M. Couput, directeur de la bergerie nationale de Moudjebeur, et provenant de toutes les tribus qui s'adonnent à l'élevage ; ces laines, de qualité fort différente suivant les tribus, étaient accompagnées d'une grande carte indiquant les régions d'où elles provenaient ; mauvaises dans les régions éloignées de la bergerie, elles s'améliorent à mesure qu'on se rapproche de celle-ci, ce qui montrait le rayon dans lequel elle avait exercé son heureuse influence. .J'ai pu d'ailleurs constater personnellement cette influence dès 1881 , sur un des grands marchés indigènes de l'Algérie, à Boghari, et je prends la liberté de reproduire ce que j'écrivais à cette époque {Journal du 14 mai 1881, page 264):

« Le II avril, j'assistais au marché de Boghari, dont les moutons exclusivement amenés par les indigènes, formaient l'élément principal. L'habitude des Arabes est de placer les moutons par lots de 15 à 20 disposés sur deux rangs, tête à tète, et attachés par une seule corde qui s'enroule autour de tous les cous. Eh bien, dans ces lots, tous élevés de la même manière, également rustiques, puisqu'ils venaient des mêmes troupeaux, on reconnaissait du premier coup, à l'ampleur de leurs formes, à leur gigot développé, à leur belle toison, à leur tête caractéristique, ceux qui comptaient parmi leurs ascendants un bélier mérinos amélioré. Et ils sont déjà assez nombreux sur ce point, qui est vrai, le plus rapproché de Ben-Ghicao et de Moudjebeur. Il n'est pas douteux que, par la multiplication du nombre des béliers, au besoin par la création de statio)is d'étalonnage sur plusieurs points de la colonie, on arrivera à augmenter rapidement, dans d'énormes proportions, la valeur des troupeaux des Arabes.

« Pourrait-on obtenir le même résultat avec d'autres races, notamment avec les races de boucherie anglaises? Les tentatives d'acclimatation de ces races qui ont été faites depuis quelques années, dans la Mitidja, ont démontré qu'il leur fallait une nourriture abondante, qui manque dans les cultures des indigènes, et des abris dont ceux-ci n'ont jamais compris le besoin. C'est seulement entre les mains des grands agriculteurs de la plaine que ces animaux peuvent se maintenir. »

Je parlais, à cette époque de l'utilité des stations de monte; je m'empresse de dire que cette idée n'est pas de moi; elle m'avait été communiquée par les Algériens qui se préoccupaient de la questit)n du mouton. Elle a été développée magistralement par M. Couputdans des travaux que nous avons signalés en leur temps ; elle est reprise aujourd'hui par M. Viger dans 'un projet de bergeries d'élevage et de bergeries communales qui forme une des principales conclusions de son rapport. La pratique du croisement, la castration des agneaux mâles dans les troupeaux indigènes, tels sont les moyens qu'il indique pour accroître le rendement en viande et en laine des moutons algériens, en vue d'acroître les ressources que notre colonie peut fournir, pour son grand avantage, à la consommation française. Pour atteindre ces résultats, l'administration doit intervenir, car les indigènes sont incapables de transformer eux-mêmes leurs troupeaux; sans une action méthodique et suivie, l'amélioration, qui est réellement urgente à tous les points de vue, ne pourrait se réaliser sans demander une période de temps beaucoup trop considérable.

C'est pourquoi nous pensons qu'on doit approuver la conclusion générale du rapport de M. Viger, que nous citons textuellement : « L'Algérie a fait depuis dix ans de grands progrès agricoles, la ce culture de la vigne s'y est merveilleusement étendue, la culture « des céréales y occupe de larges espaces; seul, l'élevage du mouce ton est resté absolument stationnaire depuis les premiers jours c( de la conquête, puisque le chiffre de l'effectif ovin est actuellement ce évalué au-dessous du nombre auquel il était porté, en 1852, dans « un document officiel. L'histoire de la question ovine en Algérie peut ce donc se résumer ainsi : travaux consciencieux, expériences multiee ples^ tâtonnements nombreux et résultats presque nuls. Ce ne sont ce pourtant ni les études, ni les éléments qui manquent, et il ne faut ce actuellement qu'une volonté énergique pour les mettre en mouve- (c ment et aboutir à un résultat. »

Le rapport de M. Viger est accompagné de documents annexes. Le premier de ces documents est une note sur le commerce des moutons do l'Algérie avec la métropole, par M. Bertaux, directeur de la régie du marché aux bestiaux de la Villette. L'importation des moutons algériens en France s'est accrue considérablement dans les dernières années : de 580,000 têtes en moyenne paran pendant la période de 1884 à 1886, elle est passée à 723,000 têtes par an de 1 887 à 1 889, et a atteint 939,000 têtes par an pendant les trois dernières années, de 1 890 à 1 892. Mais ces moutons sont souvent dépréciés, d'abord parce qu'ils sont souvent de qualité inférieure, et ensuite parce qu'ils encombrent le marché aux mêmes époques, du 15 mai au 15 juillet. z\ux conclusions de M. Viger, M. Bertaux en ajoute d'autres pour parer aux inconvénients de cet encombrement. Le principal moyen qu'il propose consisterait dans la création, à Marseille, d'établissements de réception ou entrepôts où les moutons pourraient prendre du repos, avant de continuer leur route. M, Bertaux demande aussi l'amélioration des moyens de transport et la diminution des tarifs, tant sur les voies de terre que sur les bateaux.

L'autre annexe est une étude de M. Charles Floquet, président de la Chambre syndicale de la mégisserie lainière, sur des échantillons de

laine de moutons croisés, rapportés d'Algérie par M. Viger. La comparaison de ces laines avec celle des moutons africains communs apporte une nouvelle preuve des avantages que l'on peut obtenir en Algérie par la généralisation de la pratique du croisement, sous le rapport de la qualité de la laine. Henry Sagnier.

PLANTES POTAGÈRES NOUVELLES

Dans le dernier numéro du Journal (page 67), nous avons signalé plusieurs variétés nouvelles de plantes potagères, dignes de fixer l'attention; en voici quelques autres, qui figurent au catalogue des nouveautés de MM. Vilmorin-Andrieux et C'% et qui sont mises au commerce après des essais nombreux qui en ont démontré la valeur.

La betterave rouge de Cheltenham (fig. 10) est une espèce de betterave comestible, à salade, originaire d'Angleterre. Cette variété est d'excellente qualité; sa racine allongée et rentlée, a une chair de couleur rouge-sang intense. Au lieu d'être colorées, comme dans lesautres variétés de betteraves potagères, les feuilles sont de couleur vert grisâtre, et leurs nervures seules sont roses.

Le chou cabus panaché (fig. 11) a été présenté pour la première fois à l'exposition d'automne de la Société nationale d'horticulture. C'est une plante potagère qui, comme d'autres variétés de choux, peut servir à bon droi tcomme plante d'ornement. En effet, ses feuilles présentent, sur un fond vert foncé, des taches ou des marbrures de blanc, de rose, de rouge et de lilas, qui constituent des panachures à la fois très diversifiées et très élégantes. Au point de vue culinaire, la qualité de ce chou est très bonne, et sa pomme prend un développement suffisant. « Nous engageons ceux qui voudront bien l'essayer, disent MM. Yilmorin-Andrieux, à s'en servir pour garnir leur jardin potager à l'automne et en hiver, époque où son caractère panaché devient le plus apparent et ornemental ; ils ne seront pas fâchés de s'en servir ensuite comme légume, à une saison où les autres variétés de choux deviennent rares. »

La chicorée frisée à cœur jaune est une nouvelle variété rustique et productive, qui se recommande particulièrement pour la production en vue des marchés. Il en est dt même du concombre vert long maraîcher, qui donne de nombreux fruits et qui est dune précocité très avantageuse. — La courge baleine donne des fruits énormes, qui peuvent atteindre, d'après MM. Vilmorin-Andrieux, le poids de 40 à 60 kilog.; ces fruits peuvent se conserver longtemps.

Plusieurs variétés de haricots sont à signaler. Le haricot mangetout de Saint-Fiacre (fig. 12) provient des cultures de Verrières; le dessin montre la plante au douzième de sa grandeur, la cosse et le grain en grandeur naturelle. C'est une variété vigoureuse, dont la précocité est moyenne, et qui se recommande spécialement par sa fertilité; celle-ci permet de cueillir, pendant toute la saison, un grand nombre de belles cosses, bien droites et bien fournies; le grain est oblong, mince et de couleur café au lait. — Le haricot nain beurre doré est aussi un haricot mangetout; son grain est petit, ovale, de couleur jaune vif; la plante est trapue et tient peu de place dans le sol ; elle se prête ainsi à la culture forcée, d'autant plus que ses cosses sont de qualité remarquable.

PLANTES POTAGERES NOUVELLES.

— Le haricot Bagnolet à feuille d'ortie se cultive surtout pour la production des haricots verts; c'est une variété hâtive et fertile. — Le haricot nain Lyonnais à grain blanc, se distingue surtout du haricot lyonnais, comme son nom l'indique, parce que son grain est de couleur blanche ; on peut le cultiver pour le vendre soit comme haricot vert, soit comme haricot sec après sa maturité.

La pastèque très hâtive de Russie est une variété qui, cultivée sur

Fis-. IL

Chou cabus panaché

Fis. 12.

Haricot mangetout de Saint-Fiacre .

couche, peut arriver à maturité dans une grande partie de la France; ses fruits, à chair fondante et juteuse, pèsent environ 2 kilog. Cette variété permet de faire apprécier dans une partie de notre pays, un fruit qui y était à peu près inconnu. La méthode de culture à suivre est d'ailleurs la même que pour les melons; mais on ne doit soumettre la plante à aucune sorte de taille.

Le navet écarlate du Kashemyr a été introduit en France par M. Pail-

102 PLANTES POTAGERES NOUVELLES.

leux ; il présente une racine arrondie, déprimée, bien lisse et de couleur rouge vif; il est de bonne qualité, et se conserve bien en hiver. — Quant au navet de Milan blanc, c'est une nouvelle variété qui sort des cultures de Verrières; il se distingue parla régularité de sa racine, et par sa précocité qui est absolument remarquable.

MM. Vilmorin-Andrieux mettent aussi au commerce de nouvelles variétés de pommes de terre pour la grande culture et pour la culture potagère ; c'est la pomme de terre géante sans pareille et la Reine des polders : nous reviendrons d'une manière spéciale sur ces variétés très intéressantes. J. de Piudel.

III. — Sylviculture. — H y a soixante ans on ne s'occupait guère des bois en Sologne. Si l'on excepte quelques sylviculteurs intelligents et avisés, tels que MM. de Boisgibault, d'Auteroche, deLaage deMeux, marquis de Tristan, Baguenault de Viéville, marquis de Vibraye, Du Pré de Saint-Maur, Marc Gaillard, Ménard, de Morogues, de la Selle, Guillaumin, etc., qui avaient soin de leurs bois et qui commençaient à semer des pins dans les terres médiocres, les autres propriétaires se bornaient à exploiter de maigres taillis, tout en les abandonnant aux bestiaux de la ferme ; car les fermiers ne se contentaient pas des vastes étendues comprises dans leurs locations, il leur fallait encore faire pâturer dans les réserves du propriétaire.

A partir de 1850, cet état de choses se modifia beaucoup. Sous l'impulsion de bons conseils et de bons exemples, les boisements prirent une très grande extension, et la contrée entière se couvrit de vastes pineraies maritimes et sylvestres, dont l'étendue atteignit 80,000 hectares, en comptant les terres nouvellement boisées et les anciens bois restaurés et regarnis. Ces pineraies devinrent une véritable richesse, du jour où leurs produits furent préférés, pour la cuisson des fours, par la boulangerie de Paris.

Certainement le boisement de toutes les terres inférieures en essences résineuses était bien le programme le plus judicieux qu'on pût adopter pour la régénération de la Sologne, car les pins y donnent à la fois le rendement le plus élevé et le meilleur résultat pour la salubrité. Ils étouffent en partie les bruyères sous leur couvert, ils purifient l'air par leurs émanations balsamiques, ils assainissent le terrain par le drainage naturel de leurs racines.

Malheureusement survint le rude hiver de 1879-1880 qui détruisit tous les pins maritimes, c'est-à-dire plus des trois quarts des nouvelles plantations. Ce fut un grand désastre. Nous reculions de quarante ans en arrière. Une grande partie des sacrifices faits étaient anéantis sans qu'on en eût profité ; car la moitié des bois gelés étaient trop jeunes pour trouver emploi et utilisation. Quant à la conservation des autres bois, elle faisait question.

C'est alors qu'on put juger tout ce qu'il y avait de ressort et d'énergie dans le caractère des propriétaires de la Sologne. Le premier moment de stupeur passé, chacun se remit à l'œuvre. Plus de deux millions et demi de stères de bois furent triés, façonnés, empilés et conservés avec des précautions spéciales ; en définitive, ils se sont

vendus jusqu'au dernier. Aujourd'hui, après seulement douze années écoulées, il est constaté que nos 80,000 hectares de pins se trouvent reconstitués, et, cette fois, généralement en sylvestres, essence qui ne paraît pas craindre les gelées.

Nos pineraies ont été visitées par des commissions qui ont constaté l'état complet des peuplements et leur parfaite végétation. Elles ont pourtant été créées par des procédés très économiques (soit, par hectare, 18 à 22 francs pour les semis, 50 à 65 francs pour les plantations). C'est une œuvre considérable, et la plus grande place d'expérience que je connaisse comme exécution de repeuplements.

J'ai eu la bonne fortune, comme Conservateur des forêts de la région, d'être associé à vos travaux; par conséquent, mieux que personne, j'ai pu apprécier ce que vous avez fait. C'est de là que datent ces liens solides qui m'attachent à la Sologne, et cette communauté de sentiments qui m'a amené à la présidence de votre Comité.

IV. Viticulture. — Les historiens de la Sologne affirment que toute notre contrée était couverte de vignes il y a deux siècles; quelques-uns même ont raconté quavant le défrichement de certaines plaines de bruyères on retrouvait sur le sol les traces bien apparentes de vignes abandonnées dont les souches marquaient encore les lignes régulières.

Il fallait ces affirmations pour nous convaincre; car, à part quelques vignobles spéciaux, comme ceux de Huisseau-sur-Cosson, de Cour-Cheverny, de Cellettes, le souvenir même de la culture de la vigne avait disparu de la plupart des hameaux de la Sologne.

Il y a vingt-cinq ans, le vin y était à peu près inconnu ; on n'y buvait que l'eau des fontaines et de mauvais cidre, fabriqué avec des fruits sauvages ramassés dans les bois.

Depuis lors, des communes qui ne possédaient pas un hectare de vigne en ont planté des centaines et chaque année la Commission de viticulture nous annonce de nouveaux progrès.

Presque toujours, ce sont de grands propriétaires qui ont donné l'exemple par des plantations modèles dans lesquelles ils ont adopté les méthodes les plus récentes et introduit des cépages nouveaux. L'élan une fois donné, de modestes cultivateurs ont suivi l'impulsion; sans aucunes connaissances spéciales, ils se sont improvisés vignerons, et, à force de soins et d'intelligence, ils ont constitué les vignobles que vous visitez chaque année. La vigne ! c'est la conquête la plus récente que nous ayons faite, et nous avons tout lieu d'espérer qu'elle deviendra un grand bienfait pour le pays.

La vigne réussit bien dans presque tous nos sols, pourvu que le terrain soit préalablement assaini et amélioré au moyen de tranchées profondes, qu'on remplit d'ajoncs, de bruyères et de branchages de pins ; pourvu aussi qu'on lui donne de la chaux dont elle est fort avide et que> durant l'été, on ne lui ménage pas les façons.

C'est grâce à ces prescriptions, que tous nos lauréats mettent en pratique, qu'on obtient, même dans les années de gelée, des récoltes largement rémunératrices.

Partout où les plantations de vignes se sont le plus étendues, la population a sensiblement augmenté, parce que un ou deux hectares suffisent à faire vivre une famille.

C'est donc avec raison que nous récompensons spécialement la culture de la vigne qui deviendra l'une des sources de richesse de la Sologne.

V. Les industries. — H y a cinquante ans, la Sologne, qui n'avait aucun moyen de communication, ne comptait pour ainsi dire pas d'industrie. Depuis lors, nous avons vu naître :

A Yierzon, plusieurs fabriques d'instruments agricoles, des fonderies de verres, des usines de céramique, etc.

A Salbris, une fabrique de carton et une industrie toute nouvelle, la fabrique des charbons de Paris et des briquettes de voitures, dans laquelle se trouvent utilisés les menus bois de pins, jusque-là sans valeur et dont les produits sont déjà adoptés, pour chauffage des wagons, par deux de nos grandes compagnies de chemins de fer; enfin une féculerie que vient d'ouvrir notre collègue M. A. Courtin.

A la Ferté-Saint-Aubin, la grande tuilerie mécanique de M. Camille Berthier, dont les produits, à l'abri de la gelée, sont de plus en plus appréciés ; la fonderie Fromont, etc.

Nous ne devons pas enfin oublier l'industrie des pépinières, répandues aujourd'hui dans toute la Sologne et que nous ne saurions citer toutes. L'établisseuient important de notre collègue, M. Cannon, qui est situé au centre de la région, et ceux considérables de MM. Transon, méritent une mention particulière.

VI. Les propriétaires. — Au début de cette étude, j'ai rappelé l'indignation d'Arthur \oung à propos de ïabsence et de Yignorance des propriétaires de Sologne. Si ce voyageur recommençait aujourd'hui son excursion de 1787, il éprouverait certainement une impression toute différente, car la Sologne est habitée par des propriétaires très instruits des choses agricoles et très animés du désir de ijien faire.

De tous les côtés, le pays s'est couvert non seulement de bâtiments bien appropriés à la culture, mais aussi de constructions élégantes, de châteaux, dont un grand nombre sont habités toute l'année.

C'est qu'actuellement les propriétaires de Sologne ont une qualité spéciale; ils aiment passionnément leurs terres, ils leur donnent tous leurs soins, ils consacrent à les exploiter des sommes considérables; ils vivent attachés à ce pays chacun par un côté utile qui le passionne et le retient; ils ne s'en éloignent jamais qu'à regret.

Il serait bien difficile d'évaluer tous les sacrifices d'argent faits depuis quarante ans pour les assainissements, pour la construction des fermes, pour les créations de prairies, pour les plantations des bois et des vignes.

J'ai déjà rappelé toutes les dépenses que chacun dut s'imposer à la suite de la grande gelée de 1879-1880 pour refaire les pineraies détruites. Ces dépenses, vous n'en serez pas rémunérés de longtemps; car il faut encore une douzaine d'années pour que les plus âgés de vos bois aient acquis des dimensions marchandes. Aussi est-ce bien justement qu'à la dernière session du Conseil de Loir-et-Cher, votre député, M. Jullien, et vos Conseillers généraux ont protesté contre la malencontreuse proposition de surélever la base de vos impôts. Ce ne sont pas des sacrifices qu'il faut imposer; ce sont des .encouragements que vous méritez.

Je serais injuste si je ne disais pas que, dans cette grande œuvre de régénération, l'action de l'Etat est venue aider puissament les propriétaires de Sologne. C'est à l'Etat que nous devons nos routes agricoles et les premiers apports de marne cédés à prix réduit ; c'est lui qui est venu à notre secours en 1880, en nous distribuant gratuitementdes graines et des plants de pins sylvestres; c'est lui, je lespère, qui voudra couronner l'œuvre en nous aidant à faire les chemins de 1er intérieurs qui nous manquent et que nous réclamons depuis plusieurs années.

VII. La Sologne pays de chasse et de villégiature. — La Sologne d'il Y a cinquante ans était un objet de répulsion, particulièrement pour les Parisiens qui croyaient qu'on n'y pouvait pas mettre les pieds sans y gagner les fièvres paludéennes.

Quel contraste aujourd'hui!... La Sologne est devenue un pays de villégiature et de chasses privilégiées. Paris l'envahit chaque jour de plus en plus : des écrivains, des artistes, des hommes politiques, des médecins, des financiers, des industriels, viennent s'y fixer, sans rien redouter du climat et à cause des agréments qu'elle procure... Les chasses y sont réputées les plus belles de France parce que, grâce à la diversité des terrains et à la variété des cultures, nos principales espèces de gibier trouvent à se cantonner à leur goût, s'y plaisent et s'y reproduisent abondamment.

Tel est, messieurs, le séduisant tableau de la Sologne de 1892 : partout la population s'accroît en nombre et en vigueur; partout la culture s'améliore et tend à [suivre les méthodes les plus nouvelles; partout l'industrie se développe. — C'est sans doute en Sologne que se sont accomplis les progrès les plus marqués pendant les vingt dernières années qui viennent de s'écouler.

Le Comité central peut tenir à honneur d'avoir dirigé une pareille œuvre; car la Sologne assainie, cultivée, repeuplée, c'est l'étendue d'un département entier mise en valeur; c'est la production de 500,000 hectares ajoutée à la richesse agricole de la France.

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