‹ Journal de l'agriculture (volume 3)Chapitre 73 sur 691 · DANS LE SUD-OUEST ET PRINCIPALEMENT DANS LE HAUT-BASSIN DE LA GARONNE · texte numérisé non relu

DANS LE SUD-OUEST ET PRINCIPALEMENT DANS LE HAUT-BASSIN DE LA GARONNE

Dans le Midi de la France, et en particulier dans le bassin de la Garonne, le bœuf est le moteur par excellence. C'est lui qui traîne péniblement la charrue, laboure nos terres et conduit nos lourdes voitures de la ferme aux champs et des champs à la ferme.

Depuis les temps immémoriaux que les cultivateurs du sud-ouest exploitent la force motrice des bovidés pour les travaux des champs, ils auraient pu tenter quelques améliorations utiles; à notre connaissance, rien n'a été fait jusqu'à ce jour. Nous avons néanmoins décidé plusieurs propriétaires de la Haute-Garonne à modifier profondément leur pratique en leur indiquant des méthodes plus sûres, plus économiques et surtout plus lucratives. Aujourd'hui, ils sont bien revenus

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de leurs errements primitifs et cette vieille pratique, dont ils étaient de fidèles adeptes, est totalement délaissée.

Malheureusement à côté de ces rares agriculteurs qui font bien, il y en a d'autres qui font mal ; non seulement dans le département de la Haute-Garonne, mais dans toute la région. Nous avons été frappé au cours de nos voyages de retrouver cette même pratique dans la Gironde, le Lot-et-Garonne, le Tarn-et-Garonne, le Gers, les Hautes-Pyrénées, et nous nous sommes décidé à publier, dans ce journal, les modifications que nous avons communiquées à M. de Lapeyrouse et à M. Malidat.

Les bœufs, dressés dès leur jeune âge, sont exploités jusqu'à leur mort, ou jusqu'au moment où leur force motrice est totalement épuisée. Telle est la pratique suivie depuis de nombreux siècles. Ainsi, dans la région Toulousaine, il n'est pas rare de voir des bœufs de 12 à 15 ans attelés à la charrue, à la voiture ou au char.

Et ce sont ces animaux, repus de travail, fatigués, qu'on livre à un engraissement très ordinaire, sans principe aucun, sans règle aucune et même sans but déterminé.

S'agit-il, ici, d'une pratique intelligente? Evidemment non. Etant donné que la production de la viande est la fonction économique la plus importante^, nous devons la viser particulièrement. Est-ce à dire qu'il ne faut pas utiliser la force motrice? Tel n'est pas notre avis.

On dit, en Angleterre, que la force des bovidés ne doit pas être exploitée. Nous le reconnaissons pour un pays exclusivement pastoral, mais nous nous gardons de conclure àla même pratique, eu égard à notre cas particulier, car nous n'avons pas dans la région de riches prairies permettant l'engraissement au champ. Déplus, en raison des nombreux services que nous rendent les bovidés dans les travaux agricoles, nous n'excluons pas le travail moteur, et nous le considérons chez nous « com.me nécessaire. »

Il nous faut rechercher, par conséquent, quels sont les moyens qui peuvent nous permettre de maintenir de pair les productions de viande et de force motrice. — C'est là dessus que notre étude est basée.

IL — Y a-t-il compatibilité entre la production de la viande et l'exploitation de la force motrice? En thèse générale ces deux fonctions sont parfaitement compatibles, à condition toutefois de viser spécialement la production de la viande et de considérer le travail comme un surcroît de valeur.

Pour arriver à ce résultat, d'une manière indirecte, nous proposons d'assoler nos animaux comme nous assolons nos cultures.

Un exemple nous fera mieux concevoir cette proposition. Soit une propriété de 150 hectares, comptant environ 12 paires de bœufs. Il faut assoler de façon à ce que le bétail soit renouvelable, partie chaque année, et totalement tous les quatre ans. Ainsi on achètera des bœufs de 2 ans à 2 ans et demi, et on les vendra à l'àge de 6 ou 7 ans.

Pensez- vous que ce système d'exploitation ne soit pas avantageux? On aura dans la ferme : 6 bœufs de 3 ans ; 6 bœufs de 4 ans ; 6 bœufs de 5 ans ; 6 bœufs de 6 ans.

Chaque année on vendra les bœufs de 6 ans engraissés et on les

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remplacera par des individus de 2 ou 3 ans, et ainsi de suite en continuant cette rotation quadriennale.

Démontrons maintenant les avantages de cette méthode :

La vie d'un animal, comme celle de tout être vivant, à quelle classe qu'il appartienne, comprend trois grandes périodes : la période de croissance, la période stationnaire et la période de décrépitude.

Etant donné que la zootechnie se propose d'obtenir les meilleurs résultats ou le rendement maximum, telle situation étant connue, on a du rechercher à quel moment il était avantageux, au plus haut degré;, d'exploiter la machine animale. On a reconnu que c'était durant la période de croissance.

Nous avons dit, en effet, que le travail moteur devait être un surcroît de produit] cela ne peut arriver que quand l'animal crée d'autres valeurs, ce qui a lieu au moment du croît, pendant la jeunesse.

Que nous sommes loin de ce principe ! A l'âge de 12 ans nous vendons notre bétail ! à cet âge où il ne peut donner rien autre qu'une viande peu savoureuse, dure et presque sans valeur ; mais ces inconvénients disparaîtraient si nous vendions nos bœufs à l'âge de 6 ans, comme nous le montrions tout à l'heure.

Il nous faut examiner, maintenant, s'il ne serait pas plus avantageux, de s'adresser à des animaux plus jeunes et d'acheter conséquemment des produits de dix-huit mois ou de deux ans. La question n'offre pas trop de difficultés puisqu'il est reconnu de longue date que le croît est d'autant plus considérable que lanimal est moins âgé.

Cela veut-il dire qu'il serait plus pratique ou plus sage d'avoir exclusivement des animaux trop jeunes? Nous ne le pensons pas. On ne peut exiger de ces jeunes une force considérable, et cela nous conduit à la conclusion suivante : Pour les terres un peu argileuses ou terre forts^ il nous faut des bœufs puissants et robustes. En assolant le bétail comme nous l'avons montré, on évite tout inconvénient.

On peut ainsi, avec plus de profit, acheter des braus' de dix-huit mois et les revendre à l'âge de 5 ans.

L'assolement comporte alors : 6 bœufs de 2 ans, 6 bœufs de 3 ans, 6 bœufs de 4 ans, 6 bœufs de 5 ans.

in. — Le problème n'est pas encore terminé. Il nous faut rechercher quelle quantité de travail on peut faire effectuer à ces animaux de différents âges. D'après nos observations ce n'estguère quede4à5ans dans le premier assolement, et de 3 à 4 ans, dans le second, que l'on peut exiger des sujets la plus grande somme de travail. Les animaux de la première sole, âgés de deux ans, travailleront un quart ou un tiers de journée et seront employés à des travaux légers ; ceux de la deuxième sole travailleront un tiers ou une demi-journée ; ceux de la troisième sole, un demi à trois quarts de journée; et, enfin, ceux de la quatrième sole, âgés de 5 à 6 ans, travailleront moins et seront préparés pour la vente.

Dans les fermes où les travaux sont pénibles, il sera nécessaire, pour suivre cette méthode lucrative, de doubler les animaux de l'exploitation, ou au moins, d'en augmenter le nombre, afin d'exécuter le même

I. Kxpression employée dans le sud-ouest pour désigner les terres arjrileuses. On dit, par exemple, le terrefort du Lauragais.

1. Se ditj dans le midi, pour désigner des jeunes bœufs non dressés.

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