I. — Les fraudes dans le commerce des beurres
La Chambre des députés a commencé la discussion des propositions relatives à la répression des fraudes dans le commerce des beurres, mais elle est encore loin de l'avoir achevée. Il est difficile de prévoir quelles mesures prévaudront; mais il paraît peu probable, d'après les premiers résultats acquis, que le Parlement accepte enfin la solution tant désirée par les agriculteurs, c'est-à-dire la suppression des fraudes à leur origine. Chacun sait qu'aujourd'hui les falsifications du beurre se pratiquent sur une échelle énorme; elles ont provoqué une baisse désastreuse dans les prix. Chacun sait qu'en même temps l'industrie de la margarine prospère de plus en plus, et que des progrès récents réalisés dans cette industrie ont eu pour résultat de rendre la fraude de plus en plus facile à pratiquer et de plus en plus difficile à déceler. Dès lors, il n'y avait qu'un moyen de mettre un terme à ces abus, c'était de forcer l'industrie de la margarine à reprendre son caractère normal, et à rendre à l'industrie laitière une autonomie qu'elle n'aurait jamais dû perdre. C'est ce que quelques députés, au premier rang desquels on doit placer M. le comte de Saint-Quentin, ont essayé de faire comprendre à la Chambre des députés. Ils ont montré combien était grand le danger de favoriser une confusion quelconque. Malheureusement, la Chambre s'est laissée entraîner par des considérations sentimentales qui ne donnent jamais de bons résultats. Elle a repoussé l'art T"" du projet de la Commission pour y substituer celui du projet du Gouvernement qui admet l'introduction du lait ou de la crème dans la fabrication de la margarine. Nous n'hésitons pas à déclarer que c'est une faute grave. Sans doute, elle pourra être atténuée dans une certaine mesure par les mesures qu'on pourra prendre; mais elle n'en subsistera pas moins, et elle empêchera ces mesures d'avoir leur complète efficacité. Nous craignons fort que l'avenir nous donne absolument raison à cet égard. IL — La situation des récoltes.
Le Ministère de l'agriculture vient de publier, comme il le fait chaque année, au Journal officiel du 1" février, une évaluation de la situation des récoltes en terre au milieu de janvier, en ce qui concerne les semailles d'automne. Etablie d'après les rapports des professeurs départementaux d'agriculture, cette évaluation se rapporte surtout au blé et au seigle pour lesquels elle indique la superficie
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cultivée et l'état de culture. La superficie cultivée est évaluée en comparaison avec les surfaces ensemencées à l'automne de 1894, le nombre 100 s'appliquant à ces dernières. Quant à l'état de culture, il est fixé d'après des coefficients qui signifient : 100, très bon; 80, bon; 60, assez bon; 50, passable; 30, médiocre; 20, mauvais. Le tableau suivant condense l'ensemble de ces renseignements pour chacune des régions du pa^s :
]jle. Seigle.
Superficie. Etat de culture. Superficie. Etal de culture.
P^ Région. — Nord-Ouest 99 94 100 94
2<= — Nord 100 94 99 93
3e Nord-Est 99 87 97 81
4<' — Ouest 99 91 96 92
5« — Centre 101 89 99 89
G" — Est 99 87 97 90
7' — Sud-Ouest 100 88 98 91
8' — Sud 98 91 100 92
9' — Sud-Est 99 89 98 88
Corse 100 80 105 100
Les documents officiels sont résumés aussi sous une autre forme :
Blé. — Superficie. — 1 département a une superficie supérieure de 6 à 10 pour 100 à celle de 1894; 14 ont une superficie supérieure de 1 à 5 pour 100; 52 ont une superficie égale; 13 ont une superficie inférieure de 1 à 5 pour 100; 5 ont une superficie inférieure de 6 à 10 pour 100; 1 a une superficie inférieure de 11 à 20 pour 100.
Etat des cultures. — 36 départements ont la note 100 (très bon); 47 ont la note 80 à 99 (bon); 4 ont la note 60 à 79 (assez bon) : 1 a la note 50 à 59 (passable).
Seigle. — Superficie. — 4 départements ont une superficie supérieure de 1 à 5 pour 100 à celle de 1894; 52 ont une superficie égale; 21 ont une superficie inférieure de 1 à 5 pour 100; 6 ont une superficie inférieure de 6 à 10 pour 100; 2 ont une superficie inférieure de il à 20 pour 100 ; 2 ne cultivent pas le seigle.
Etat des cultures. ■ — 37 départements ont la note 100 (très bon) ; 42 ont la note 80 à 99 (bon) ; 6 ont la note 60 à 79 (assez bon).
De ces renseignements, il ressort que, dans la plupart des régions, on constate une légère diminution dans la culture du blé ; cette diminution varie de 1 à 2 pour 100. Elle est trop justifiée par la crise intense qui pèse sur la production du blé, et qui se maintiendra tant qu'on n'aura pas fait disparaître les fissures désormais trop manifestes, qui existent dans le régime douanier. Il y a également réduction dans les emblavures de seigle; elle est même plus accentuée que pour le blé. — Quant à l'état des cultures, il est donné généralement comme satisfaisant; pour la plupart des régions, les notes que renferme le tableau précédant sont même supérieures à celles du tableau analogue publié à la même date de l'année précédente. Mais il y a encore tant de chances à courir pour la récolte jusqu'à ce qu'elle soit engrangée qu'on ne peut aujourd'hui que tirer un bon augure de l'état actuel, sans avoir la prétention d'en déduire une conclusion.
Les mêmes documents fournissent aussi des renseignements sur l'état des prairies, des prairies artificielles et des fourrages annuels. La douceur de l'hiver s'est montrée favorable, et elle a permis aux trèfles incarnats, aux vesces, etc., comme aux prairies artificielles, de se remettre des atteintes de la sécheresse prolongée de l'automne. Mais c'est de la dernière période de l'hiver et de la première du printemps que dépendra surtout le succès ou l'insuccès des premiers fourrages; jusqu'ici on a le droit de compter sur un rendement normal.