‹ Journal de l'agriculture (volume 4)Chapitre 142 sur 737 · ET LA CIRCULAIRE LINDBLOM · texte numérisé non relu

ET LA CIRCULAIRE LINDBLOM

Une voix de Chicago nous arrive qui pourrait bien être considérée comme le récit d'un meâ culpâ. Le centre du commerce qui a le premier mis en usage le fameux système des marchés ci in option» retentit aujourd'hui des gémissements de l'un des membres de son bureau de commerce, qui vient à son tour proposer des remèdes. Espérons que l'opinion publique en sera plus émue que des précédentes communications sur cette matière (jui me paraissent laisser nos agriculteurs dans la plus incompréhensible indifférence. Je pubUe aujourd'hui ce document ; il est instructif, il émane d'un homme pratique, un des plus vieux et des plus influents membres du bureau de commerce de Chicago : on attachera sans doute quelque importance à l'opinion qu'il exprime. J'ai hâte de la faire connaître.

Le bureau de commerce souffre d'une dépression. Les causes en sont en partie générales et en partie spéciales. Je désire (c'est M. Lindblom qui parle) apporter ma part contributive pour suggérer des remèdes à cet état, et afin de vous décider à lire mes propositions permettez-moi d'affirmer tout d'abord que je ne propose aucune modification législative, que je n'attaque aucun intérêt, mais que mes idées reposent sur la base de la liberté d'action pour tout le monde et la suppression plutôt que l'établissement de restricti'ons quelconques.

Le Board of Trade est sous le poids d'un fardeau qui menace de le détruire. Personne ne peut manquer de s'en apercevoir. Tandis que les champs de blé sont éloignés de milliers de milles de nos portes, les accumulations de blé dans Chicago sont plus grandes que toute la demande visible moyenne d'avant 1891, et cela bien que la production ne soit pas plus grande et que les exportations ne soient pas moins considérables qu'avant cette époque. Il n'y a ni surproduction, ni diminution de consommation ; mais le système américain du commerce d'option a développé une nouvelle industrie, celle de la perception de charges de transports, dont les unes sont légitimes et les autres non. En soimême le droit de percevoir ces taxes n'est pas en question, pas plus que le droit de les éviter ou de les diminuer. Je ne dénie pas aux propriétaires d'élévateurs

le droit de remplir leurs docks de grains, mais il va de soi que le propriétaire du grain a le droit de les contrôler. Eh bien ! Quel est le propriétaire de grain si ce n'est celui qui l'a acheté et qui en assume les risques ? Le banquier ou le

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qui il a été vendu. iNest-ce pas certam r m le propi 5,000 boisseaux de froment et les revend pour une livraison future, \q propriétaire est l'homme qui les a achetés. Le propriétaire de l'élévateur ne court aucun risque commercial. Nous avions l'habitude autrefois d'avoir des marchands de grains qui achetaient le blé et en avaient la propriété, mais maintenant l'acheteur de grains, le meunier et les affréteurs ne sont pas propriétaires du blé. On considère presque comme anti-commercial d'avoir du blé qui n'est point engagé ou revendu ; cependant quelque peu ou quelque part il doit exister quelqu'un qui achète avant de vendre et qui assume le risque de la marchandise.

Celui-là, c'est le véritable marchand de grains sans lequel les propriétaires de magasins ne pourraient exister comme ils existent à présent. Ce marchand de grains, c'est le principal ressort sans lequel la machine ne pourrait fonctionner. Il paye tout, le magasinage, les assurances, les intérêts sur le grain dans les docks privés ou publics et il assume tous les risques et paye toutes les pênes dont le meunier, le magasinier ou l'expéditeur ne veulent pas prendre la charge. Le marchand de grains fait le commerce avec les bureaux de commerce ou est en connexité d'aflaires avec eux. Sans lui, il n'y aurait pas moyen de traiter en sécurité sur les énormes quantités de grains amenés sur le marché par les fermiers d'avance et en prévision des demandes. Banques, moulins, magasins et exportations, tout repose sur ce marchand de grains qui assume les risques de ce grain qu'ils négocient et sur lequel ils font de bons bénéfices à ses dépens.

S'ils ne peuvent « revendre» ou «se couvrir» ou « répartir leurs marchés», ils seront forcés d'arrêter les opérations à moins qu-'ils ne soient contraints Je devenir ce marchands » eux-mêmes. Eh bien, on supposerait qu'un membre aussi utile de cette machine compliquée, que l'est le marchand de grains, qui assume tous les risques et paye toutes les pertes dont le fermier, le propriétaire de magasins, le banquier ou l'expéditeur, l'exportateur ou le meunier ne veulent pas prendre les charges, sera traité avec le plus grand respect, aidé par une législation favorable, encouragé par tous les moyens; mais le contraire est vrai actuellement. Il est ridiculisé par les hommes qui dépendent de lui, il est insulté par les gens qui ne peuvent marcher sans lui et toute la législation est dirigée contre lui aussi bien dans les bureaux de commerce qu'en dehors de ces bureaux. On le traite avec dérision de « buU » ou de joueur, et qui le traite ainsi? Ceux qui dépendent de lui.

Pour abréger j'emploierai le mot de taureau (bull), pour désigner l'acheteur de o-rains qui assume un risque commercial. Quant à cette autre grande classe de marchands qui assument un risque en vendant ce qu'ils ne possèdent pas à titre de propriétaires, je les désignerai par le surnom d'ours (bear), caractère si bien et si favorablement connu qu'il n'a pas besoin d'être expliqué. Ce sont des membres habituels delà famille commerciale, mais ils ne sontpas aussi absolument indispensables que les taureaux. Le monde pourrait continuer d'exister sans ours, mais il ne vivrait pas sans taureaux. Par esprit de concession, je veux bien les mettre sur le même rang, mais je leur refuse au nom de la justice toute faveur dont ne jouiraient pas les taureaux. Parlant comme Américain, ayant à cœur les intérêts démon pays, sachant bien que nos principaux produits d'exportation sont des produits de la ferme, j'aurais droit peut-être de demander des faveurs pour ceux qui cherchent à assurer la valeur de nos produits d'exportation, mais je crois que le commerce doit être libre et ne peut être gouverné que par la loi de la « self-préservation ».

Les facteurs indispensables du commerce de grain sont les producteurs, les affréteurs, le meunier, V acheteur bull, et le consommateur. Si le producteur ne vendait pas plus tôt que le consommateur n'achète, les bulls ne seraient pas nécessaires; mais tant que les fermiers feront les offres de leurs produits plus tôt qu'on ne les demande, aussi longtemps qu'il sera nécessaire de tenir des stocks ot; c-'-nio'^ An prévision des besoins f'-tu'-s, aussi longtemps il sera nécessaire que

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