‹ Journal de l'agriculture (volume 4)Chapitre 169 sur 737 · X. — Station agronomique de Laon · texte numérisé non relu

X. — Station agronomique de Laon

Dans le Journal du 1" février, nous avons publié une étude de M. Launay sur la défense de la jeune betterave contre la larve du sylphe. A cette occasion, on nous prie de reproduire la note suivante publiée par le Courrier de V Aime du 6 février, pour rappeler les expériences faites précédemment par M. Gaillot, directeur de la Station agronomique de Laon :

« Nous avons reproduit samedi un article du Journal de l'Agriculture, sur la destruction du sylphe de la betterave, signé par M. Launay, professeur d'agriculture de l'Aisne.

« Il convient de rendre à César ce qui appartient à César. M. Launay a signalé les expériences des Américains et celles de M. Grosjean; or, il a tout simplement oublié les expériences décisives entreprises par M. Caillot, directeur de la Station agronomique de Laon, en 1895, expériences enregistrées officiellement par le conseil d'administration de la Station, dont nous avons rendu compte et qui ont paru tellement concluantes aux cultivateurs qu'immédiatement une vingtaine de pulvérisateurs à traction de cheval, du prix de 600 fr., ont été commandés à des constructeurs, sur les indications de M. Gaillot.

« M. Launay rappelle les essais eft'ectués en 1888 dans le Pas-de-Calais et qui seraient le point de départ de cette découverte. Or, ces essais ont échoué.

« Nous nous accusons d'avoir oublié la si intéressante communication de M. Caillot: on n'a qu'à se référer à notre numéro du 20 juin 1895 où on trouvera l'élude de M. Gaillot qui signale les expériences faites non seulement à la Station agronomique, mais aussi chez MM. Mazurier, Magnier et Bazin.

« M. Launay n'a fait que s'approprier le très remarquable travail de M. Gaillot, et nous ne comprenons pas qu'il se soit abstenu de le citer. »

En se reportant aux résultats obtenus par M. Gaillot, et qui ont été indiqués dans le Journal du 22 juin 1895 (p. 970), on remarquera que le principe du traitement des betteraves dans les deux circonstances est le même; mais on constatera aussi qu'au lieu de s'approprier purement et simplement le travail de M. Gaillot, M. Launay a chercbé l'application d'une formule plus simple, suivant le conseil donné à ce sujet par M. Grosjean dans la lettre publiée dans le Journal du 13 juillet 1895 (p. 41). Henm SagiMER.

LE MARQUIS DE DAMPIERRE

LE MARQUIS DE DAMPIERRE

Le marquis Elle de Dampierre, président de la Société des agriculteurs de France, est mort à Paris le 10 février, presque subitement, et après une courte maladie. Quoiqu'il fût dans sa 83' année,

Fig. 23. — Portrait de M. le, marquis de Dampierre (d'après une photographie d'i Pirou).

sa verte et robuste vieillesse avait résisté aux atteintes de Tâge, et rien ne pouvait faire prévoir qu'il disparût aussi rapidement.

La longue carrière du marquis de Dampierre s'est partagée entre les affaires publiques et Tagriculture; mais celle-ci en a pris de beaucoup la plus large part. Dans les luttes politiques, il avait su conquérir rapidement et il avait toujours gardé non seulement le^ respect et l'estime, mais même souvent l'affection de ses adversaires, même les plus absolus, qu'il savait captiver par ses ardentes convictions, par son

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tact et par la hauteur de ses vues, car il po;-sédait au plus haut degré l'amour de son pays.

Sous la llépublique de 1848, il fut député à la Constituante et à l'Assemblée législative. Rentré dans la vie privée après le coup d'Etat, il reparut sur la scène à l'Assemblée nationale de 18T1 ; il y exerça surtout son influence dans les discussions sur les aflaires agricoles. Il était l'un des vice-présidents et l'un des membres les plus importants du groupe des agriculteurs; il fut le rapporteur de la loi sur le rétablissement de l'Institut national agronomique. Après la séparation de l'Assemblée nationale, il n'exerça plus d'autre mandat politique que celui de conseiller général dans la Charente-Inférieure.

Agriculteur émérite, le marquis de Dampierre peut être cité comme un des plus beaux exemples pour les grands propriétaires du sol. Il transforma avec une rare habileté les vastes domaines qu'il possédait à Lussagnet, dans les Landes, età Plassac, dans la Charente-Inférieure. En 181)5, il remporta la prime d'honneur pour son domaine du Mineur, à Lussagnet. Il y donna, pendant toute sa vie, un véritable modèle d'agriculteur habile; il fut un guide sur et permanent pour ies métayers qu'il y employait. A Plassac, il s'adonnait surtout à la viticulture; lors de l'invasion phylloxérique, il fut à la fois un des plus ardents défenseurs des anciennes vignes et un de ceux qui n'hésitèrent pas à marcher à l'avant-garde dans l'œuvre de la reconstitution. 11 s'adonnait aussi à l'élevage; à ce titre, il remporta de nombreux succès dans les concours régionaux. La valeur de ses travaux lui ouvrit en 1863 les portes de la Société nationale d'agriculture, dont il était devenu le doyen et où il jouissait de la plus légitime autorité.

Sans avoir été nombreuses, ses publications méritent d'être signalées. On lui doit un excellent livre : Ihtces bovinea de France^ d'AnfjleterrCj de Suisse et de Hollande^ dont la préface renferme un éloge éloquent de la vie agricole. A diverses reprises, il consacra des brochures et des articles à la production des eaux-de-vie de Cognac, dont il s'était fait l'ardent champion; nos lecteurs se souviennent certainement de quelques-uns de ces plaidoyers qui ont paru récemment encore dans nos colonnes. Ils ont gardé certainement aussi une profonde impression de ses éloquents discours à la Société des agriculteurs de France.

C'est, en effet, à la Société des agriculteurs de France qu'il a exercé son action capitale. Elu en 1876 comme l'un des vice-présidents, il fut appelé à la présidence en 1878, après la retraite du premier président Drouyn de Lhuys. Dans ce vaste cadre, où se discutent tous les problèmes qui intéressent l'agriculture française, il développa toutes ses qualités avec un rare bonheur. Il avait, sur tous les membres de la Société, une autorité indiscutée qui rendait décisive l'impulsion qu'il donnait à celle-ci. Nul ne saurait être plus aimé et plus respecté qu'il l'a été pendant cette longue période.

La délicatesse de ses senti menls, le charme qui se dégageait de sa personne, faisaient du marquis de Dampierre un type accompli de l'ancien gentilhomme français. C'est pourquoi il sera j-egretté de tous ceux qui ont pu l'apprécier, comme son nom restera au nombre de ceux des meilleurs serviteurs de l'agriculture française.

Henry Sagnier.

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