GOUVERNE LE PRIX DU BLÉ ET LE STOCK DES MARCHANDISES
Les ressorts de cette dangereuse machine qui donne le mouvement au marché international du Lié sont mystérieux et secrets pour les producteurs et les commerçants sérieux.
La Bourse soi-disant des marchandises est une institution fermée à l'intelligence du vrai public. Pour en faire comprendre le mécanisme, on ne saurait trop ■ multiplier les exemples. Chaque document que je publie est une contribution à la connaissance de cette effrayante et désastreuse influence. Il est à espérer que le lecteur acquerra ainsi la conviction que la loi de roff"re et de la demande n'est plus qu'une formule commode pour jeter au besoin de la poudre aux yeux qui commenceraient à voir clair.
J'ai déjà fait voir que neuf fois sur dix, d'après le témoignage d'un courtier de Liverpool qui pendant trente années a participé à ces marchés, les vendeurs c'est-à-dire les baissiers l'emportaient sur les acheteurs ou haussiers dans le résultat final des opérations fictives.
J'ai tâché d'en faire voir la raison en démontrant que le vendeur est amené tout d'abord, dès le premier acte de l'opération, à proposer le blé à un prix inférieur, de manière à séduire l'acheteur par l'espérance fondée d'une hausse. J'ai démontré ensuite que ce vendeur qui ne peut gagner de l'argent qu'à la condition que le blé baissera toujours, travaillera toujours le marché dans ce sens, que ce jeu à la baisse est favorisé par cette double circonstance qu'il peut prendre un douijle parti pour la déterminer, ou bien opérer de nouvelles ventes à découvert, ou bien jeter sur le marché réel des blés véritables en magasin. Dans une lettre de M. Lindblom, un des vieux praticiens du marché de Chicago, on a pu voir que ces spéculateurs à la baisse sont en même temps des propriétaires de docks, célèbres dans le monde entier sous le nom d'élévateurs, et que par les multiples taxes dont ils chargent la marchandise ils arrivent toujours à gagner de l'argent, puisque ces droits s'élèvent à 20 pour 100 en moyenne par année. On a vu également que ces droits sont purement fictifs dans leur principe, puisqu'ils sont payés, grâce à une fiction, sur des blés qui n'existent pas. Ce point est fort important et il n'a pas sans doute échappé à l'attention de mes lecteurs.
Je vais le développer pour en rendre la démonstration éclatante. Lorsque l'on vend du blé réellement existant en magasins, il est juste que l'acheteur rembourse au vendeur les dépenses qui ont été faites pour le charroi du blé, sa mise en place dans l'élévateur ou dock, sa manutention, la location du grenier où il est renfermé, l'assurance à payer pour les dangers d'incendie, l'intérêt de l'argent qui a été avancé au'fermier par le maître du dock, les frais d'embarquement, etc. Dans une vente réelle, l'acheteur fera le compte de tous ces droits qui, minimes eux-mêmes, deviendront considérables par leur multiplicité et achètera après avoir fait mentalement le calcul de toutes ces dépenses. Le vendeur qui est en même temps consignataire, gagnera plus ou moins à cette opération et il aura dans le cas d'une véritable vente un intérêt visible à vendre cher.
Mais si ce vendeur, au lieu de faire la livraison des marchandises, veut faire et fait réellement une simple opération de jeu, sa situation sera bien plus commode et son gain bien plus considérable. Pourquoi? Parce Cfue ces droits, qui sont connus en bloc sous le nom de droits de transport (carrying charges) lui seront comptés et payés tout aussi bien pour les blés non livrés, non possédés par lui, par l'acheteur fictif. De telle sorte que lui, vendeur magasinier, ou comme on