‹ Journal de l'agriculture (volume 4)Chapitre 191 sur 737 · GOMMENT LA. SPÉCULATION GOUVERNE LE PRIX DU BLÉ · texte numérisé non relu

GOMMENT LA. SPÉCULATION GOUVERNE LE PRIX DU BLÉ

On peut se moquer sentencieusement, avec les aphorismes de la soi-disant science économique, des tentatives que va faire demain au Reichstag allemand le groupe Kanitz, le chef des agrariens, pour relever par des moj^ens factices le prix des céréales ; on peut ridiculiser les « hobereaux agrariens «, qui viendraient faire l'Etat lui-même importateur de blé afin d'en régler le cours et se moquer des cent voix que cette proposition ralliera sans doute. Mais si dangereux que soit le projet de Kanitz, ce qu'on critique en lui est ce que je critique dans les marchés à terme fictifs, c'est-à-dire la falsification de la loi de l'offre et de la demande.

D'où vient cette indulgence pour le marché fictif et cette sévérité pour l'idée de l'entrepôt national? Ne serait-ce pas de la puissance du capitalisme tout simplement qui dédaigne les pauvres gentilshommes campagnards ruinés par cette ingérence du jeu et se débattant dans leur naufrage à la recherche d'une planche de salut quelconque? Ne parlez pas de liberté, de communisme d'Etat, de maximum, d'entraves à la liberté du commerce et de l'industrie. Les grands coupables sont ceux qui ont faussé la notion du commerce, sous prétexte de servir les grands intérêts publics : leurs attentats sont d'autant plus dangereux qu'ils sont plus profondément dissimulés sous l'apparence de la sauvegarde des principes fondamentaux de la richesse publique. Quand ma ferme est mise au pillage, le fruit de mon travail anéanti, la population rurale foulée et méprisée, qu'importe que dans leur misère, dans l'oppression qui les accable, les producteurs ne choisissent pas des armes régulières ponr se défendre? Ils luttent pour la vie et prennent leurs gendarmes où ils peuvent.

En résumé, je crois que Smith a raison, que la cause qu'il défend a de grands aspects de vérité, que le jeu est immoral autant qu'il est funeste, que sa suppression, ne dut-elle pas ramener des cours que nous espérons sur le blé, s'impose au moins à titre d'expérience et que l'intérêt de l'agriculture la réclame impérieusement. P. DU Pré-Gollot.

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