‹ Journal de l'agriculture (volume 4)Chapitre 211 sur 737 · I. — Le jeu sur les blés · texte numérisé non relu

I. — Le jeu sur les blés

Dans une série d'arlicles dont nous achevons aujourd'hui la publication, notre excellent collaborateur M. du Pré-Collot a montré, sous la forme la plus saisissante, l'influence néfaste exercée depuis une douzaine d'années par la spéculation pure, en d'autres termes par le jeu, sur les prix du blé sur tous les marchés du monde. Les preuves qu'il a accumulées démontrent qu'une part importante de la baisse désastreuse des cours est due, à n'en pas douter, à la place prépondérante acquise par les marchés fictifs; ces derniers ont pris une telle importance que partout ils débordent sur la marche normale du commerce- Les mêmes constatations sont faites de divers côtés, aux Etats-Unis comme en Angleterre, en Allemagne comme en Autriche; les mêmes plaintes s'élèvent partout, et ces plaintes se résument en un cri unanime : les producteurs sont écrasés par les joueurs. Il ressort des faits constatés et énumérés par M. du Pré-Collot, que le jeu a pour conséquence de faire enregistrer dans les Bourses de commerce et dans les établissements similaires des opérations annuelles en marchés fictifs sur du blé-papier, représentant des quantités au moins dix fois supérieures aux quantités réellement récoltées. Comment serait-il possible que le prix de la marchandise réelle put se maintenir à son taux normal, parallèlement à un tel afflux d'opérations abusives?

La lumière se fait peu à peu sur cette influence désastreuse du jeu; dans plusieurs pays, on se préoccupe vivement des moyens légaux qu'on pourrait employer sinon pour rempêcher, ce qui paraît impossible, du moins pour lui enlever son caractère quasi-légal, et pour en enrayer les effets. C'est ainsi qu'aux Etats-Unis, une proposition dans ce sens a été déjà adoptée par le Sénat, sans avoir abouti jusqu'ici; en Autriche et en Allemagne, on cherche aussi une solution. En ce qui concerne la France, M. du Pré-Collot, qui est un magistrat expérimenté en même temps qu'un agriculteur autorisé, a indiqué, dans son article du 4 janvier dernier, le remède qui lui paraît le plus approprié à la circonstance. Il a proposé une modification aux art. 419 et 1965 du Code pénal, dont il a donné la formule. On doit espérer que cette question, devenue briàlante partout, attirera l'attention de nos hommes d'Etat. Il ne s'agit pas de toucher en quoi que ce soit aux véritables marchés à terme, mais d'extirper, suivant l'expression de M. du Pré-Collot, les marchés sans livraison de denrées, les seuls qui soient dangereux, comme les faits l'ont trop bien démontré. En

N" 1527. — Tome I" df. 1896. — l'I février.

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résolvant le problème, on aura rendu le plus ^rand des services à l'agriculture française.

IL — L'admisdon temporaire des blés.

Dans le Journal du V février (p. 183), nous avons indiqué les motifs pour lesquels les Associations agricoles ne doivent pas, dans l'intérêt de l'agriculture française, donner leur adhésion au système qui leur est proposé par l'Association nationale de la meunerie pour le fonctionnement de l'admission temporaire des blés. Ce système consisterait à permettre l'apurement des acquits par tous les points des frontières indistinctement, comme il était pratiqué avant 1873. On nous demande aujourd'hui d'indiquer les motifs pour lesquels la restriction qui dure encore a été prise à cette époque.

C'est à la suite des réclamations soulevées dans la grande enquête agricole faite à la lin de l'Empire que cette mesure a été prise. Que se passait-il alors? Un importateur de Marseille, par exemple, recevait un chargement de blé qu'il ne déclarait pas pour la consommation, mais qu'il plaçait sous le régime de l'admission temporaire; puis il s'entendait avec un minotier de l'Ouest ou du Nord pour que celui-ci fît apurer l'acquit au moyen de l'exportation de farines provenant de blés français. Pour que le minotier eût un intérêt à cette opération, l'importateur lui payait une prime qui était, en général, de la moitié du droit afîérent au cliargement. L'acquit ayant été ainsi apuré, le chargement de blé étranger entrait dans la -consommation sans qu'on ait payé de droit de douane. On voit immédiatement qu'il y avait une double conséquence tout à fait irrégulière : d'une part, une importation de blés livrés à la consommation en franchise d'un droit de douane légalement établi, et d'autre part, exportation de farines française recevant une prime à laquelle elles n'avaient aucun droit. Le Trésor y éprouvait une perte sensible; d'après M. Amé, alors directeur général des douanes, l'Etat perdait de ce fait 1 ,500,000 fr. par an, quoique le tarif douanier des blés ne fût alors que de 60 centimes par 1 00 kilog. L'agriculture, de son côté, se plaignait vivement du désarroi que le trafic des acquits jetait sur les marchés. Si l'on revenait aujourd'hui à ce système, les inconvénients seraient autrement graves : on donnerait à Timportation des blés étrangers une prime telle que la mouture des blés étrangers se substituerait partout en France à celle des blés français; on aboutirait à une nouvelle déchéance des prix déjà trop avilis; on provoquerait, de la part deu autres pays d'Europe, des représailles plus fortes encore que celle établie par la Belgique à raison des primes dont jouissent aujourd'hui les farines travaillées en France sous le régime de l'admission temporaire. On comprend dès lors, sans peine, que, sous aucun rapport, le retour du régime antérieur à 1873 ne saurait être appuyé par ceux qui ont souci des intérêts agricoles, et j'ajouterai aussi, des intérêts du Trésor.

IIL — La main-d'œuvre militaire pour les travaux des champs.

La feuille d'informations du Ministère de l'agriculture annonce que

le Ministre de la guerre vient de prendre des mesures afin de donner

satisfaction, dans une mesure aussi large que possible, aux demandes

de concours de la main-d'œuvre militaire pour les divers travaux an-

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miels des champs 'greffage et sulfatage des vignes, fenaison, moisson, vendanges, etc.). A cet effet, il a décidé que, désormais, par modification à la circulaire du 21 mars 1894, le nombre maximum des militaires à mettre à la disposition des cultivateurs ou viticulteurs pourra, si les nécessités du service et de l'instruction professionnelle le permettent, être porté à 12 pour 100 de l'effectif pour les corps de l'infanterie, du génie et des équipages militaires, et à 6 pour 100 pour les réo-iments de cavalerie et d'artillerie.

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