SAISIE-BRANDON — MATURITÉ — USAGES DE NORMANDIE
La saisie-brandon pratiquée plus de six semaines avant l'époque ordinaire de la maturité des fruits est nulle. (Cass., 29 août !853, S. 53.1.631.)
En Normandie, un usage ancien et constant fixe au 24 juin la date où commencent les six semaines qui précèdent l'époque de la maturité du blé;, du seigle et de l'avoine; en conséquence, la saisie-brandon des récoltes de cette nature pratiquée avant ladite date doit être déclarée nulle, sans qu'il y ait lieu de se préoccuper des variations qui existent d'année à annéedansla maturité. (ïrib. civ. Louviers, 21 juillet 1894; 6'a2. i^a/., 94.2.248.) Elg. Pouillet,
Avocat à la Cour de Paris.
DES TUERIES ET DES CLOS D'ÉQUARRISSAGE PRINCIPALEMENT SOUS LE RAPPORT DE l'INTÉRÈT DES CAMPAGNES
Trois graves intoxications alimentaires d'origine carnée, survenues en 1895 à Marcq-en-Barœul, à Jaulnay et à Sainte-Mondane, ont été
chacune l'objet d'un minuscule article noyé dans la foule des faits divers de quelques journaux politiques de Paris et rappelé ci-dessous. La suite de ces divulgations a été vainement chercliée dans les numéros suivants ; elle est encore attendue. Ces empoisonnements méritaient pourtant dêtre mentionnés dans tous les organes de la presse et d'être révélés intégralement au public, au moins aussi bien que les scandaleux exploits des deux marchands de carne à soldats de llomorantin et de Rennes.
Juin 1895. — A Marcq-en-Barœul, canton de Tourcoing (Nord), une vingtaine de personnes se trouvent gravement indisposées après avoir mano-é de Ja viande de porc, livrée j)ar un boucher de l'endroit et supposée malsaine. La mort d'un des malades décide le Parquet de Lille à ouvrir une enquête.
Juin 1895. — « L'état des cinq personnes composant la famille Thiaudière, habitant Jaulnay (Jaulnay, canton de Saint-Georges-les-Ballargeaux, Vienne), empoisonnées par suite de l'ingestion de viande de porc achetée à un boucher de la localité, ne s'est point amélioré. L'analyse a démontré que cette viande était malsaine. Des poursuites seront exercées contre le boucher qui l'a vendue. »
Septembre 1895. — « Divers cas d'empoisonnements par suite d'absorption de viande malsaine ont été constatés à Sainte-AIondane (canton de Garlus, Dordogne). Une femme est morte et une vingtaine de personnes sont encore malades, dont quelques-unes très gravement. Le Parquet s'est transporté sur les lieux. »
Bien que ces trois accidents aient eu un moindre retentissement que l'intoxication alimentaire des troupiers d'Abbeville, ils n'en sont pas moins très regrettables. Une manifestation purement platonique de sensibilité rétrospective à ce sujet donnerait un maigre résultat. Il vaudrait bien mieux travailler à prévenir le retour de cas semblables : le seul moyen d'y arriver consiste à empêcher les bouchers de continuer à être les seuls arbitres des destinées de leurs marchandises et à leur enlever la liberté absolue de vendre tout ce qu'ils veulent.
Dans plus de 30,000 communes de France, la faculté de tuer et de débiter sans aucune surveillance des animaux de boucherie, même manifestement malades, est à la portée de quiconque veut en user. C'est proclamer que les empoisonnements par les viandes malsaines doivent être bien moins rares qu'on ne le dit, ou qu'on ne pourrait le croire d'après le peu de faits de ce genre signalés par la presse, en dehors de ceux dont le bruit n'a guère dépassé les limites des localités qui en ont été le théâtre ^ Ces sortes de cas ne sont guère connus, en général, que lorsqu'ils se développent rapidement et sans signes équivoques sur un seul individu (charbon), ou lorsqu'ils apparaissent nets et foudroyants sur un grand nombre de personnes, par exemple sur une famille patriarcale, une agglomération de soldats, un groupe de pensionnaires, des sociétés corporatives ou des associations amicales venant de célébrer un banquet (viandes renfermant des ptomaïnes). Ils sont ordinairement méconnus quand il n"y a qu'une, deux, trois victimes au plus, n'ayant pas mangé ensemble et ne présentant aucun symptôme réellement pathognomonique. Il en est de même, à plus forte raison, quand l'ingestion des viandes est suivie d'un effet nuisible qui reste à l'état latent pendant une période plus ou moins longue (infection tuberculeuse).
L D'après M. Follet, vétérinaire départemental à Lille, une centaine de personnes ont été malades en 1895, dans une commune des environs de Maubeuge, après avoir man"-é des viandes malsaines [Bulletin du Grand-Conseil des vétérinaires de France, session de Lyon ISyô p. 06). Je n'ai eu connaissance de cet empoisonnement que par cette dernière publication. '
(■ Autant que qui que ce soit, les habitants des campagnes doivent souhaiter qu'il soit pris des mesures préventives de tels accidents, car comme à Marcq, Jaulnay et Sainte-Mondane, ceux-ci s'observent de préférence dans les petites localités non ou insuffisamment inspectées, où le contrôle sanitaire de beaucoup d'abattoirs urbains fait refluer quantité de viandes insalubres et de bestiaux affectés de maladies contacfieuses.
L'absence d'inspection d'un nombre considérable d'animaux sacrifiés pour la boucherie ou travaillés dans les clos d'équarrissage, a l'inconvénient non seulement de laisser consommer beaucoup de viandes immangeables, mais aussi d'empêclier de découvrir, sur les cadavres, des maladies contagieuses susceptibles de mettre sur la voie d'affections semblables sétendant sournoisement dans les exploitations rurales d'où viennent ces cadavres. Que de fois l'abatage et la mort naturelle de quelques sujets contagifères auraient, par d'utiles renseignements, servi à la guérison des survivants également atteints ou à la prophylaxie de ceux simplement contaminés! Si ces conditions avaient été toujours et partout réalisées, que de foyers latents de morve, de tuberculose, de péripneumonie contagieuse, de pneumo-entérite infectieuse, etc., auraient pu être combattus à temps et, sinon anéantis, du moins fort réduits.
On ne saurait trop recommander aux cultivateurs, dans leur propre intérêt, de ne point se débarrasser pour la boucherie de leurs bêtes malades, étiques, fiévreuses ou crevées, c'est-à-dire de ne pas prêter la main aux commerçants sans conscience qui prennent à tâche l'empoisonnement de leurs contemporains. C'est là, malgré de fausses apparences, un très bon conseil qu'il est impossible de taxer de paradoxal après réflexion ; j'espère le démontrer ci-dessous à ceux qui pourraient conserver quelques doutes à ce sujet.
Monsieur Rural^ vous qui habitez la campagne, réfléchissez bien à ce que vous devez faire, lorsque Caboche, le boucher de carne, vous demaude de lui céder vos animaux tarés, impropres à la consommation. La viande que vous laisseriez ainsi entrer dans la circulation irait peut-être dans la ville de X..., soit à la caserne d'infanterie où votre fils, encore un bleu, en tient pour trois ans, soit au quartier de cavalerie où votre neveu tire ses vingt-huit jours en qualité de chasseur de 2* classe. Vous n'ignorez pas qu'en général les bêtes troupières sont loin de briller par l'embonpoint et que bien souvent elles sont si atrocement chargées de maigre qu'elles ressemblent à de véritables squelettes ambulants. S'il est vrai que :
« ... La gresse pourrist les dens « Et SI fait Irasce qui fistule* »,
VOUS pouvez être certain que ce n'est pas la nourriture de l'ordinaire qui empêche les soldats de conserver intactes leurs incisives et leurs molaires. Quand les approvisionneurs de l'armée sont indélicats, ils ne se bornent pas à fournir du bétail de qualité médiocre; ils livrent souvent des viandes, malades, abattues à la campagne et introduites en ville sans aucun contrôle sanitaire. Vous avez lu dernièrement dans les journaux les canailleriesde deux bouchers de la troupe
1. D'un notable enseignement pour coniinuer santé en corps d'onmic. (Eustaghe Deichamps Poésies morales et historàiues, Paris, 1832, p. 163 etsuiy.)
à Romorantin et à Rennes. Que de pareils cas restés dans une ombre plus ou moins discrète prouveraient surabondamment, s'ils étaient connus, que l'armée est fréquemment le réceptacle attitré des pires rebats de la mauvaise boucherie!
Afin de vous édifier à ce sujet, je vais vous citer quelques lignes du rapportdeM. Alleq, vétérinaire départemental à Gap, sur le service sanitaire dans les Hautes-Alpes pour l'année 1894* : Aux abattoirs de Gap et de Briançon, qui sont les seuls du département placés sous la surveillance d'un vétérinaire, la tuberculose a motivé, en 1894, dix saisies totales et trois partielles, toutes sur des bovins destinés à la fourniture des troupes de ces deux places. Les autres abattoirs publics et toutes les tueries particulières ne sontpas inspectés. « En juillet 1894, un boucher de Gap tente de fournir de la viande insalubre au 99^ de ligne, (à Pont-du-Fossé). Le tribunal de Gap le condamme à quinze jours de prison; sur appel du ministère public, la Cour de Grenoble élève cette peine à un mois et 50 fr. d'amende, plus les dépens. En septembre 1894, un boucher d'Aspres-sur-Buech et un de Veynes sont condamnés, l'un à 50 fr. d'amende, l'autre à six jours de prison et 50 fr. d'amende, plus les dépens, pour avoir vendu des viandes avariées aux soldats du 22* de ligne. »
En 1894, il a été saisi à l'abattoir de Bordeaux, pour tuberculose généi-alisée, 34 bœufs et vaches dont plus de la inoitié étaient destinés à entrer dans la fourniture de la troupe^. Le 24 décembre 1895, cinq vaches abattues pour la nourriture des soldats ont été saisies comme tuberculeuses à l'abattoir de Nancy. Bien bizarres cet exclusivisme de la tuberculose pour les bêtes troupières de Gap, de Briançon, et sa prédilection pour celles destinées à la garnison, à Bordeaux ainsi qu'à Nancy.
« Nous avons bien connu, dit Y Avenir de Langres, un boucher éloigné de noire chef-lieu de département, qui, pendant plusieurs années, avant qu'il fût découvert et puni, conduisait à Chaumont, la viande des animaux qu'il achetait malades ou mourants; que quelquefois même il n'avait pas la peine d'abattre et qu'il se flattait de faire consommer par les pauvres ou par la troupe. «
a Monsieur Rural, la viande de Caôoc/ie pourra aussi se trouvera Y., votre cheflieu de canton, soit au restaurant où vous déjeunez chaque samedi après la clôture du marché, soit à l'étal où votre ménagère prend sa boucherie. Vous me répondez que votre hôtelier choisit toujours de la première et que votre femme se garde bien de se fournir chez Caboche^ surtout lorsqu'il s'est rendu acquéreur pour 3 ou 4 pièces de 5 francs d'une de vos vaches prête à crever. Je puis vous affirmer, sans hésitation, que la première de votre restaurant et le pot-au-feu extra de votre ménagère proviennent souvent d'un des regrattiers auxquels Caboche revend une partie de sa carne. — Que m'importe! dites-vous; un boucher, même fraudeur, ne voudrait pas tromper de bons clients comme mon restaurateur et ma femme ; je suis bien sûr qu'il leur réserve ses meilleurs morceaux pour passer la médiocre^ voire la mauvaise^ au commun des acheteurs et aux petites gens. — Faut-il vous dire qu'un boucher débita un jour de la viande corrompue à la cuisinière de l'un des juges qui le condamnèrent plus tard pour mise en vente de cette denrée? Et cet avocat de Bruxelles qui mangeait, pour du mouton, des côtelettes de chien achetées à bas prix à une colporteuse par sa domestique!^
L Session d'août 1895 du Conseil général des Hautes-Alpes. (Rapport du préfet et procès-verbaux des délibérations, Gap, 1895, p. 171 à 176.)