‹ Journal de l'agriculture (volume 4)Chapitre 230 sur 737 · Petit Parisien, vendredi 30 août · texte numérisé non relu

Petit Parisien, vendredi 30 août

3. J. et Ed. de Goncourt, Histoire de la Société française pendant le Directoire. Paris 1876, chap. V, p. 158 et 159.

client. — Il n'y a pas de dernier, citoyen, parce que avant que les souliers à commercer soient arrivés à 800 francs, les souliers à porter seront à 1200 fr., et de 10 francs en 10 francs, il y aura encore bien des mains à courir. »

« Tous les mercandiers sont comme la repasseuse aux souliers. Qu'importe que leur étalage soit infect, dégoûtant, horrible? pour eux, ce n'est pas de la viande à manger, c'est de la viande à vendre, tant pis pour le dernier, c'est-àdire pour le consommateur. Le marchand débite sa carne et l'acheteur s'en nourrit; c'est dans l'ordre... cher à Mercure. Quant à l'éleveur qui a livré pour un morceau de pain la bête tarée d'où provient cette triste bidoche, il eût mieux fait de la soumettre au traitement de son vétérinaire s'il y avait chance de guérison, de l'envoyer au clos d'équarrissage en cas d'incurabilité ou de la faire enfouir après la mort.

« Le Parlement sera certainement convaincu un jour qu'un bifteck aux bactéridies et un rond de cervelas aux ptomaïnes sont aussi dangereux que les bombes anarchistes ou que les miasmes de Madagascar. En attendant que cette conviction l'ait amené à doter la France d'une inspection générale et obligatoire des abattoirs, des tueries et des clos d'équarrissage, n'achetez votre viande qu'à bon escient, M. Ru7'al, chez des commerçants honnêtes, fidèles observateurs de l'hygiène alimentaire, et surtout gardez-vous bien de rechercher un bas prix excessif, impossible avec des denrées loyales et marchandes. En outre, lorsque vous voudrez introduire dans votre exploitation des bêtes nouvelles pour l'élevage, l'engraissement, le travail ou la production du lait, ayez bien soin de ne pas les prendre chez des propriétaires qui écoulent leurs réformes dans des écorcheries clandestines ou non surveillées pour les soustraire aux recherches indiscrètes des vétérinaires sanitaires, sinon vous risqueriez d'introduire des maladies contagieuses dans votre domaine. »

La Société des agriculteurs de France avait bien saisi les inconvénients de l'état de choses actuel au point de vue des intérêts agricoles, lorsqu'elle demandait dès 1894 la création, dans chaque département, d'un vétérinaire en chef dépendant du Ministère de l'agriculture et de vétérinaires de circonscription dépendant de l'administration départementale, pour assurer le service des épizctoties ainsi que la surveillance des foires et marchés, des abattoirs publics, des tueries particulières, des clos d'équarrissage.

Ces desideratas ont frappé également d'autres assemblées très au courant des besoins des cultivateurs. C'est ainsi que des vœux en faveur du contrôle sanitaire des tueries publiques et privées ont été émis, en 1894, parles Chambres consultatives d'agriculture d'Arcissur-Aube, Bar-sur-Aube et Nogent-sur-Seine. L'inspection des viandes dans les campagnes a été réclamée en 1893 par la Société d'agriculture de l'Yonne et le Comice agricole d'Auxerre. Elle a été demandée en 1895 par le Comice agricole de l'Aube, la Société d'agriculture de Chaumont et le Comice agricole de Langres, sous réserve que les propriétaires d'animaux tuberculeux saisis entièrement ou partiellement fussent indemnisés d'un tiers de la valeur totale, avec la faculté d'être indemnisés d'un autre tiers en s'assurant.

Pourquoi d'autres associations agricoles ne suivraient-elles point cet exemple en demandant nettement aux pouvoirs publics l'organisation sérieuse de l'inspection des viandes et de la police sanitaire des animaux dans toutes les communes de France? Le Gouvernement ne pourrait se dispenser d'étudier sérieusement de telles réclamations concordant avec des vœux de l'Académie de médecine, des congrès de tuberculose, des congrès vétérinaires, des congrès d'hygiène, de plusieurs conseils généraux et d'arrondissement, etc. Les cultivateurs ajouteraient utilement leur action privée à celle des sociétés^ comices

et syndicats agricoles, en intervenant isolément à ce sujet, auprès de leurs députés, sénateurs, conseillers généraux, conseillers d'arrondissement et conseillers municipaux, en interpellant sur ce point, dans les réunions publiques, ceux de leurs concitoyens qui aspirent à être leurs commettants politiques ou ceux de leurs élus qui rendent compte de leur mandat.

Pour les habitants des campagnes, l'extinction des épizooties et la destruction des viandes impropres à la consommation sont des sujets de premier ordre, certainement plus intéressants que des questions purement doctrinales ou spéculatives. Pendant les grandes vacances parlementaires de 1895, un député a pu captiver l'attention d'un groupe délecteurs d'un village de l'Aube, en expliquant, sur le désir de 1 un de ses auditeurs, sa manière de voir à l'égard du projet de loi sur la tuberculose bovine et les injections diagnostiques de tuberculine. Les membres du Parlement, qui ont l'excellente habitude de s'enquérir des besoins et des aspirations des populations qu'ils représentent, ne perdront pas le temps de leurs loisirs en l'occupant d'une façon analogue, c'est-à-dire en sentretenant avec leurs électeurs des avantages inappréciables que les communes rurales peuvent retirer d'une bonne hygiène publique et d'une bonne police sanitaire.

Un roi de France s est acquis une grande popularité en symbolisant ses vœux, en faveur du bien-être de la nation, par le souhait de la poule au pot à chaque paysan tous les dimanches. La viande saine et mangeable, mise à la portée de tous les Français, tous les jours, dans les campagnes comme dans les villes, voilà un résultat moins idéal, mais aussi bienfaisant que celui convoité par Henri IV. Xous espérons fermement qu'il sera réalisé à bref délai par la troisième République, désireuse de rendre son œuvre d'amélioration sociale plus complète et partant plus populaire. Quant au reste, c'est-à-dire la disparition des maladies contagieuses qui sont les fléaux de nos écuries, étables, bergeries et porcheries, il viendra par surcroît, grâce à l'emploi des mêmes moyens. On ne pourrait, plus à propos, faire d'une pierre deux coups. Ch. Morot,

Vétérinaire à Troyes.

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