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LE MOUVEMENT CONTRE LA SPÉCULATION EN AUTRICHE ET EN ALLEMAGNE

La proposition de M. Kanitz au Reichstag n'a rallié dans cette assemblée que 99 voix : les économistes attitrés des grands journaux triomphent de ce résultat auquel aboutit une campagne opiniâtre de trois ans. Le but de MM. Kanilz, de PloeLz. etc., était, comme on le sait, d'assurer par une combinaison de monopole de l'Etat, l'approvisionnement de l'Empire en céréales et par ce moyen, la vente du blé à un prix rémunérateur. Je ne suis pas partisan de ce projet. Vouloir que l'Empire soit le seul acheteur du blé étranger et qu'il en soit aussi le vendeur, c'est une invention quelque peu socialiste et dont leÔet ne serait pas peut-être aussi favorable que l'espéraient les agrariens. Ce que je n'admets pas, c'est que le ministre Hemmerstein-Loxten ait invoqué cet argument ad hominem que le souci de l'agriculture en général était bien plutôt le souci des entreprises agricoles particulières de ses adversaires. Est-il donc interdit d'être agriculteur pour défendre les intérêts de l'agriculture? Et d'autre part n'est-il pas indiscutable que l'intérêt agricole se confond par son amplitude avec l'intérêt public ! On peut critiquer la solution proposée par les agrariens; on ne peut blâmer les sentiments qui les animent. Si les agriculteurs ne comptaient que sur les financiers, les commerçants et les spécula-

leurs pour défendre leurs intérêts et prendre en main leur cause, il compteraient assurément sans leur hôte. Cette polémique ne vaut rien et elle est peu digne d'un homme d'Etat.

En Autriche, le comte de Ledebur est arrivé aussi avec un programme à la tête du Ministère de l'agriculture : ce programme ne varien moins qu'à combattre, pour en triompher, la toute puissance du capital en faveur des intérêts agricoles. Oui, c'est bien dans un Etat monarchique, dans la conservatrice Autriche que le comte de Ledebur a aussi jeté le gant à la spéculation internationale pour arriver à l'affranchissement de l'agriculture nationale. Si nous en croyons l'excellente Gazette agricole de Vienne{27 novembre 1895i, cette spéculation que le ministre de Ledebur avait en vue n'est douteuse pour personne de ceux qui connaissent la seule puissance qui soit en état de fixer les cours du blé. C'est le jeu à terme (lisez marché fictif), qui rend non pas seulement l'Autriche agricole mais le monde entier tributaire de ces spéculateurs sans scrupules, corporation redou table qui gouverne despotiquement grâce à son impitoyable organisation, toutes les bourses de commerce d'Europe et d'Amérique et par Varbitraire de laquelle la fixation du cours du blé est complètement indépendante de la recelé véritable. Ce n'est pas la loi de l'offre et de la demande qui détermine les prix comme les doctrines soi-disant libres échangistes voudraient le faire croire, ce n'est pas la surproduction qui a précipité dans l'abime les cours des céréales, à des taux siinfimesquecen'est plus le produit de sa terre, mais sa terre elle-même que l'agriculteur est obligé de mettre en vente. Cet avilissement n'est dû qu'aux dépressions criminelles et méthodiquement conduites par le moyen de ventes d'énormes quantités de blé à des prix de faillite, qui n'ont pour but unique que d'obtenir un gain par le pari sur les différences, qui a pour effet de faire perdre des milliards aux producteurs de blé du monde entier.

Qu'on ne parle plus de la concurrence étrangère. Les pays étrangers, sauf la République Argentine, souffrent du même mal. Et si dans l'Argentine, les exportations se sont élevées de 1872 à 1893 de 4,700,000 quintaux à 40.008,000 quintaux, cela tient aux conditions du marché monétaire de cette République.

A la Rourse des marchandises, on voit en présence deux partis qui cherchent à diriger les cours du blé dans le sens le plus favorable à leur intérêt. Ce sont les acheteurs d'abord qui achètent du blé-papier à un certain terme et ont naturellement le plus grand intérêt à ce que le prix du blé se trouve au jour de l'échéance le plus élevé possible puisque, dans ce cas, la différence entre le prix du terme et le prix actuel tombe dans leur poche, gain obtenu sans effort. Cette armée des haussiers se recrute dans le gros public, c'est-à-dire les commerçants, les meuniers, comme aussi les nombreux individus étrangers aux affaires, que la seule vue du gain au jeu pousse à la Rourse, et qui, séduits par les promesses des agents de la spéculation, se jettent en masse contre les gluaux qu'on dresse sur leur route. Pendant que les négociants et les meuniers sont presque contraints par les conditions actuelles du marché de participer aux affaires à terme, les gens étrangers aux affaires n'y viennent que sous l'empire de la passion du jeu. Qu'à Monaco ou dans d'autres villes de jeux des insensés viennent se brûler les ailes jusqu'à ce qu'ils se fassent sauter la cervelle, cela n'intéresse pas beaucoup les agriculteurs. Mais il n'en est pas de même pour les bourses de commerce. Ce jeu fatal à ceux qui s'y livrent n est pas moins fatal à la production et toute l'agriculture pâtit de cette spéculation sans conscience. Tandis que la classe des haussiers est ainsi composé d'individus isolés, sans organisation, la plupart du temps sans connaissance exacte des conditions du jeu auquel on les entraîne, séduits la plupart du temps aussi par cette facilité de faire de grandes affaires avec de toutes petites ressources, sans influence sur la direction du marché, le clan des baissiers est composée de sociétés ou de Firmes puissantes dont l'intérêt est de précipiter les cours. Ils forment une union bien organisée d'une influence prépondérante, ils sont en possession de gros capitaux et possèdent par là la puissance de porter dans un cas donné les prix jusqu'à la plus lamentable décadence.

Cette lutte autour des prix des céréales ressemble à une bataille entre une armée bien disciplinée, bien instruite, bien fournie d'instruments de destruction, et une horde de volontaires sans cohésion, sans direction et sans ressources, sans préparatifs pour une longue campagne. Les baissiers ont l'habitude d'inonder le marché à un moment voulu de masses de blé véritables et par ce procédé d'amener

une panique dont ils tirent au bout de tout leur profit. Les profanes, c'est-à-dire les personnes étrangères aux mystères de ces spéculations ne peuvent pas comprendre combien ces sous-offres de céréales peuvent déprimer les cours du blé, encore bien qu'il en résulte de grosses pertes pour les spéculateurs. Ils ne savent pas qu'il importe peu à ces joueurs de perdre 20,000 francs sur la marchandise réelle s'ils viennent à en gagner 100,000 sur la marchandise en papier. C'est par de telles manœuvres que pendant ces dernières années se sont reproduites ces baisses du blé et on s'y est livré d'une façon étourdissante. La faillite de la maison Gohn et Rosenberg a jeté une vive lumière à Berlin sur l'influence accablante qu'exerce le jeu sur la bourse des denrées et sur l'établissement du prix des céréales. L'année d'avant cette catastrophe, le gigantesque syndicat qu'avaient formé les capitalistes des sociétés propriétaires d'élévateurs dans l'Amérique du Nord, avait pu réunir dans ses mains les quantités prodigieuses de 20 millions de quintaux métriques de céréales, uniquement en vue de dominer tout le marché de céréales et d'en tirer profit. Cet accaparement eut pour conséquence de créer une sorte de destruction du marché mondial et on vit le blé anglais descendre au plus bas prix de 4 florins 20 kr. par quintal. Naturellement cette mise en scène de la création des cours se produisit juste au moment où le fermier était obligé de vendre son blé et cette sur-offre de marchandises amenée par des procédés artificiels en fut encore majorée ^

Je m'arrête un peu sur cette considération, car elle semble contradicoire au premier abord. L'accaparement de l'ancien régime, celui contre lequel les lois de la Révolution française réagirent de 1789 à 1792 avec tant de vigueur, conduisait à des résultats contraires à ceux que recherche l'accaparement à l'américaine : qui disait accapareur il y a cent ans, voulait dire, un spéculateur qui se rend maître du blé par d'immenses approvisionnements et le détient le plus longtemps possible en vue de la revendre plus cher. C'est une façon de procéder blâmable au point de vue du consommateur, -mais qui est plus facile à comprendre parce qu'elle paraît plus logique et plus conforme au cours probable des événements. Nos accapareurs modernes sont beaucoup plus audacieux et beaucoup plus habiles. En bons apôtres et en bienfaiteurs de l'humanité, ils se targuent de ne jamais chercher à affamer le pauvre, l'ouvrier, le consommateur des villes. Ils savent bien que nos législations et l'opinion de journaux opposeraient vite au besoin des mesures de salut public contre les accaparements véritables, au sens primitif du mot. Aussi ne remplissent-ils leurs magasins que pour se rendre les maîtres du marché, en troubler les lois nécessaires, dérouter toutes les combinaisons du commerce réel. Tandis que les acheteurs vrais s'engagent dans les achats échelonnés pour obtenir une livraison réelle aux époques où ils seront obligés de fournir les meuniers détaillants ou boulangers, les spéculateurs-élévateurs en jetant leurs blés réels aussi sur le marché tout d'un coup bouleversent les transactions réelles déjà conclues. Les commerçants déconcertés par cette inondation de froment ne peuvent plus écouler leur marchandise préalablement fixée à des cours rationnels plus élevés et se chargent outre mesure de marchandises à terme à des cours plus bas. Ils pensent que cette inondation s'arrêtera, que les cours rehausseront; ils transforment leur position de négociants en celle de spéculateurs à la hausse. Mais c'est en vain qu'ils espèrent revoir les cours plus hauts. La baisse se précipite; après que les magasins d'élévateurs sont vidés, on voit s'écouler du blé-papier qui cherche toujours à séduire par des offres de plus en plus déprimées et nos accapareurs ruinent les agriculteurs, les négociants, les entrepreneurs de transport, tout en demeurant les bienfaiteurs du peuple, les vrais démocrates, ceux que les journaux officiels de l'Ecole économique proclament de généreux capitalistes dont la fortune sert à la protection des petits et des deshérités, des ouvriers. Ce sont les accapareurs à l'envers. La démocratie rurale leur est indifférente : qui s'occupe de cette dernière ? Et tandis qu'elle affronte la bise ou brave les ardeurs de l'été, que sa main engourdie ou gonflée tient le manche de la charrue sans pouvoir manier le manche plus léger de la plume, elle pâtit de sottes flatteries décernées aux soi-disant amis du peuple, et la situation est d'autant plus périlleuse que ses producteurs eux-mêmes ne peuvent découvrir les causes de sa misère.

]. Ces quatre paragraphes sont le résumé de l'article de la Gazette agricole de Vienne qui partage donc absolument les idées de Smith et les miennes sur ce sujet.

Le journal autrichien qui me donne l'occasion de revenir sur ce sujet encore une fois de plus, émet un avis sage lorsqu'il dit que les sociétés d'agriculture seules peuvent soutenir la lutte et commencer la propagande contre l'existence des marchés fictifs. En Moravie, les agriculteurs ont fait les premiers pas dans cette voie. Ils ont délégué des professeurs ambulants en Allemagne pour y étudier les Associations agricoles qui se sont développées dans ce pays et pour arriver à fonder des Sociétés agricoles d'achats et de vente.

— D'une autre partie de l'Allemagne, jil m'arrive personnellement un renseigne-, ment dont je m'empresse de faire part aux lecteurs du Journal de V Agriculture.

Un correspondant occasionnel veut bien me transmettre, et je l'en remercie, le texte d'une pétition qui se signe à Emmerich, sur le Rhin inférieur, et qui est adressée au Conseil fédéral (Bundesrath) et au Parlement allemand à Berlin. Voici la traduction de ses principales dispositions :

« Les investigations de la Commission d'enquête sur les Bourses ont démontré suffisamment que la fixation des prix pour nos produits et marchandises a été soustraite, sous l'action prépondérante du commerce à terme non réglé, aux influences naturelles de la production, de l'approvisionnement, de la demande, ainsi qu'aux représentants qui s'occupent du conditionnement des marchandises; elles ont démontré que la fixation des prix est passée aux mains d'une spéculation arbitraire et d'une demande à terme dont l'importance est fixée par le bon plaisir et qui se soucie fort peu de la marchandise elle-même.

« Lapui ssance du capital des syndicats de spéculation, qui, pour certains articles est encore décuplée par les caisses de liquidation', trouble, sous le rapport de la durée la valeur des produits et embarrasse le mouvement des prix, ainsi que cela résulte des graphiques joints au rapport de la Commission, d'une façon désavantageuse et dangereuse pour les producteurs et les hommes du métier.

« Chaque vente fictive se substituant à l'offre du véritable produit de la récolte agit sur le moment d'une façon déprimante sur les cours, à supposer que la contre-partie de ces ventes à terme fasse plus tard sentir ses effets. Cette influence peut toujours être supprimée, suivant la volonté de la spéculation, par les efl'ets du déport et du report. L'ofl're fictive, dans les années de petites récoltes, empêche constamment la hausse d'un article, et même elle déprime encore les prix pour les plus petites récoltes, en faisant apparaître dans le lointain une surproduction. Pendant des mois avant que le paysan ne puisse apporter ses produits au marché, le commerçant fictif offre à terme de la marchandise à des taux toujours plus bas. Si le produit valait cent par exemple, si la moisson fait présager une baisse de 20 pour 100, le spéculateur escompte à son profit cette différence future qu'il met dans sa poche en vendant 99, 98, 97, 96, et ainsi de suite. Quant au paysan, quatre-vingt dix-neuf fois sur cent, il ne peut faire démarché à terme; lorsqu'il vient au marché à l'époque de la moisson, la chute des prix est ordinairement complète, au lieu que, en suivant les lois naturelles des choses, labaisse ne devrait commencer que par l'afflux de la marchandise et la surabondance des approvisionnements-. »

La pétition démontre ensuite qu'à l'inverse, dans les années de disette la spéculation a escompté la hausse et que le producteur ne peut non plus en profiter. « Autre circonstance qui influe désavantageusement sur le cours de la marchandise. 55 Le commerce intermédiaire, celui qui opère sur la marchandise elle-même et possède des greniers pour la production véritable, acceptait autrefois des grosses livraisons avec une minime réduction de prix; cette facilité a aujourd'hui disparu au grand dommage du producteur.

Il devient impossible de tenir de grosses provisions de marchandises véritables si, par exemple, comme c'était le cas dans les affaires de cafés en 1887-1889, les variations de prix sont tellement bouleversées par de trop considérables spéculations à terme qu'une récolte minime fasse effrondrer les prix tandis qu'une bonne récolte les fera démesurément monter, comment le commerçant ou le fabricant osera-t-il s'approvisionner, etc.

1. Remarquez comme toutes ces idées concordent avec celles de Smith et les miennes sur l'influence des marchés fictifs réglés par les Chambres de liquidation.

2. Ce raisonnement aboutirait à la suppression absolue du marché à terme. Je ne crois pas que cette suppression soit nécessaire, et je la crois à peu près impossible; ce qu'il faut prohiber, c'est le marché à terme fictif, c'est-à-dire celui qui ne doit pas nécessairement se terminer par une livraison.

Ne laissons pas faire appel à la soi-disant liberté du commerce du côté de la Bourse. La liberté de l'un veut dire dans le commerce l'oppression de l'autre. Jusqu'à présent la liberté et le gain du commerce à terme se sont affirmés aux dépens et servitude du producteur et du négociant.

Les types de la marchandise à livrer sont habituellement si peu nombreux que le négociant réel ne peut pas les utiliser pour la spéculation ; les prix de la mauvaise marchandise retentissent en revanche sur le prix de la bonne, de sorte que l'on arrive insensiblement à favoriser la détérioration des produits au lieu de seconder leur amélioration.

La commission d'enquête, dans le but de mettre un terme à ces abus de la spéculation, a proposé la création d'un registre où. seraient inscrits les noms des spéculateurs, qui sans doute seraient assujettis à une taxe. La pétition fait observer que ce palliatif est insuffisant : il mettrait hors de bourse les petits joueurs, les outsiders, mais ne remédierait pas aux effets funestes du marché fictif.

Les pétitionnaires proposent l'établissement de registres de Bourse obligatoires et spécialisés, soumis à des règles claires et officielles de comptabilité, sur lesquels devait être inscrite la consignation de valeurs d'une grande importance, sorte de cautionnement pour le commerce à terme. Ils ajoutent :

« Aujourd'hui, dans l'organisation actuelle de la Bourse, le commerce à terme jouit du privilège de déterminer seul les cours au moyen de négociations qui ne sont limitées ni par un prix, ni par les marchandises réelles. Cet abus ne peut être réprimé que parle moyen d'un cautionnement élevé (sorte de couverture limitant l'opération) qui n'aurait pas pour effet de rendre impossibles ces affaires à terme qui sont nécessaires ou utiles à l'importateur ou au commerce spécial. Ces affaires à terme devraient nécessairement tenir compte de l'importance de ces dépôts de la même façon que le commerce ordinaire doit compter sur ce fait qu'à l'échéance il doit recevoir ou payer les marchandises. Quiconque justifierait de la possession ou de l'existence à l'état de récolte future des - marchandises comme vendeur, serait affranchi de la nécessité de la consignation.

ce L'expérience nous apprend qu'il vaut mieux imposer de lourdes charges au spéculateur ou prohiber tout à fait le marché à terme d'après les types admis en Bourse, qui s'est toujours signalé par de nombreuses catastrophes, son manque de solidité et son effet nuisible au bien public, que de le laisser continuer dans les errements suivis jusqu'ici. La circonstance que le marché à terme est international ne doit pas nous détourner de tenter son amélioration; chaque limitation de ce marché améliore la fixation des cours et les autres nations suivront les bonnes réformes pour lesquelles les plaintes et les tentatives d'amélioration sont également internationales

« En conséquence, nous sommes d'avis qu'il est absolument nécessaire pour la détermination réelle des cours vrais de la Bourse que toutes les négociations faites soient enregistrées sur un registre officiel. Nous adhérons aux propositions émanées de M. Alexandre von Gùlpen au sein de la commission d'enquête :

« 1. Tout courtier à la Bourse est tenu de faire figurer dans un registre toutes les transactions faites par son intermédiaire.

a 2. Les affaires à terme qui n'ont pas été enregistrées ne donnent lieu à aucune action en justice.

ce 3. Pour empêcher que les marchés à terme se trouvent sans provisions suffisantes, les vendeurs et acheteurs doivent déposer tant pour 100 de l'importance du marché au moment de son enregistrement, indépendamment de la taxe que prennent les caisses de liquidation.

ce 4. Le dépôt pourra avoir lieu en argent comptant ou en effets considérés comme négociables par la Banque de l'Empire.

<c 5. Le dépôt est restitué à la conclusion ou à l'abandon du marché.

ce 6. Celui qui prouve la possession des marchandises comme vendeur (négociant ou importateur) ou son existence à l'état de récoltes (producteur) est affranchi de la nécessité du dépôt.

ce 7. L'élévation ou la diminution de l'importance du dépôt est fixée par le comité central de la Banque de l'Empire ou par une autorité spéciale à la Bourse que désignera le Gouvernement.

« 8. Les préposés à l'enregistrement des marchés ont séance et voix délibérative au collège des anciens.

« 9. On déposera sur les bureaux de l'office d'enregistrement des tableaux sur lesquels seront inscrites les oscillations des cours et les négociations pendant les heures de Bourse.

« 10. Moyennant le déboursé de tant de marks, chacun peut se faire délivrer des copies des cours et des marchés, etc.

Fait à Emmerich, le janvier 1896. Lensing, von Gulpen et Go.

Cette pétition avait été signée par 400 maisons intéressées au commerce des cafés à la date du 12 janvier et elle devait être revêtue de 500 autres signatures. — Il est intéressant de signaler qu'il ne s'agit pas du blé ni des céréales, mais que les excès du marché fictif sont aussi fâcheux pour le commerce des cafés que pour celui des blés ou des avoines. De toutes parts, le commerçant sérieux est écrasé par la spéculation. Les efforts des marchands de café ne font que confirmer les idées de Smith sur la dépréciation générale des prix par l'effet du jeu à terme combiné avec la fixation des cours par les Chambres de liquidation. — Cette unanimité de la plainte en démontre, ce semble, la légitimité. Cette cause agit non moins durement sur le cours de l'argent. C'est ce que je pourrais démontrer s'il le fallait. La République française disait l'autre jour avec raison : que deviendrait la valeur de l'or si l'on décrétait sa démonétisation? Les économistes officiels se sont égayés de cette hypothèse. Elle était pourtant bien légitime. Il a été plus facile d'en rire que de réfuter l'objection. Voilà où conduisent les théories. Un seul économiste a eu le courage de la logique en demandant la démonétisation de l'or comme de l'argent. L'Etat dans son système ne certifierait que le poids de l'or, de l'argent ou du platine, et son titre. Et puis. . . nous verrions renaître les beaux jours du trafic par échange. La logique est la pire ennemie du bon sens. Non, l'or et l'argent ne sont pas des marchandises : ce sont des métaux mis à peu près hors le commerce par le consentement tacite des peuples; on les sacrifie, ou plutôt on leur sacrifie la logique dans un but d'utilité publique. Le producteur et surtout le cultivateur ne peuvent être les victimes des banquiers, marchands de métaux, possesseurs de mines ou de banques. — Encore quelques pas et nous revenons au moyen âge où dans chaque petite ville il y avait une rue des Lombards, des Juifs, une place du Change, une ruelle de la Monnaie, etc., dénominations qui démontrent assez que les marchandises ne pouvaient avoir des cours bien réguliers à cause de la différence de valeur des monnaies. On a tout renversé, tout unifié, tout révolutionné et sagement. Faut-il que l'excès de civilisation nous fasse revenir à 300 ans en arrière? P. du Pré-Collot.

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