UNE ÉCOLE D'AVICULTURE A SANVIC
En entrcint, on remarque d'abord la salle de conférences et d'expériences, fort bien aménagée, dans laquelle existe une importante bibliothèque et dont les murs sont tapissés de tableaux d'anatomie très instructifs. Aussitôt entré dans l'établissement, j'ai, sous la conduite de M. Kousset, visité la salle d'incubation qui renferme tous les systèmes français de boîtes d'incubation.
Ces couveuses artificielles sont installées de manière à pouvoir recevoir de 1,000 à 1 ,500 œufs à la fois; la chaleur nécessaire pour mener à bien les éclosions est produite par des lampes à pétrole ou par des courants d'eau chaude à volonté.
Fig. 25. Vue d'une partie des parcs de l'Ecole pratique daviculture de Sanvic.
Aussitôt les poulets éclos, ils [sont placés dans les salles d'élevage remplies d'éleveuses artificielles disposées de telle façon que les jeunes poulets sont en quelque sorte comme avec leur mère. Pendant les premiers jours qui suivent l'éclosion, les nouveaux nés ne sortent pas encore à l'air libre, et sont maintenus dans les salles à une température constante.
Chaque parc communique par une petite porte percée dans la muraille à un jardinet rempli d'herbes où les jeunes poulets prennent leurs ébats aussitôt qu'ils sont à même de le faire.
Ces poulets sont ensuite classés par familles, lesquelles sont séparées les unes des autres de façon à éviter des mélanges de races.
Parmi les espèces les plus curieuses que j'ai pu voir dans l'établissement de M. Kousset il convient de citer : les poules de Houdan, de Crèvecœur, de la Flèche, de Mantes, de Barbezieux, Andalous bleus, Dorking argenté, Dorking-Coucou (très rare), remarquables par la chair fine et la ponte.
UNE ÉCOLE d'aviculture A SANVIG.
Wyandotte ari^enté et doré, bonnes pondeuses et couveuses.
Langsham noir, superbe volaille noire à reflet métallique qui atteint un poids énorme.
Les poules de Brahma hermine et Brahma inverse, bonnes pour opérer des croisements ; Leofaorn blanc, pondeuse remarquable ; Coucou de Malines, la Houdan des Belges, chair fine, grosse volaille.
Cochinchinois fauve, blanc, perdrix, noir. Espagnol, Padoue hollandais noir à huppe blanche, Hambourg pailleté argenté, Padoue dorée, Hambourg crayonné argenté, espèces de luxe.
Et les poules négresses, si curieuses par leur duvet blanc, mais dont la peau et les os sont complètement noirs.
Fig. 26. — Une salle d'incubation artificielle.
Chaque espèce de volaille est séparée de l'espèce voisine par un grand grillage de façon à éviter des métissages et à pouvoir ainsi conserver des races pures toujours très recherchées des amateurs.
Mais l'établissement de Sanvic ne renferme pas seulement que des poules. Tous les animaux de basse-cour y sont représentés : faisans, dindons, oies, pintades, paons, perdrix, canards, lapins, etc.
La faisanderie contient les espèces de faisans les plus rares. Parmi les plus beaux, il est de toute justice de signaler outre le faisan doré, le faisan argenté, Mongolie, Swinhoé, vénéré, versicolore, de Lady Amherst, de Bohême. En outre des poules et des faisans que je viens de signaler, j'ai pu également admirer les paons, les canards de Rouen, les canards Aylesbury, de Pékin, Labrador et de Duclair, puis les oies de Toulouse, Cygnoïde Siam, de Guinée, les dindes noires, blanches et cuivrées d'Amérique.
304 UNE ÉCOLE D'AVICULTQRE A SANVIG.
Mais un des élevages les plus curieux est celui des perdrix, volatiles dont M. Rousset fait un commerce considérable pour le repeuplement des chasses de Normandie. Il est arrivé à obtenir des croisements de notre perdrix grise avec la perdrix grise de Bohème excessivement farouche; il en est résulté des sujets bien plus sauvages que les nôtres, se laissant difficilement approcher et qui, par cela même, évitent plus souvent les coups de fusils des chasseurs et surtout des braconniers, ce qui permettra d'en conserver l'espèce.
En plus de cette variété, M. Rousset élève la perdrix de la Plala, beaucoup plus grosse et également très sauvage. Cette espèce est, de même que celle qui précède, destinée au repeuplement des chasses. Au dernier concours de Paris, ces perdrix ont été admirées par M. le Président de la République.
Tout à fait à l'extrémité de l'établissement, se trouvent 25 parcs à lapins, où sont élevés, outre les espèces communes de garenne : le lapin angora blanc, le lapin angora jaune, le lapin argenté, le lapin japonais, les géants des Flandres, béliers, etc.
Puis, en revenant, je pénètre dans le bâtiment réservé à l'engraissement de la volaille, où se trouvent des gaveuses les plus perfectionnées, permettant, sans désemparer, de gaver près de 400 poulets dune façon toutà fait mathématique, à l'aide d'appareils enregistrant chaque fois la quantité de nourriture qui pénètre dans Teétomac du sujet et pouvant se nettoyer avec la plus grande facilité.
L'Ecole d'aviculture de Sanvic, avec tous les éléments qu'elle possède, sera certainement d'une utilité incontestable. Elle a pour but notamment de former des élèves, jeunes gens ou jeunes filles qui deviendront capables de diriger une basse-cour, de faire éclore, d'élever et d'engraisser la volaille, mettant en pratique tous les nouveaux procédés artificiels ; puis à servir de modèle et d'enseignement à tous les propriétaires, fermiers ou autres, qui, pour leur utilité ou leur agrément, se livrent à l'élevage des oiseaux de basse-cour et échouent souvent faute de pratique.
L'enseignement donné dans cette école est essentiellement pratique et s'étend à tous les travaux d'intérieur. Il comprend : l'incubation artificielle et naturelle des œufs; l'incubation artificielle avec tous les appareils des fabricants français ; l'élevage artificiel et naturel des poussins, l'engraissement naturel et forcé, le mirage des œufs, le sacrifice, les méthodes de préparation et l'expédition de la volaille pour les marchés.
L'étude des principales races de poules, par rapport à la ponte, à la finesse de la chair, à la précocité de l'engraissement, met en lumière les races les plus avantageuses à élever dans les fermes sous le rapport pécuniaire et suivant le climat où l'on se trouve.
Avec un tel programme, et sous la direction d'un aviculteur aussi compétent que l'est M. Rousset, l'Ecole d'aviculture de Sanvic ne peut manquer de donner d'excellents résultats en permettant aux élèves, par les connaissances spéciales qu'ils y auront acquises, d'être, en peu de temps, en état de diriger méthodiquement une basse-cour aussi importante qu'elle soit et dô/s'en faire une source de revenus.
Paul Noël.
SITUATION AGRICOLE DANS LE NORD. 305
SITUATION AGRICOLE DANS LE NORD
Au temps pluvieux des mois de décembre et de janvier a succédé, dans le Nord, une période un peu plus froide et plus sèche. Les quelques petites gelées blanches de la dernière quinzaine ont été bien accueillies par la culture, mais elles sont insuffisantes pour arrêter les progrès de la végétation et pour entraver le développement des mauvaises herbes.
Les céréales présentent un aspect superbe qui ne laisse pas d'inquiéter, avec raison, nos agriculteurs. Ceux-ci ne doivent pas oublier, en effet, que le mois de février leur réserve souvent de désagréables surprises; en 1894, par exemple, la température descendait à 5 ou 6 degrés au-dessous de zéro, au commencement de mars, et les nuits étaient très froides : le retour de pareilles circonstances météorologiques produirait, cette année, des effets désastreux dans nos emblavures de céréales.
L'état des terres facilite beaucoup le transport des fumiers et l'exécution des labours, aussi pouvons-nous constater, dès maintenant, une grande activité dans les campagnes. Si le temps reste favorable, il est à prévoir que les ensemencements de betteraves débuteront de très bonne heure. Ils dépasseront notablement, en étendue, ceux de l'an dernier, — de 10 à 15 pour 100, au minimum, et môme de 20 à 25 pour 100, dans certaines localités, — par suite des prix avantageux otîerts aujourd'hui par la fabrique; celle-ci est encouragée dans cette voie par la bonne tenue du marché sucrier qui accuse une amélioration de 1 fr. 50 environ, sur tous les articles, dans la seconde huitaine du mois.
Les marchés de betteraves se traitent beaucoup plus rapidement que dans la campagne précédente. Les prix de 23 et 24 fr. à 7 degrés de densité, en moyenne, à la fin de janvier, se sont relevés, dans la plupart des rayons, da 3 fr. par tonne. Il paraît même que quelques fabriques du Nord offriraient 28 à 29 fr., mais cette information, accueillie par quelques journaux, ne doit être acceptée qu'avec une grande réserve. J. Troude.
En dépit de leur éloiistnement, les colonies australiennes intéressent aujourd'hui l'Europe : leurs produits agricoles et pastoraux commencent à parvenir d'une façon assez suivie sur les marchés européens, et c'est ainsi que, dans une statistique récente, des publications du Board of Trade anglais montraient la concurrence que les beurres australiens font sur le marché britannique aux beurres français, danois ou autres.
C'est des produits de la laiterie que nous voulons nous occuper ici, et tout particulièrement des laiteries de la Nouvelle-Zélande. D'ailleurs, toute l'Australasie en général possède de nombreux troupeaux de bêtes à cornes, comme l'indique le tableau suivant :
Queensland 6,192,759
Nouvelle-Galles du Sud.. 2,046,347
Victoria 1,813,159
Australie méridionale. . . . 399,077
Australie occidentale. ... 133,690
Tasmanie 162,440
Nouvelle-Zélande 831,831
On ne peut exactement savoir le nombre des vaches laitières dans les six premières colonies, et du reste ce serait une étude trop longue pour que nous l'entamions, au moins pour cette fois : disons seulement que, en 1893, la Nouvelle-Galles possédait environ 365,000 Yaches laitières, l'Australie méridionale, 74,500 ; la Tasmanie, 35,000 et Victoria 417,000.
En Nouvelle-Zélande, voici les chiffres exacts d'après le recensement de 1891 . Les bêtes à cornes, y compris les veaux, sont au nombre de 788,919, dont 280,71 1 vaches nourrices et spécialement 206,906
vaches laitières. Nous ne tenons pas compte dans ces données du bétail appartenant aux indigènes Maoris, qui possèdent 42,912 bovidés.
Si l'on veut juger du mouvement qui se produit actuellement dans le pays en faveur de l'industrie laitière, il faut lire ce que dit M. John Sawers, professeur en chef de laiterie. D'après lui on peut, en Nouvelle-Zélande, conserver à l'état de perfection presque absolue les meilleures races connues de bêtes laitières ; la contrée semble être un habitat naturel pour ces animaux, et le fait est que le sol, le climat et le régime hydrologique assurent la pousse des prairies et des récoltes en vert de façon à ce qu'on puisse s'en procurer toujours sur un point quand elles viennent à faire défaut sur un autre. Il est évident que ce sont là les meilleures conditions pour l'élevage des laitières ; et, si nous en croyons M. Sawers, on trouve précisément ces terrains qui représentent l'idéal en la matière, prairies d'alluvions, herbes grasses et abondantes, lisières des prés ombragées par de grands arbres, eau courante en abondance, si bien que les bêtes peuvent se nourrir sans faire de grands parcours, mangeant pour ruminer ensuite et se reposer, ce qui donne beaucoup de lait et de première qualité. En fait, la besogne du fermier est fort simplifiée, car il n'a point à s'occuper des fourrages ni à tenir à couvert ses bestiaux pendant une longue période, les vaches, du moins dans la plus grande partie de la colonie, n'ayant point à être mises à l'étable pendant les mois d'hiver. On peut avoir des exploitations d'autant plus importantes et plus rémunératrices.
La Nouvelle-Zélande possède un autre avantage, c'est qu'elle peut fournir à l'Angleterre, durant la saison hivernale de ce pays, du beurre et du fromage provenant de vaches nourries au vert. Sans doute, la distance est une gêne à ce commerce, mais elle est largement compensée par cette particularité précieuse que la Nouvelle-Zélande peut fournir ces produits alors qu'ils font réellement prime, qu'ils sont rares sur les autres marchés fournisseurs.
Etant donnés ces avantages spéciaux, il est naturel que l'industrie laitière se développe chaque jour davantage et devienne une des principales manifestations agricoles de la colonie. Les fermiers n'ont pas été longs à comprendre leur intérêt, mais comme toujours ils ont un peu hésité à réformer leurs habitudes ou à en prendre de nouvelles. Aussi, les progrès des laiteries coopératives ont-ils d'abord été quelque peu lents : les colons demeuraient indifférents et les fabriques de beurres qui se créaient n'étaient aménagées que d'après des connaissances empiriques. Tout dernièrement, cette forme de la coopération a pris un essor magnifique, précisément parce que les agriculteurs ont compris qu'ils avaient là un moyen de se faire de gros revenus sans épuiser leurs terres. L'industrie purement pastorale de la Nouvelle-Zélande va s'en trouver profondément modifiée, car les colons s'aperçoivent qu'ils ont intérêt à entretenir des exploitations mixtes où l'on fait l'élevage en même temps qu'on s'y livre à la culture des céréales, à la laiterie, à l'engraissement des porcs, etc.
Plusieurs des grands propriétaires terriens entreprennent déjà l'industrie laitière en même temps que l'élevage proprement dit, et le nombre en augmente constamment; depuis quelques années on voit
ces propriétaires découper leurs domaines en sections de dimensions modérées, et établir des laiteries sur chacune d'elles en les confiant à des fermiers : et tout le monde y gagne, autant les fermiers que les propriétaires. Les premiers ont acquis des connaissances nouvelles, ils pratiquent des méthodes perfectionnées et ils tirent un excellent parti des produits de leur ferme. Peu à peu ils ont abandonné leurs préjugés contre les systèmes cctopératifs et ont compris qu'ils auraient tout avantage à faire ce qui a si bien réussi à certains de leurs concurrents européens.
Depuis six ans le Ministère néo-zélandais de l'Agriculture a fait entrer dans son programme d'enseignement la question du développement d'un système bien organisé de laiteries coopératives. Le but que l'on poursuit est multiple, ou du moins il se présente sous quatre faces distinctes. En premier lieu, il s'agit d'encourager la coopération sous toutes ses formes en matière de laiterie et d'industries s'y rattachant; en deuxième lieu, il faut prendre des mesures pour améliorer la qualité du lait, pour l'obtenir plus semblable dune ferme à l'autre, pour en augmenter la teneur en beurre et en fromage. Il n'est pas moins important de rendre plus rapides et mieux compris les moyens de transport de ces produits depuis les points de fabrication jusqu'aux points d'embarquement; enfin, on cherche a créer une organisation complète et pratique pour la vente des beurres et fromages en Angleterre et sur tous les autres marchés.
Le Gouvernement a créé cinq professeurs, qui ont pour mission de voyager, de visiter les fabriques, de donner des démonstrations pratiques sur les procédés de confection du beurre et du fromage; ils enseignent les pratiques tendant à améliorer le produit, à le rendre plus uniforme, à réduire le coût de la fabrication grâce aux méthodes économiques; ils doivent signaler les défauts des anciens errements à tous ceux qui s'occupent d'industrie laitière. On encourage ceux-ci à correspondre fréquemment avec le Département de l'agriculture pour poser des questions, demander des conseils; le Ministère se fait représenter à toutes les réunions tenues en vue de l'établissement de fabriques et de l'organisation de l'industrie laitière. Toutes les personnes qui veulent des renseignements sur la matière peuvent les obtenir gratuitement de l'administration ; elle adresse toutes les indications possibles tant au sujet de l'établissement proprement dit des crémeries et beurreries que de l'outillage et de l'exploitation. On a été jusqu'à faire imprimer des brochures expliquant les conditions d'achat du lait, donnant les informations les plus complètes au point de vue financier, brochures que l'on répand parmi les fermiers. Le résultat est de faire passer tous les fabricants de beurre et de fromage comme par une sorte d'école où ils reçoivent le même enseignement. Ces procédés semblent très appréciés, car les demandes adressées au Ministère de l'agriculture se multiplient chaque jour.
Pour répondre au désir d'un grand nombre d'intéressés et diffuser l'enseignement, on vient de décider de publier des bulletins périodiques.
De plus, pour faciliter la vente des produits néo-zélandais sur le marché britannique et pour les mieux faire apprécier, le Gouverne-
ment a délégué un commissaire des produits, qui relève de l'Agentgénéral de Londres et qui a pour mission de s'occuper de tous les détails commerciaux, soit avant que les marchandises arrivent, soit même après leur débarquement. Il doit faire disparaître tous les obstacles qui gênent actuellement le placement des exportations néozélandaises parmi les consommateurs européens. C'est un procédé auquel le Danemark notamment a recouru, et il s'en est trouvé fort bien. Daniel Bellet.
{La suite prochainement .)