CRÉATION D'UN CHAMP D'EXPÉRIENCES VITIGOI.ES JURASSIEN
champ était homogène en calcaire. Pareils coteaux ne sont pas rares chez nous. Dans notre jurassique bourguignon, ils sont presque la règle ; il serait bien étonnant qu'il en fût autrement dans le jurassique du Jura.
Une fois l'emplacement choisi, nous dressons, à Faide de l'excellent instrument de votre dévoué professeur, M. Glémençot, une carte d'iso-calcaire en deux ou trois couleurs. Ce travail, exécuté maintes fois par nous avec le calcimètre Bernard, qui nous a rendu tant de services en Saône-et-Loire, ne soufl're aucune difficulté. On prélève des échantillons tous les dix mètres, à 25 ou 30 centimètres de profondeur. Avec ces instruments très pratiques, quelques centaines d'analyses sont jeux d'enfant.
Cette carte sera très utile à consulter au moment des observations, une fois la plantation effectuée. Six mois avant la plantation, nous arrachons la vigne phylîoxérée en la défonçant, mais sans la fumer. Soyez persuadé que dans ces conditions-là le sol demeure bien et dûment phylloxéré. Et nous plantons alors des lignes de mêmes porte-greffes surmontés, à chaque rang transversal, d'un greffon différent.
Voici les porte-greffes que je vous propose :
Choix des portr-greffes d'un champ de.rpérienccs pour le Jura.
Riparia. — Gloire, Grand Glabre, Toraenteux, Du Colorado.
RupestriK. — Martin, Ganzin, du Lot, Gaillard, Guiraud. Mission.
Berlandieri. — Rességuier n"-], Rességuier n" 2, L n" 9, d'Angeac.
Anciens porte-greffes. — Jacquez, Solonis, Vialla, Taylor, York-Madeira.
Hybrides Ganzin. — Aranion X Rupestris n" 1, Aranion X Rupestris n" 1.
Hybrides Couderr. — Franco-américains : Mourvèdre X Rupestris I2i)2, Golomtieau X Rupestris 3103 (Gamay Couderc), Bourrisquou X Rupestris 601, 603, Chasselas X Rupestris, 901. — Américo-américains : Solonis X Riparia 1616, Riparia x Rupestris 3309, 601 X Vitis Calcicola 132-5.
Hybribes Millardet. — Franco-américains : Cabernet x Rupestris .33 A, 33 A*, 33 A-, Chasselas X Berlandieri 41 R, Alicante-Bouschet x Riparia 141 A*, Aramon x Riparia l43. — Américoaméricains : Riparia X Rupestris 101-14.
Ecole de Montpellier. — Cabernet x Berlandieri 333 (Tisserand).
P. Castel. — 2066.
D' Despetis. — Taylor-Narbonne.
Adolphe Renevey. — Chardonnet X Rupestris 6.
M. Terras. — Alicante-Bouschet X Rupestris 20. Pierrefeu.
Dans la manière dont j'ai compris ce tableau, il n'y a rien de limitatif. C'est un cadre où vous pourrez faire entrer, à la suite de ceux que j'indique, tous les cépages que vous auriez quelque intérêt à y voir figurer. Mais, comme il faut savoir se borner, même en essais viticoles, je vous ai proposé seulement 42 portegreffes. Plusieurs d'entre nous, en Bourgogne, — M. Petiot vous le dirait s'il était ici — ont essayé un plus grand nombre encore de porte-greffes; pour les greffons, notre encépagement séculaire limité au Pinot et au Gamay nous dispensait de recherches.
Sans vous imposer ma manière de voir, j'ai cru pouvoir écarter des cépages qui, après un éclat éphémère, sont rentrés dans l'ombre dont ils n'auraient jamais dû sortir. La liste que j'ai dressée en contient d'excellents, de bons et de médiocres. J'aime à croire qu'il n'y en a pas de mauvais.
Dans ce loyal tournoi, où votre chevaleresque essai les appellera, ces cépages se révéleront eux-mêmes et leurs prouesses vous les feront connaître. D'ailleurs, les apprécier ne rentre pas dans mon programme, et je me garderais bien d'empiéter sur le domaine de mes voisins. Je ne vous soumets qu'une nomenclature. Si elle vous paraît insuffisante, complétez-la.
Vous y trouverez les meilleures iormes de Riparia, y compris le Colorado et les Rupestris, y compris celui du Lot, et même celles de Berlandieri.
Gomme on a prétendu que je ne les connaissais pas, ces fameux Berlandieri, j'ai eu recours, pour vous les indiquer avec certitude, aux lumières de M. Ravaz. Ce sont donc les vraies honnies formes : vous pouvez les essayer en toute assurance.
Il m'eût été pénible de mettre à la porte nos anciens porte-greffes, ces vieux serviteurs qui ont rendu trop de services autrefois pour ne pas être capables d'en rendre encore maintenant. Il est bon de les comparer avec leurs successeurs dans la faveur du public, les fameux Hybrides.
Pour échapper aux reproches que n'auraient pas manqué de m'adresser les pépiniéristes susceptibles à qui a déplu la franchise de mes paroles à Lons-le-
CRÉATION d'un CHAMP D'EXPÉRIENCES VITICOLES JURASSIEN. 343
Saunier, j'ai ouvert notre champ tout grand aux hyhrideurs autres que mon ami Couderc. Mais je désire qu'on ne dénature pas ma pensée et qu'on n'aille pas de cet éclectisme conclure que je préfère personnellement d'autres hybrides à ceux de M. Gouderc. Moi, je reconstitue exclusivement avec les hybrides Couderc et j'en suis très satisfait. Je le proclame nettement. Et je suis bien libre de le dire comme je le pense, parce que je reste absolument étranger à toute espèce de négoce de bois.
Cette profonde sympathie qu'a su m'inspirer M. Couderc. ce travailleur modeste, méconnu et combattu par d'autres travailleurs moins modestes et plus débrouillards que lui, je ne suis pas seul à l'avoir ressentie. L'hybrideur peut être fier de ses amis comme ses amis sont fiers de lui ! Parmi eux, il y a peut-être plus de vignerons que de savants: en tous cas, il n'y a que d'honnêtes gens!...
Je reviens à notre champ que je disais avoir ouvert à tous les hybrideurs.
Et d'abord, à votre éminent compatriote, M. le professeur Millardet. La place qu'il occupe dans cette nomenclature lui revenait de droit. N'est-ce pas lui qui, après M. Gouderc, a fait le plus grand nombre d'hybrides?
N'ayant pas eu loccasion d'employer moi-même les cépages de M. Millardet, j'ai eu recours pour la sélection des numéros que j'ai faite dans son plantureux catalogue à l'obligeance de M. Prosper Gervais, le viticulteur bien connu, membre du Conseil des agriculteurs de France. M. Gervais poursuit actuellement à travers notre pays, une enquête relative à l'état et à l'importance des plantations d'hybrides.
Nul n'était donc mieux à même que lui de me fournir les renseignements dont j'avais besoin. Les numéros de la collection Millardet que j'indique sont ceux que M. Prosper Gervais conseillera lui-même dans l'important travail qu'il achève en ce moment. C'est là, messieurs, une bonne fortune dont je suis heureux de vous faire profiter.
Dans le catalogue de mon ami Couderc, plus plantureux encore, je n'ai eu recours à personne pour guider mon choix, pas même à lui, le père de cette si nombreuse famille, 22,000 enfants! J'ai fait appel à mes propres notes, à mes expériences et à mes souvenirs de voyage ; car ces hybrides là, je les ai vus partout, du nord au sud, de l'est à l'ouest. Ceux que je vous indique, 1202, 3103, 601, 603, 901, 1616, 3309, 132-5, sont tous bons, avec des aptiudes différentes que la pratique vous révélera.
Le plus ancien et le plus employé est le n" 3103, appelé communément Gamay- Couderc. Ce cépage a donné d'excellents résultats un peu partout, et même tout près de vous, à Lons-le-Saunier, dans des marnes fort mauvaises où, greffé en Ghardonnet depuis quatre ans, il s'est montré très fructifère. Le Mourvèdre X Rupestris 1202 lui est peut-être supérieur. Il supporte une plus haute dose de calcaire et pousse très bien dans les terrains siliceux et les argiles imperméables. Sans prétendre en faii-e un porte-greffe universel, il est certain qu'on peut le planter à peu près partout avec chance de réussite. C'est le plus vigoureux et le plus accommodant des franco-rupestris. C'est le seul de tous les hybrides essayés par moi à Meursault qui ne se soit pas chlorose à la deuxième feuille. Vigoureux en Bourgogne, il est également très beau en Charente, en pleine craie. MM. E. Petiot et Verneuil lui reprochent, à la vérité, une fructification un peu irrégulière. Bien loin de partager leur avis, M. Prosper Gervais le déclare, au contraire, le plus fructifère de tous les porte-grefles franco -américains de son champ de Lattes. 601 et 603, tous deux BourrisquouX Rupestris, ont àpeu près la même adaptation calciphile. 601 conviendrait peut-être mieux aux argiles froides et 603 aux sols plus secs. La résistance phylloxérique de 603 dépasse celle de la plupart des Riparias et des Rupestris; sa vigueur n'est que moyenne et son bois ne s'allonge pas.
901, très fructifère, magnifique en Charente, est un porte-grefi'e très précieux, car il est en même temps un producteur direct de valeur, précoce et de bon goût analogue au 4401. En cas de gelée d'hiver du greffon, la récolte issue de ses rejets serait un dédommagement appréciable.
Pour les hybrides d'américains entre eux, très recommandés par les professeurs, mais que je prise infiniment moins que les autres, j'ai donné un type seulement de chaque série. Pour les Solonis X Riparia, j'ai indiqué 1616 qui m'a paru supérieur à ses deux frères; pour les Riparia X Rupestris, le 3309, égale-