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LA BOUILLIE SUCRÉE

Les maladies cryptogamiques ne sont pas toujours efficacement combattues par les diverses com.positions cupriques. Pour obtenir une action plus certaine et plus énergique, il faut mettre le cuivre en dissolution et agir dès le début de la végétation sur les feuilles tendres et sur les formes de grappes qui se montrent déjà à cette époque.

Mais ces pousses tendres peuvent être altérées par les dissolvants ordinaires du cuivre, acides ou alcalis, qui brûlent même parfois les feuilles parvenues à leur entier développement. C'est dans le but d'obvier à cet inconvénient que j'ai entrepris avec succès d'opérer la dissolution du cuivre par le sucre et de constituer ainsi un sucrate de cuivre soluble, complètement inofîensit. Un autre avantage bien reconnu de ce produit, c'est son adhérence, qui résiste à l'action delà pluie et dispense de multiplier les sulfatages autant que lorsqu'on emploie les compositions similaires. Enfin, des expériences faites l'an dernier permettent de penser qu'il pourra être employé efficacement contre le black-rot, si l'on a soin d'agir sur les premières pousses dès leur sortie du bourgeon; c'est là une condition essentielle que l'on ne saurait négliger sans voir disparaître les chances du succès.

La bouillie sucrée s'obtient en mélangeant du sucrate de chaux et du sulfate de cuivre. Il suffit de projeter cette poudre dans l'eau et d'agiter fortement pour la dissoudre complètement et provoquer une réaction qui, par un double échange de bases, donne une bouillie composée de sulfate de chaux, d'oxyde de cuivre précipité et de sucrate de cuivre, dont la dissolution est d'une belle couleur verte.

Le sucrate de cuivre ainsi obtenu, dans lequel plus de la moitié du cuivre est dissoute, agit énergiquement sur les cryptogames sans offrir aucun danger pour la vigne; la bouillie peut donc être employée impunément dès le début de la végétation.

Le prix de la poudre toute préparée est de 0 fr. 50 lekilog. ; la dose ordinaire est de 3 kilog. par hectolitre d'eau; un hectolitre de bouillie sucrée revient donc à 1 fr. 50, comme l'hectolitre de bouillie bordelaise à 3 pour 100 de sulfate de cuivre.

Pour la première opération, il convient de doubler cette dose de poudre et de badigeonner les premières pousses à l'aide d'un petit balai, au lieu d'employer un pulvérisateur, comme on le fait lorsque la végétation est plus avancée. La quantité de liquide employé dans ces conditions étant très faible, la dépense ne se trouve pas sensiblement augmentée, malgré l'élévation de la dose de poudre.

Le premier sulfatage doit être suivi d'un second quinze ou vingt-cinq jours après, suivant l'activité de la végétation. Un troisième traitement enfin doit être pratiqué dans le courant de la saison. Michel Perret.

11 y a peu d'années encore la préoccupation dominante de tous ceux qui s'occupaient des questions coloniales était de savoir quel territoire

nouveau il était possible de soumettre encore à l'influence française. Aujourd'hui que l'empire colonial de la France est un des plus vastes et aussi des plus beaux du monde, nos préoccupations doivent se porter surtout vers la mise en valeur de ces colonies nouvelles.

Or, par la diversité de leurs climats, parla multiplicité de leurs produits spontanés, nos colonies de la cote occidentale d'Afrique devront, si l'on veut y porter quelque attention, fournir des éléments sérieux à notre commerce et à nos industries. La période de la mise en valeur des sols nouveaux, par l'agriculture, doit commencer.

Parmi les très nombreuses plantes que l'on pourrait citer comme pouvant être cultivées nous ne voulons, pour aujourd'hui, nous occuper que d'une seule parce qu'elle semble présenter un très haut intérêt et devoir contribuer largement à assurer la prospérité future des colonies où elle pourra être cultivée. Nous voulons parler du cacaoyer.

On a contesté la possibilité de cultiver le cacaoyer au Congo. On a dit que la plante n'y pourrait jamais donner des résultats vraiment industriels. Fort heureusement, les événements sont venus clairement démontrer que ces prévisions pessimistes n'étaient pas fondées et aujourd'hui la culture du cacaoyer prend au Congo français un développement considérable. Les produits qu'elle donnera contribueront à rendre prospère une de nos colonies des plus fertiles et que l'on a avec raison et par un choix heureux d'expression appelée nos « Indes noires. «

Le cacaoyer est une de ces plantes qui offrent pour l'agriculture le privilège de ne donner de belles récoltes que sur des territoires qui resteront, par la force même des choses, élernellement limités : ce ne sera jamais une de ces plantes cosmopolites que l'on cultive presque partout et autour desquelles une concurrence ruineuse s'établit rapidement. C'est qu'en effet le cacaoyer présente une telle exigence au point de vue de la chaleur et de l'humidité que peu de territoires peuvent y satisfaire. L'expérience montre que pour que le cacaoyer fructifie d'une façon régulière, et qu'il puisse permettre de baser sur sa culture des opérations vraiment lucratives, il faut d'une part que le thermomètre ne descende jamais au-dessous de 22 à 24 degrés et que d'autre part il tombe dans le courant de l'année au moins I m. 80 d'eau (mesure prise au pluviomètre).

Or, au Congo français, dans la région du littoral, la température ne descend qu'accidentellement au-dessous de 25 degrés et le point moyen fourni par la température de l'eau des grands cours d'eau varie entre 27 et 28 degrés. J'ai, à différentes périodes de l'année, pris la température des eaux du fleuve Congo, de l'Oubangui, de l'Ogooué et j'ai toujours obtenu le point que je viens d'indiquer.

Pour ce qui est de la quantité d'eau tombée, elle dépasse sensiblement la proportion au moins nécessaire. Il tombe, en effet, environ 2 m. 60 d'eau par an dans toute la région de la côte ; de plus, ces chutes considérables se répartissent sur presque toute l'année; la plus longue période de sécheresse est celle qui dure de juin à août et encore est-elle coupée, en juillet, par une série d'ondées. Dans tous les cas, si les eaux baissent dans les rivières et les lacs, ces pertes ne sont pas suffisantes pour mettre à sec même les mares de moindre importance. Les rosées

restent tellement abondantes que si l'on sort le matin et que l'on parcourt les prairies, on est complètement trempé par les gouttelettes d'eau suspendues aux bords des feuilles. Aussi, même au bout de la période de sécheresse, n'est-il pas besoin de fouiller très avant dans le sol pour retrouver la terre imprégnée d'humidité.

Ces constatations seules devaient déjà conduire à conclure que la culture du cacaoyer était possible dans toute la région dont nous nous occupons. L'expérience s'est chargée de démontrer que ces prévisions

Fig. 3'2. — Cacaoyer âgé de cinq ans, au Congo français.

étaient justes et, aujourd'hui, on est en droit de fonder les plus brillantes espérances sur les résultats que fourniront ces cultures. Il existe actuellement environ 80;,000 pieds de cacaoyers plantés et qui sont en pleine prospérité. Les premiers essais ont été faits au Jardin colonial de Libreville en 1887. Dans une importante concession située sur les bords de rOfijooué, les plantations ont été commencées en 1890 et depuis se poursuivent régulièrement chaque année. Enfin, dans l'estuaire même du Gabon, une petite île a été toute entière consacrée à cette culture. Partout les résultats ont été brillants, dépassant même toutes prévisions, si bien que l'on est en droit de considérer que le cacaoyer trouve au Gabon- Congo un ensemble de conditions plus favorables que n'importe où

ailleurs, et le fait se traduit par des rendements qui sont plus élevés que ceux que l'on obtient dans d'autres régions où la culture du cacao est possible, dans certaines contrées de l'Amérique du Sud par exemple.

Ce n'est pas le lieu d'examiner ici avec quelques détails la culture, si intéressante cependant, du cacaoyer, ainsi que toutes les préparations, lesquelles doi\^ent être conduites avec beaucoup de méthode et de connaissances pratiques, pour arriver à rendre la graine apte à servir à la consommation. Cette étude nous conduirait bien au delà de la dimension d'un article du Journal, mais du moins ne sera-t-il pas inutile de faire ressortir les principaux avantages qui doivent résulter de la production du cacao au Congo et de comparer les méthodes d'éta-

Fig. 33. — Pépinière de cacaoyer au Congo.

blissement de plantations dans les pays anciennementj^consacrés à cette culture avec celles employées dans la région qui nous occupe.

Dans l'Amérique du Sud, en effet, au Nicaragua, par exemple, la culture ne réussit bien et ne donne d'abondants produits qu'à la condition de parfaire par l'irrigation la quantité d'eau nécessaire au bon développement de cette plante. Il n'en est pas ainsi au Congo où l'abondance des pluies permet de ne pas irriguer. Aucune des plantations faites ne sont soumises à l'irrigation, elles sont cependant dans un état absolument prospère, comme j'ai pu le constater cette année encore, et comme en témoigne la photographie ci-jointe (fig. 32j faite en août, c'est-à-dire précisément à la fin delà période sèche et avant les grandes pluies.

De cette possibilité de ne pas irriguer, résultent des avantages considérables dans les plantations, comme nous allons le faire voir. Or,

tout ce qui apporte une diminution dans les frais de première installation, joue un rôle prépondérant dans l'établissement et la propagation de la culture du cacaoyer. En effet, la plante reste quatre années sans produire ; il y a donc une période d'attente pendant laquelle il importe, au premier chef, de réduire les frais, puisque pendant tout ce temps les capitaux resteront improductifs.

Lorsqu'en Amérique on veut procéder à la plantation des cacaoyers on débrousse complètement le terrain dont on a fait choix. C'est donc là un travail considérable, mais qui est rendu indispensable par la nécessité dans laquelle on se trouve de niveler le terrain et de le rendre propre à l'irrigation. Puis il convient de tracer les rigoles et de distribuer l'eau sur toute la surface. A cela ne se bornent pas les travaux de premier établissement, car, en effet, le cacaoyer ne supporte pas impunément l'insolation directe, il faut, de toute nécessité, l'abriter contre 1 ardeur trop grande du soleil, d'où l'obligation de planter des arbres destinés à donner de l'ombre : nouvelle cause de frais et de perte de temps.

Au Congo, les choses se passent tout différemment. L'irrigation est inutile; il en résulte que lorsqu'on détruit la forêt on a soin de laisser la quantité d'arbres nécessaire pour protéger les plantes d'une ombre salutaire. D'où économie d'une partie du débroussement, du nivellement, de la création des rigoles et de leur entretien, du semis des arbres d'ombre et surtout de la période de temps qui est généralement de deux ans et qui est nécessaire pour créer ces importants travaux et laisser aux arbres à développement rapide le temps de commencer à donner de l'ombre.

Cette série d'avantages se poursuit encore dans la plantation ellemême des cacaoyers. La reprise passe pour être très difficile en Amérique et l'on compte jusqu'à 20 pour 100 de mortalité. Au Congo, nous avons vu les plantes reprendre avec une extrême facilité et ne donner qu'un déchet dépassant rarement 5 à 6 pour 100. Le fait s'explique facilement d'ailleurs par l'état de l'humidité de l'air. Il est toute une longue période, et c'est celle que l'on choisit pour faire la plantation, pendant laquelle la différence entre le thermomètre sec et le thermomètre mouillé est souventde moins d'un degré, cequi montre l'état d'excessive humidité de l'air. Les plantes se trouvent donc à peu près dans les mêmes conditions que si elles étaient placées dans une serre chaude avec une quantité considérable d'eau à leur disposition. D'où il résulte que d'une part la reprise est assurée et que, de l'autre, les plantes dès le début poussent avec une exceptionnelle vigueur.

Vers quinze à dix-huit mois, l'arbuste qui est resté jusque là à tige simple se ramifie et forme ces arbustes rameux, touffus, dont noun donnons ici une reproduction photographique (fig.33). Souvent à quatre ans et au plus tard la cinquième année, la fructification s'établit et désormais recommence chaque année avec une abondance extrême.

Les cacaoyers cultivés au Gabon sont de la même variété que ceux qui sont exploités dans la colonie portugaise de San Thomé. Les graines fournies par cette sorte commerciale ne sont pas assurément de celles que l'on peut ranger parmi les variétés depremier ordre, mais elles font partie de la bonne moyenne, c'est-à-dire constituent une

marchandise d'un écoulement aussi constant que facile. De plus, cette variété jouit de l'avantage d'être d'une très grande fécondité. Les fruits sont d'un faible volume, mais ex.trêmement nombreux si bien qu'au demeurant les rendements en poids sont considérables.

A diverses reprisesj'ai vu des arbres littéralement couverts de fruits, et ce n'était pas là un fait accidentel mais absolument normal. La maturation des fruits d'un cacaoyer est successive de même que la été la floraison. On voit en même temps sur un arbre des fruits mûrs et d'autres à peine formés. 11 faut donc tenir compte de l'ensemble de la récolte. C'est ainsi que l'on peut compter sur des arbres adultes de 80 à 100 fruits parfois même jusqu'à 120. Mais ce sont là des rendements tellement élevés qu'il ne faudrait pas les prendre comme base de moyenne générale. Je crois qu'on est dans le vrai, et ces chiffres m'ont été donnés parla pratique, en comptant une moyenne par arbre en production, de 70 fruits environ. Or, chaque fruit donne environ 30 grammes de graines sèches telles qu'on les livre au commerce.

Comme on le voit, cela constitue un rendement considérable et qui peut devenir des plus lucratifs, surtout quand on y ajoute le bénéfice du dégrèvement de la moitié des droits dont profitent toutes les colonies françaises. Ces droits sont, comme on le sait, de 104 fr. par 100 kilog. de cacao en fève.

Actuellement le commerce du cacao, qui est considérable en France, se fait presque exclusivement avec les colonies étrangères. Il importait donc de montrer que la France possède des territoires où cette importante culture pourra être faite d'une façon lucrative et d'encourager ainsi les essais, si timides encore, d'agriculture coloniale.

J. Dybowski.

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