‹ Journal de l'agriculture (volume 4)Chapitre 289 sur 737 · L'HIVER ET LES RÉCOLTES DANS LES VOSGES · texte numérisé non relu

L'HIVER ET LES RÉCOLTES DANS LES VOSGES

Chèvreroche-Vagney, le 26 février 1896.

A la suite des grandes eaux de novembre, le temps s'est maintenu au sec. Jusqu'alors, la neige n'est tombée qu'un seul jour un peu abondante, le 14 janvier. A part quelques brouillards, le ciel a été constamment clair depuis cette date. C'est une sécneresse de six semaines, aussi longue, -sinoQ aussi désastreuse que celle de l'automne dernier qui grillait récoltes et forêts. Les eaux sont basses. Heureusement que ce temps sec s'écoule en cette saison d'hiver.

Sur les versants septentrionaux des montagnes, la neige du 14 janvier séjourne encore; c'est l'hiver continuel, hiver clément par une température au-dessus de la moyenne. Sur les coteaux opposés, la neige a disparu depuis longtemps sous l'action du soleil. A ces expositions, on se croirait en été au milieu du jour. On travaille à la campagne.

Mais depuis hier, 25, la température est devenu subitement rigoureuse : le thermomètre va de 6 à 10° centigrades avec vent fort du nord-est. Petite neige.

Les céréales d'automne, sous l'action continue de la gelée et dûs dégels diurnes, se déracinent, s'étiolent, mais ne semblent pas encore compromises.

Le bétail se maintient à des prix élevés, tandis que les produits, nos fromages Géromés, sont tombés aux plus bas prix connus : de 25 à 30 francs les 50 kilog.

La crise agricole commence à nous étreindre durement.

Comment pourront se tirer d'affaires tant de cultivateurs ne pouvant se procurer de bestiaux pour consommer les vieux fourrages qu'ils ne peuvent vendre? Les fermages et les impôts pourront-ils longtemps se payer? Si c'est ce partage que revendique le socialisme, on aurait tort de le blâmer bien sévèrement!

J.-B. Jacquot.

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