ASSOCIATION DE L'INDUSTRIE ET DE L'AGRICULTURE FRANÇAISES
que le fait en lui-même est de nature à nous occuper et à nous préoccuper vivement et cfu'il présente une gravité particulière.
Il ne suffit pas à un pays de faire beaucoup d'affaires : il faut qu'il les fasse à un prix rémunérateur. Il est évident que lorsqu'un industriel en arrive, comme on le voit trop souvent, à produire à perte ou avec une marge insuffisante de bénéfices, sa situation ne peut pas se prolonger indéfiniment. Le mal fait à nos producteurs par cet avilissement anormal des cours des principales marchandises appelle toute notre attention et doit provoquer les réflexions les plus sérieuses d'une association comme la nôtre, qui doit veiller sur tout ce qui menace le travail national.
C'est donc de ce côté qu'il faudra désormais porter tous nos efforts, en cherchant le remède à cette maladie d'un genre nouveau et si redoutable. Mais, pour trouver le remède, il importe de bien connaître d'abord la cause de la maladie elle-même. Quand tout le monde sera d'accord sur ce point essentiel, le remède viendra tout seul.
La première hypothèse, qui était venue à l'esprit, la plus naturelle, était celle de la surproduction. Nous en avons déjà parlé l'année dernière et je n'y insiste pas. Certes, je ne nie pas que la surproduction existe dans certaines industries, et personne ne songe à nier le mal qu'elle leur fait; mais ce n'est là qu'une surproduction partielle et limitée, tandis qu'il faudrait supposer une surproduction générale pour expliquer la baisse générale qui sévit sur l'ensemble des produits. Or, cette surproduction générale n'existe pas. Les statisticiens anglais ont établi que, pour les produits les plus atteints par la baisse, la production était plus considérable avant 1873 qu'aujourd'hui, que même, pour certains de ces produits, comme le blé, la production universelle n'avait même pas suivi l'accroissement de la population dans le monde.
La surproduction écartée, on a cherché autre chose; on a prétendu que la baisse devait être attribuée à la diminution des prix de revient résultant du progrès de la science et du perfectionnement des procédés de fabrication.
C'est là assurément un facteur qu'il ne faut pas négliger, et nous ne songeons pas à nier son existence et son importance ; mais il n'explique qu'une toute petite partie du phénomène. Il n'explique pas du tout comment les prix ont pu baisser dans ces dernières années pour un grand nombre de produits dont le prix de revient n'a pas changé et pourquoi la baisse est de beaucoup supérieure pour les autres à l'économie résultant des procédés de fabrication eux-mêmes.
Toutes ces explications éliminées, il a bien fallu aller chercher ailleurs la véritable cause de cet étrange phénomène, et alors on a été frappé d'un fait considérable, longtemps nié et aujourd'hui établi jusqu'à l'évidence par les rapports de nos consuls et des consuls de tous les pays étrangers. On a fini par s'apercevoir c[ue la baisse générale des prix était particulière aux pays qui avaient adopté l'or comme étalon monétaire unique, en excluant l'argent, et qu'elle avait son point de départ en 1873, au lendemain de la suppression de la frappe libre de l'argent dans les différents Etats de l'Europe.
Ail contraire, dans les pays à étalon d'argent, qui représentent les deux tiers du monde, l'Asie, l'Afrique et une grande partie de l'Amérique, les prix sont restés les mêmes; ils n'ont pas changé, ils ont plutôt une tendance à la hausse. Dans ces pays, on continue à se procurer, pour la même quantité d'argent, la même quantité de marchandises et de services. Aux Indes, le prix d'un hectolitre de blé représente toujours la même quantité de roupies, tandis qu'en France il ne représente plus que la moitié de la quantité d'or qu'il représentait autrefois, et cela parce que l'or a haussé et que sa puissance d'achat a augmenté. Car on emploie une expression inexacte quand on parle de la baisse de l'argent : c'est la hausse de l'or qu'il faut dire, puisque c'est l'or qui a monté par rapport à l'argent et aux marchandises, tandis que l'argent conservait sa valeur primitive dans pays à étalon d'argent.
Partant de cette première observation, on a alors étudié le mécanisme monétaire des relations commerciales internationales entre peuples à étalon d'or et peuples à étalon d'argent, et on est arrivé très vite à cette constatation que le change monétaire était tout à fait à notre désavantage. La hausse de l'or par rapport à l'argent et à toutes les marchandises, en forçant tous les pays à étalon d'argent à nous payer nos produits en or plus cher qu'autrefois, les a décidés à