‹ Journal de l'agriculture (volume 4)Chapitre 347 sur 737 · ASSOCIATION DE L'INDUSTRIE ET DE L'AGRICULTQRE FRANÇAISES · texte numérisé non relu

ASSOCIATION DE L'INDUSTRIE ET DE L'AGRICULTQRE FRANÇAISES

s'en passer et à se faire producteurs à leur tour. Elle leur a permis en même temps de nous prendre notre clientèle dans tous les pays à étalon d'argent, où ils peuvent à leur tour vendre leurs produits moins cher que nous. De là pour notre exportation une cause d'infériorité évidente et une grande diminution d'affaires.

A l'inverse, les pays à étalon d'argent ont trouvé dans la prime de l'or un avantage énorme pour nous vendre leurs produits, puisqu'avec l'or que nous leur donnions pour les payer ils pouvaient se procurer Leaucoup plus d'argent qu'autrefois. C'est ainsi qu'ils ont pu, au fur et à mesure de la nausse de l'or Laisser leurs prix chez nous et écraser notre marché.

De là cetie conclusion, si souvent répétée et si juste, que l'anarchie monétaire dans laquelle la démonétisation de l'argent a plongé le monde a eu cette douhle conséquence de doter, vis-à-vis de nous, les pays monométallistes argent de tarifsprotecteurs, presque prohibitifs, et de leur donner, au contraire, chez nous, une prime d'exportation qui détruit en grande partie l'efficacité de notre régime économique.

C'est ainsi que nous sommes obligés de vendre à perte aux pays à étalon d'argent, pour ne pas y sacrifier tout à fait notre clientèle, et que, sur notre propre marché, nous sommes également forcés de baisser nos prix au fur et à mesure que les pays à étalon d'argent baissent les leurs sur les produits similaires des nôtres.

Dans ces derniers jours, une preuve nouvelle nous est arrivée, qui justifie singulièrement notre thèse et lui donne presque la force de l'évidence.

Les tableaux dont je vous parlais tout à l'heure, par lesquels l'administration des douanes a si clairement établi le bilan de notre commerce extérieur, se terminent par un chapitre récapitulatif qui en est la conclusion et qui mérite une attention particulière. Dans ce chapitre se trouvent résumées les proportions moyennes de la baisse survenue dans ces dix dernières années pour chacune des grandes divisions de nos tarifs des douanes, objets d'alimentation, matières nécessaires à l'industrie, produits fabriqués.

Quand on parcourt ces tableaux, on est tout de suite frappé de la différence considérable du taux de la baisse selon la nature des produits importés.

C'est ainsi que, pour les matières premières, elle varie entre 13 et 22 pour 100, pour les produits d'alimentation entre 12 et 19 pour 100, tandis qu'elle est insignifiante pour les produits fabriqués, où elle ne dépasse pas 1,17 pour 100.

Comment expliquer cet écart extraordinaire, sinon par cette circonstance que les produits fabriqués nous viennent surtout des pays d'Europe à étalon d'or visà-vis desquels nos tarifs de douanes ont gardé toute leur efficacité, tandis que les grands produits agricoles et nos principales matières premières nous viennent en partie des pays à étalon d'argent dont les cours s'imposent à tous les autres, et qui bénéficient chez nous d'une prime de l'or telle qu'elle est bien souvent supérieure à nos tarifs de douane eux-mêmes.

L'intérêt que nous avons dans la solution de la question monétaire ne me paraît donc pas douteux. Le remède au mal dont nous souffrons et dont nous connaissons maintenant la cause, c'est le retour au bimétallisme qui, jusqu'en 1873, avait assuré au commerce du monde une si précieuse stabilité et qui avait établi la prépondérance des grands pays producteurs d'Europe sur tous les marchés du monde.

Il faut à la fois rétablir un rapport fixe entre l'or et l'argent qui circule dans le monde et augmenter dans les pays à étalon d'or la quantité de monnaie destinée à faire face au développement croissant de la production.

Pour arriver à ce résultat, notre Association multiplie ses efforts depuis deux ans; elle donne son concours le plus dévoué, le plus convaincu, à la Ligue bimétallique française, qui, sous la direction de M. Ed. Théry, qui en est l'âme et l'apôtre, fait de véritables prodiges pour secouer la torpeur de l'opinion, pour l'éclairer et pour entraîner à sa suite les pouvoirs publics.

A côté de lui, il faut placer, pour le zèle et le dévouement, notre nouveau sénateur, M. Fougeirol, dont je regrette tant le départ de la Chambre, où il laissera un si grand vide ; il est vrai qu'il y a tant labouré et semé que la moisson va lever toute seule.

Dans quelques jours, en effet, la Chambre sera saisie d'une proposition invitant le Gouvernement à chercher par une entente internationale les moyens de ré-

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