‹ Journal de l'agriculture (volume 4)Chapitre 348 sur 737 · ASSOCIATION DE L'INDUSTRIE ET DE L'AGRICULTURE FRANÇAISES · texte numérisé non relu

ASSOCIATION DE L'INDUSTRIE ET DE L'AGRICULTURE FRANÇAISES

lablir un rapport entre l'argent et l'or ; son succès est assuré, si on en juge par les signatures que noire honorable collègue est parvenu à recueillir.

Vous n'ignorez pas, messieurs, l'importance particulière de la résolution que le Parlement français va être appelé à prendre, car cette résolution n'est pas isolée : elle a été concertée avec les ligues bimétalliques allemande et anglaise dans la conférence qu'elles ont tenue à Paris.

Dans cette conférence, il a été convenu que la même proposition serait déposée, le même jour, sur les bureaux des trois Parlements, et vous savez que le Parlement anglais a fixé la date de celte grande discussion au 17 mars prochain.

Le monde entier aura, ce jour-là, les yeux fixés sur l'Angleterre; car c'est elle qui tient la clef de la question, et tout dépend d'elle. Si elle répondait par un non possumns, si elle continuait à s'enfermer dans son système monétaire, qui lui fait beaucoup plus de mal qu'à nous, comme dans une forteresse inexpugnable, il faudrait renoncer à toute entente internationale sur la question. El alors chaque peuple n'aurait plus qu'à se défendre comme il pourrait; la conséquence fatale d'un pareil état de choses serait probablement une recrudescence du protectionnisme en Europe, jusqu'au jour où les Etats-Unis, poussés à bout, se jetteraient à leur tour dans le monométallisme argent pour achever la vieille Europe. Ce jour-là, c'en serait fait de nos exportations chez eux, et ils nous prendraient tous les marchés de l'Amérique du Sud.

Les hommes d'Etat anglais sont trop clairvoyants pour assumer une pareille responsabilité, et voilà pourquoi j'ai la plus grande confiance dans l'issue du débat qui va s'engager à la Chambre des communes.

Lois nouvelles. — J'en aurais fini si je n'avais encore avons dire un mot d'une question plus importante et plus haute : je veux parler de la situation qui serait fajie à notre agriculture et à notre industrie par les nouvelles lois qui sont en préparation, surtout par la loi sur les successions, celle sur l'impôt progressif du revenu et celle des syndicats obligatoires.

Il n'est pas douteux que ces lois, si elles sont votées, retomberont de tout leur poids et exclusivement sur la terre et sur les établissements industriels, les seuls signes extérieurs de richesse qui ne puissent pas se dérober à l'action du fisc.

Leur conséquence dernière sera la dépréciation générale de la valeur des terres et des usines dont tout le monde se détournera de plus en plus. Les capitaux se porteront de préférence sur les valeurs mobilières, plus faciles à dissimuler, surtout sur les valeurs étrangères. Il est plus à craindre encore qu'ils ne se jettent tète baissée dans le goutTre de la spéculation qui a déjà englouti tant d'épargnes françaises.

Ce sera une nouvelle prime donnée à la fortune mobilière qui jouit déjà de tant d'avantages fiscaux; au lieu de chercher à l'atteindre pour lui faire payer ce qu'elle doit, c'est encore sur la terre, cette bête de somme du fisc, qu'on retombera comme toujours. {Applaudissements). Et on appelle cela une politique démocratique!

Mais ce qui n'est pas moins inquiétant que ces atteintes directes à. la fortune publique, c'est la tendance nouvelle et l'orientation économique qui s'accusent dans ces projets pleins de dangers pour l'avenir!

Ils présentent tous ce caractère commun que l'Etat ne se contente plus de protéger la liberté du travail; il la confisque, il s'érige en régulateur souverain de la production, soit en intervenant directement dans les rapports entre patrons et ouvriers, soit en s'arrogeant le droit de répartir lui-même les bénéfices entre le capital et le travail.

Sans doute, il n'ose pas faire cette répartition lui-même, sentant bien que ce serait tellement excessif que tout le monde s'insurgerait contre une pareille prétention; il emploie un moyen détourné, qui n'en est que plus dangereux, en se servant de l'impôt comme d'un moyen de redressement des fortunes dans le sens de ses conceptions égalitaires.

C'est de cette théorie nouvelle du rôle de l'Etat qu'est sortie la doctrine collectiviste et on a pu dire très justement que les lois en projet n'étaient que l'antichambre du collectivisme.

Voilà l'idée qu'il faut tout de suite combattre et arrêter dans ses premières manifestations, si on ne veut pas en subir les conséquences extrêmes qui seraient la ruine de l'individu et la mort de la société. [Applaudissements).

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