Annales agronomiques, 1893, t. XIX, p
Nos recherches ont porté sur 1 2 vaches de la vacherie dé l'Ecole parmi lesquelles il y en avait 5 de la race des Alpes (variété Schwitz), 5 de la race Germanique (variété Normande), 1 métisse Batavico-Irlandaise, et 1 deuxième métisse Schwitz-Flamande. Toutes ces bêtes recevaient journellement une nourriture absolument identique comme qualité et comme quantité.
Le lait fourni par chacune d'elles a été soumis à une analyse complète, l'échantillon ayant été pris pour chaque vache de la même manière et à la même heure afin d'éviter toute chance d'erreur et de pouvoir comparer d'une façon absolue les résultats obtenus.
Nous avons pu constater des écarts énormes entre les quantités de beurre contenues dans le lait de ces vaches, toutes soumises au même régime; le plus riche en contenait 5.520 pour 100, et le plus pauvre 3.062 pour 1 00, soit une différence de 2.458 pour 1 00 : le premier doit être classé parmi les laits très riches, le deuxième entre dans la catégorie des laits pauvres. Enfin sur les 12 vaches, le lait de 2 d'entre elles (2 schwitz) contient plus de 5 pour 100 de beurre; celui de 6 autres (2 schwitz et 4 normandes) en contient plus de 4 pour 100; et enfin celui des 4 dernières (1 schwitz, 1 normande, 1 métisse batavico-irlandaise, 1 deuxième métisse batavico-alpine) ne dépasse pas 3.630 p. 100.
Après avoir examiné successivement les circonstances qui peuvent avoir quelque influence sur ces écarts observés (temps de la lactation, — production journalière, — race de l'animal), nous avons été obligés de conclure que s'il n'est pas possible de nier que la richesse en beurre puisse varier sous ces diverses influences, ce n'est pas cependant dans les limites que nous avons citées plus haut et qui donnent, pour des vaches soumises à un régime identique, des différences de 2.458 pour 100 de matière grasse.
L'aptitude individuelle joue donc le rôle le plus important, et de même que dans la pratique on dit qu'une vache est bonne ou mauvaise laitière, de même on peut dire qu'elle est bonne ou mauvaise beurrière ; des signes extérieurs, appelés signes beurriers^ indiquent du reste approximativement l'aptitude que présentent les glandes mammaires à élaborer une plus ou moins grande quantité de matières grasses.
Pour résumer tout ce que nous venons de dire, nous conclurons que ce qui importe le plus pour l'agriculteur qui transforme son lait en beurre et qui a tout intérêt, par conséquent, à ce que celui-ci soit aussi riche que possible, ce n'est pas seulement l'alimentation, mais surtout le choix des animaux au point de vue de l'aptitude laitière et beurrière; c'est ce à quoi il devra particulièrement s'attacher.
II. Recherches expérimentales sur la râleur nutritive comparée des betteraves sucrière et fourragère^. — Les résultats de ces recherches ont non seulement été publiés en détail dans les Annales agronomiques, mais ils ont été l'objet d'un article spécial paru dans le Journal de l'Agriculture dans le numéro du 13 juillet 1895.
Nous ne nous étendrons donc pas sur ce sujet ; nous nous contenterons simplement de rappeler les conclusions que nous avons pu tirer de ces expériences :
1" A quantité de matière sèche, la betterave à sucre possède des
1, Annales agronomiques, 16'.*\, t. XX, p. 1^5.
qualités nutritives plus grandes que celles de la betterave fourragère, cette supériorité ayant été constatée par une augmentation plus grande du poids des animaux.
2" Celte supériorité de la betterave à sucre ne peut être due qu'à son coefficient de digestibilité plus élevé.
m. De la di(jestibilité de quelques alimenta. — Nous avons reçu au laboratoire des aliments dont quelques-uns venaient à peine d'être lancés dans le commerce et que nos correspondants nous priaient d'analyser afin d'être complètement fixés sur leur valeur nutritive. Les analyses une fois faites *, il nous a semblé intéressant d'en connaître le coefficient de digestibilité. On sait que l'on donne le nom de digestibilité à la propriété que possèdent les aliments de se laisser attaquer plus ou moins facilement par les sucs de l'appareil digestif pour pouvoir, après avoir été transformés et rendus solubles^ passer dans le sang de l'animal et être ainsi utilisés par lui à son développement corporel ou à son entrelien. La portion digérée ramenée à 100 donne le coefficient de digestibilité de l'aliment.
Or, tous les aliments ne sont pas digérés dans la même proportion ; ils ne possèdent donc pas tous le même coefficient de digestibilité et par suite la même valeur nutritive, abstraction faite de la composition chimique. Cette composition chimique, comme on le voit, n'est donc pas suffisante pour permettre d'apprécier exactement la valeur nutritive d'un aliment : son coefficient de digestibilité doit être absolument connu. 11 est tel aliment, comme par exemple les coques de cacao, dont on trouvera la composition dans un article ultérieur, que leur richesse en matières azotées devrait faire entrer dans la catégorie des aliments concentrés, et que l'on est obligé de classer parmi les aliments grossiers à cause de leur faible digestibilité.
Pour déterminer le coefficient de digestibilité d'un aliment, il y a deux manières d'opérer : ou bien on expérimente sur un animal, ou bien on soumet la matière alimentaire à la digestion artificielle qui se fait alors dans le laboratoire.
Dans la première méthode on fait ingérer à un animal, placé dans des conditions spéciales dans le détail desquelles nous ne pouvons entrer ici, un certain poids de l'aliment à expérimenter et dont on connait exactement la composition chimique. On recueille ses déjections solides, qui, après avoir été pesées, sont analysées; la différence entre la quantité de matière sèche ingérée et la quantité de matière sèche rejetée représentela quantité totale qui a été digérée.
Comme on le conçoit, cette méthode est d'une exécution longue et difficile, en même temps que très minutieuse; il faut de plus nourrir pendant plusieurs jours l'animal avec un seul et même aliment, ce qui est souvent chose impossible, tout au moins pour certains d'entre eux. Aussi emploie-t-on le plus souvent dans ce cas la méthode dite de « digestion artificielle » qui est beaucoup plus commode que la précédente avec laquelle, d'après les expériences de contrôle exécutées par Th. Pfeifîer au laboratoire de Henneberg, on arrive au même résultat.
C'est cette dernière méthode, dite méthode de A. Stutzer^, que nous
1. On trouvera le résultai de ces analyses clans un article ultérieur.
2. Landwirhscliaftlichcn versuchs-slaliônen, XXXVl Band Heft V et VI (1389), p. 3"il.
avons employée pour nos recherches. Elle consiste à placer, après l'avoir épuisée par l'éther, la substance noyée dans le suc gastrique étendu, à Tétuve à 38 degrés centigrades, en y ajoutant d'heure en heure de l'acide chlorhydrique jusqu'à ce que le liquide en contienne i pour 100. On l'y laisse séjourner vingt-quatre heures. On la filtre ensuite, puis on la remet de nouveau à l'étuve, également noyée dans du suc pancréatique alcalinisé. La substance ainsi traitée successivement par le suc gastrique et parle suc pancréatique a laissé un résidu non digéré qui a été pesé. La différence avec le poids initial a donné la digeslibilité totale. Le dosage de l'azote dans le résidu a fait connaître la digestibilité de la protéine. Ce sont là les deux choses les plus intéressantes à connaître.
Nous donnons dans le tableau ci-dessous le nom des aliments sur lesquels ont porté nos recherches et les résultats obtenus pour chacun d'eux. La composition de ces aliments sera donnée plus loin.
Coefficients de digestibilité Aliments. totale. de la protéine.
Farine de coton 77.75 80 33
Maltine 70 90 60. 12
Touraillons 42.80 f)2.26
Gluten de maïs séché 36.7rj 87.04
Tourteau de gluten 33.30 73.00
Coques de cacao 31.40 26.28
Gras de maïs 29.80 70.85
Feuilles et ramilles de chêne 20.95 33.82
Pleurage de pommes de terre 17.70 54,38
Drèchos de maïs 17 .60 62.98
L'examen de ce tableau est très concluant et fait ressortir de la manière la plus frappante l'importance qu'il y a à connaître dans un aliment, non seulement sa composition chimique, mais encore son coefficient de digestibilité. Ces deux facteurs sont absolument indispensables pour pouvoir apprécier exactement la valeur nutritive de tout aliment; aussi voudrions-nous toujours voir l'agriculteur opérer, dans l'achat des matières alimentaires destinées à ses animaux, comme il le fait maintenant et d'une façon courante dans l'achat de ses engrais, c'est-à-dire se renseigner exactement, avant de conclure un marché quel qu'il soit, sur leur richesse en éléments nutritifs et le degré d'assimilation ou de digestibilité de ces mêmes éléments.
IV. — Recherche sur F enrichissement du lait en phosphates. — La possibilité d'enrichir le lait en phosphates par l'administration, à la femelle en lactation, d'un phosphate minéral, a été affirmée par les uns et niée parles autres, mais aucune recherche très rigoureuse n'avait encore, à notre connaissance, été faite à ce sujet ; cette question présentait une importance pratique assez grande pour qu'il ait semblé utile de la résoudre d'une façon définitive et nous avons à ce sujet institué au laboratoire une recherche qui nous a donné des résultats absolument concluants.
Une des bêtes de la vacherie de l'école produisant une moyenne de 10 kilog. de lait par jour a été choisie pour l'expérience. Nous avons d'abord, par une série de dosages, déterminé la richesse moyenne de son lait normal en acide phosphorique ; puis, sans qu'il fût rien changé à son alimentation ordinaire, on lui a fait prendre le premier jour, à 3 heures du soir, 10 grammes de phosphate de soude, en
humectant le son de sa ration avec la solution du sel. Sur la traite du lendemain matin on a prélevé un échantillon de lait pour l'analyse. Les jours suivants il a été procédé de même, en augmentant seulement de 2 grammes chaque jour la dose de phosphate, jusquà ce qu elle eût atteint 30 grammes. L'expérience a été ainsi arrêtée après onze jours de durée.
Voici le tableau des faits constatés :
Acide phosphorique
Eioédeot
D<>s«s de phosphate.
Densité du lait.
dans ie lait.
d'.tci'le phosphoriqop
gr.
er. pour lOOO.
er. pour lOOO.