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DANS LA VALLÉE DE CAMPAN (HAUTES-PYRÉNÉES

III. Prairies. Pâturages. — Les prairies recouvrent dans la vallée de Campan le quart de la superficie totale et à peu près la moitié des terrains en culture. Ce dernier rapport augmente à mesure que Ton considère un lieu situé plus avant dans la montagne, où les prairies constituent la seule culture possible et vraiment rémunératrice.

Il est peu de régions en France où leur entretien soit aussi intelligemment entendu. Un syndicat établi à Campan, parfaitement organisé et fonctionnant très régulièrement, règle toutes les questions d'irriajation. Aussi, malgré les accidents de terrain, sur 1,600 hectares de prairies que possède la commune de Campan, 800 sont irrigués à l'aide de canaux dérivés del'Adour ou de ses affluents. L'irrigation ne pourra être complète qu'après la création de barrages-réservoirs dans les parties supérieures de la vallée.

Dans ces prairies la production fourragère y est plus élevée qu'en toute autre partie du Sud-Ouest; elle atteint souvent 5,000 kilog. de foin et 2,500 kilog. de regains; la moyenne est de 6,000 kilog. de produit total, ce qui constitue un rendement très satisfaisant. Ces prairies sont fumées tous les ans avec le fumier produit pendant que les animaux y pacagent. Dans celles de la vallée, on apporte la presque totalité de l'engrais obtenu dans les étables en hiver.

C'est seulement pendant celte dernière saison que les animaux consomment le foin produit. Chaque propriétaire doit donc pouvoir récolter les fourrages nécessaires pour subvenir aux besoins de son étable pendant la saison froide, soit quatre mois environ.

Durant cette période, si la neige et la gelée laissent quelques jours de répit, les vaches sont conduites à la prairie la plus voisine ; elles puisent là directement une partie de leur nourriture pendant trente à quarante jours chaque hiver.

L'alimentation au pâturage ne produit pas alors sur le rendement en lait cette influence heureuse qu'on serait en droit d'en attendre. La sécrétion des glandes mammaires cesse en effet à peu près brusquement dès que l'animal passe d'un milieu à température douce, tel que retable, dans un autre où il doit lutter contre le froid extérieur; aussi ne faudrait-il mettre à la prairie pendant l'hiver que les plus jeunes animaux qui eux ont, avant tout, besoin de mouvement et de liberté.

Dès les premiers jours d'avril, ou même fin mars, la fonte des neiges met en liberté les pâturages des coteaux. On y laisse pendant quelque temps les animaux, en attendant que la montagne soit abordable. Là, les vaches séjournent le moins possible (un mois environ), puisqu'elles se nourrissent avec l'herbe qui, dans les prés fauchables, assurerait la production du foin. Elles consomment aussi sur place les produits obtenus à la récolte précédente et qui n'ont pu être transportés à la ferme.

Une nourriture abondante contribue à augmenter considérablement la production laitière pendant toute la durée du pâturage en coteau. Kn outre, grâce à la richesse des herbages et à leurs qualités excep-

tionnelles, la teneur en matière grasse est augmentée et Ja qualité du beurre se trouve améliorée. Aussi le beurre produit en cette saison est-il plus abondant et a-t-il meilleur arôme qu'à toute autre époque de l'année.

Bientôt les animaux sont conduits aux pâturages de la haute montagne. Ces terrains sont généralement élevés de 1 000 mètres au-dessus de la vallée (cabane du Teillet) ; un sentier creusé dans le roc y donne accès. Mais, parfois, on y aboutit par une pente insensible en remontant le cours d'un des nombreux affluents, rive gauche de l'Adour (Aigue-Rouge, Empiège, Tramezaygues, etc.). Au-dessus de 1,500 mètres d'altitude, les pâturages ne présentent plus de surface assez étendue et l'accès en étant difficile, ils sont réservés aux moutons.

Les pâturages à vaches, désignés dans le pays sous le nom de courtaons ou courtails^ sont des terrains découverts, offrant des étendues variant entre 10 et 50 hectares ; le plus souvent, ils sont limités par un rideau de pins qui les abrite contre les vents. La disposition en plateau horizontal est assez rare, le pâturage occupe généralement un vallon plus ou moins déprimé et dominé à droite et à gauche par des monticules de faible élévation. Un filet deau, parfois un torrent, coule au fond du vallon, et les animaux paissant sur la rive peuvent facilement venir s'abreuver. Mais d'autres fois aussi, le pâturage est dépourvu d'eau ; alors, il faut faire entreprendre au bétail de longs voyages, chaque matin et chaque soir, pour lui permettre de se désaltérer.

La durée du pacage en montagne est de six mois (mai à fin septembre). Les animaux y vivent par groupes de cinquante à soixante, formés par la réunion de huit à dix troupeaux; ils sont placés sous la surveillance directe des propriétaires qui se relaient par deux, tantôt tous les jours, tantôt seulement une fois par semaine. Les gardiens n'ont d'autres charges que celle de faire boire le bétail et de ramener au troupeau les animaux égarés. Chaque propriétaire doit venir matin et soir pour procéder à la traite. En réalité, les vachers libres descendent à la vallée pendant le jour, afin de vaquer aux travaux des champs, et reviennent le soir à la montagne. C'est donc là qu'ils passent leurs nuits. A cet effet, ils se sont bâti chacun une cabane, en un endroit du courtail abrité contre les vents.

Ce sont des constructions basses, étroites, ayant dun côté leur toiture à niveau du sol, et couvertes de dalles imbriquées. Elles servent, malgré leur exiguïté, de logement, de cuisine, de laiterie. Létable, construite sur le même type, leur fait naturellement suite. Une porte basse, par laquelle on ne peut entrer sans se voûter, constitue le plus souvent la seule ouverture.

Parfois, cependant, l'habitation est plus spacieuse; c'est lorsque le vacher, possédant une famille nombreuse ou n'ayant que peu de biens dans la vallée, a pu amener avec lui la maisonnée tout entière ou quelques-uns de ses membres. Alors, à côté de la maison s'établit un jardin coquet où les légumes poussent en abondance. On amène avec soi un assortiment complet d'animaux de basse-cour, et on n'est par suite obligé de descendre au village que très rarement, pour renouveler les provisions de pain ou de farine.

En arrière du logement du vacher, se trouve un petit réduit servant

de laiterie : c'est là que se fait l'écrémage du lait. Dans un bac rempli d'eau, plonge un vase de cuivre de 12 à 15 litres de capacité ; à côté, d'autres vases en bois servent à conserver jusqu'au moment de la descente la crème recueillie cbaque jour. Tout y est tenu avec une extrême propreté. Dans quelques groupes de cabanes, on est contraint de mesurer l'eau avec parcimonie, les sources où on la puise étant situées à une heure de distance, et les sentiers qui y conduisent étant le plus souvent très escarpés.

Quelques pâturages, tels Artigussy, les Escloz, sont plus favorisés à ce dernier point de vue. On a pu établir là une dérivation de la rivière de Gaube, et on a créé ainsi un courant d'eau fraîche qui vient baigner les vases d'écrémage. Chacun de ceux-ci est placé dans une petite fontaine abritée contre l'eau de pluie par une construction en niche et fermée au moyen d'une lourde trappe. Le lait se trouvant ainsi dans un lieu constamment frais, échappe entièrement aux influences atmosphériques et se trouve mieux à l'abri des ferments qui le feraient tourner.

L'étable annexée à la cabane est souvent trop petite pour contenir tout le bétail. Celui-ci y rentre chaque soir, et le surplus est laissé en liberté dans une petite cour attenante aux constructions et fermée sur les autres côtés par un mur sec d'un mètre de hauteur environ.

Les animaux reposent sans litière; on ne peut en trouver d'autre que les feuilles de hêtre ou les aiguilles de pin. Encore l'administration des forêts défend-elle le plus souvent d'enlever ces produits.

Le fumier obtenu est entassé dans la cour, ou bien étendu pour être desséché au soleil. Après dessiccation, il forme une masse spongieuse, très légère, que l'on place dans des sacs pour la transporter à dos d'âne jusqu'à la ferme, ou tout au moins jusqu'au point où les routes deviennent carrossables. Mais souvent aussi, le fumier est laissé au pâturage même, et alors recueilli avec moins de soin, on le répand à proximité des cabanes. Ceci prouve déjà l'incurie et la maladresse des usagers, ces terrains surfumés ne produisant qu'une herbe grasse et peu goûtée des animaux. L'engrais serait bien mieux utilisé s'il était répandu sur une plus grande surface et de préfé)ence dans les parties du pacage où les animaux semblent se plaire le mieux. On réparerait ainsi, dans la mesure du possible, l'épuisement de ces places de prédilection, où les troupeaux se cantonnent une grande partie de la journée, soit qu'ils y trouvent une meilleure exposition, soit parce que l'herbe y est plus savoureuse.

Mais nulle part, les pâturages ne sont bien entretenus. Les deux pâtres, au lieu d'occuper leurs loisirs à la direction d'un travail utile pour leur intérêt immédiat ou pour l'amélioration du pâturage, restent pendant toute la journée paresseusement étendus sur le gazon. Aussi voit-on partout des touffes vigoureuses auxquelles les animaux n'ont garde de toucher; ce sont les places où sont tombées les bouses. Jami^i? on ne les a étendues, ni ramassées, et pourtant on transformerait ainsi, sans peine appréciable, en éléments très utiles ce qui n'exerce sur la végétation qu'un effet pernicieux.

Dans les pâturages de la colline orientale, où l'eau fait défaut, où les animaux se fatiguent en franchissant les longs sentiers qui les con-

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duisent aux sources, les pâtres devraient aménager des réservoirs. Ils pourraient assurer la boisson de leurs troupeaux, soit en détournant un ruisseau à l'aide de petites rigoles tracées suivant les lignes de niveau, soit en profitant de dépressions naturelles, au fond desquelles on établirait un bassin cimenté.

Bien d'autres améliorations seraient à réaliser. En certains lieux, des cailloux roulés tapissent le sol et nuisent au développement de l'herbe, tout en rendant sa consommation difficile pour les animaux. Ailleurs, un barrage établi sur un torrent par un rocher, détourne l'eau de son cours et la répand dans le pâturage. Là se forme un marécage où poussent les joncs et les renoncules, et où, par suite, les animaux ne trouvent qu'une alimentation de médiocre valeur.

Quelques heures de travail suffiraient pour dessécher ces terrains et " y provoquer ainsi le développement d'une bien meilleure végétation. On explique l'indolence des usagers par la situation dans laquelle se trouvent les pâturages. Ceux-ci appartiennent à la commune qui en laisse aux propriétaires la libre jouissance, sans exiger de leur part aucune redevance; elle paye même les taxes d'imposition des cabanes,

Peut-être pourrait-elle un jour, pour faire face à des difficultés financières, changer les conditions d'exploitation de ses biens communaux. Jusqu'ici rien ne permet de légitimer de pareilles craintes, et les sept ou huit vachers qui se rendent chaque année au même courtail, en vertu d'une tradition séculaire transmissible de père en fils, peuvent être rassurés à ce sujet. De même qu'ils ont construit à leurs frais les étables et les cabanes, ils pourraient, en toute sécurité, entreprendre des travaux pour l'amélioration des pâturages, certains qu'ils seraient den profiter eux-mêmes.

Avec le mode actuel d'exploitation, un hectare suffit à peine à l'entretien pendant six mois d'une bête à cornes de 400 kilog. C'est, en effet, d'un parcours de 3,500 hectares environ, que disposent, en été, les 3,000 vaches composant la population bo\ine de la commune de Campan. Il ne serait pas difficile d'obtenir des pâturages un rendement plus élevé, ni d'entretenir dans la mllée, en hiver, un plus grand nombre de têtes de bétail avec le foin des prairies.

En dépit du manque de soins, Iherbe est partout d'une finesse remarquable. La flore y est très variée, et les plantes aromatiques s'y rencontrent en grand nombre. La plus répandue est la réglisse noire, dont l'arôme délicat a plus contribué que tout autre élément à établir la bonne réputation des beurres de Campan. Elle abonde surtout aux environs de Payolle,où elle constitue la base de pâturages donnant un lait gras et à bouquet très prononcé. Malheureusement, ces terrains appartiennent à la vallée d'Aure et, en raison des distances qui les séparent de la ferme, l'exploitation du bétail ne peut y être conduite aujourd'hui qu'en vue de l'élevage. J.-Ch. Bgué,

{La suite prochainement) . Professeur départemental d'agriculture.

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