XV. — Expositio7i cr horticulture au Havre
La Société d'horticulture et de botanique du Havre organise une exposition générale d'horticulture et des industries qui s'y rattachent. Cette exposition se tiendra dans cette ville du 16 au 19 mai. Les exposants sont divisés en cinq classes : horticulteurs, agriculteurs, exportateurs, amateurs et industriels. Les demandes des places devront être adressées à M. H. Candon, président delà Société, rue d'Ignauval, 38, à Sainte-Adresse, ou aux secrétaires, MM. Horst, rue Michelet, 95, et A. Wyngaert, rue J.-B. Eyriès, 55, au Havre. Elles devront parvenir au plus tard le 10 mai.
XVL — Chemins de fer de l'Etat.
On nous prie d'annoncer que, sur la demande du Ministre des travaux publics et après avis conforme du conseil du réseau, le directeur des Chemins de fer de l'Etat a admis les agents du service actif des douanes et les forestiers, sans distinction de résidence, à bénéficier sur les lignes du réseau de l'Etat de la réduction accordée aux militaires et marins. Les agents du service sédentaire des douanes en résidence dans la région desservie par les Chemins de fer de l'Etat jouiront comme par le passé, d'une réduction de 50 pour 100. X\'IL — Concours d'animaux de boucJierie.
Plusieurs concours d'animaux de boucherie ont eu lieu la semaine dernière et au commencement de cette semaine. Nous devons reporter au prochain numéro la publication des notes que nous avons reçues sur ces solennités, dont la plupart ont eu un succès mérité.
Henry Sagnier.
Les bienveillants lecteurs qui ont bien yoliIu prêter quelque attention à ma causerie sur la Théorie et la pratique en agriculture ont compris aisément que mon but principal était d'engager la jeunesse studieuse à s'instruire sérieusement des choses agricoles avant d'entrer dans cette carrière. Aujourd'hui, pour ces mêmes lecteurs, j'essayerai de résoudre cette grave question : Qui doit faire de l'agriculture?
Tout homme intelligent, de bonne foi, celui qui veut ouvrir les yeux à la lumière est obligé de convenir que le Créateur de toutes choses en est aussi l'ordonnateur, le gouverneur, le maître absolu et souverain. L'homme, comme chaque créature, a sa place, son rôle marqué dans le drame universel de cette vie pour arriver à une fin déterminée; c'est ce que l'on appelle la vocation.
La carrière agricole est une vocation tout aussi bien que celle du médecin, du militaire, du magistrat, etc., et non le pis-aller des ignorants, des incapables; et on ne s'improvise pas plus pour l'une'^que pour les autres; il faut y être appelé et s'y préparer très sérieusement. C'est parce que beaucoup d'hommes guidés par l'ambition, la vanité, l'amour des aises, l'appât d'un gain très aléatoire, ont choisi une situation plus brillante en apparence, au lieu de suivre la voie providentielle, qu'il y a partout tant de déclassés et par suite tant de mécontents et
de malheureux. Ils sont comme le poisson hors de l'eau
Faut-il rappeler ici que l'éducation donnée dans nos écoles ne porte guère la jeunesse vers la carrière agricole? Dans beaucoup de collèges, de pensions, de lycées des deux sexes, on parle de tout aux élèves, sauf de l'agriculture. Heureux encore quand, je ne sais par quel esprit, on ne leur en inspire pas de l'horreur en ne faisant voir que les côtés désagréables, en jetant le dédain sur les gens delà campagne, que l'on traite avec mépris de paysans.
ISe devrait-on pas, au contraire, écrire et dire partout que le courageux travailleur du sol, que l'agriculteur est, après Dieu, le premier bienfaiteur de l'humanité ? X'est-ce pas lui qui nourrit toutes les classes de la société; qui fait vivre l'industrie et le commerce? N'est-ce pas lui qui donne à la patrie ses plus vigoureux défenseurs?
Mais cette utile digression semble nous éloigner de la réponse à la question : Qui doit faire de l'agriculture? Eh bien, il me semble tout d'abord que ceux à qui la Providence a donné une portion plus ou moins grande d'un territoire, que les propriétaires fonciers ont surtout le devoir de s'occuper de faire valoir ce bien-fonds. Ils n'ont, au moins, pas le droit de s'en désintéresser.
D'ailleurs, une terre ne représente-t-elle pas une valeur, un capital, et ne semble-t-il pas naturel que là où est le trésor, là aussi doit être le cœur?
En étudiant les statistiques les plus récentes, je constate avec plaisir qu'en France, sur 10,000 domaines ruraux, 7^976 sont exploités par le propriétaire ; et sur tout le territoire français on ne trouve pas moins de 2,635,000 exploitations de 1 à 10 hectares. C'est donc la grande culture qui est surtout livrée au fermage. Malheureusement un trop grand nombre de propriétaires fonciers se sont éloio-nés de leurs do-
maineseten ont confié l'exploitation à des mains plus ou moins habiles; assez souvent à des cultivateurs dont les ressources intellectuelles et matérielles étaient insuffisantes, mais qui, en travaillant énergiquement, et favorisés par des prix de vente élevés, ont réalisé des bénéfices considérables tout en payant régulièrement leurs fermages.
Cette prospérité, hélas trop passagère, a amené dans plusieurs fermes un certain luxe, une vie large ; l'argent abondait, on le dépensait aisément. L'ouvrier agricole a voulu aussi en profiter, d'autant mieux qu'il voyait son collègue de l'industrie, avec des salaires élevés, se créer des fantaisies, desnécessités dispendieuses. Aussi, en moins de trente ans la main-d'œuvre a doublé dans la plupart de nos campagnes. Si les j^roduits du sol et leur prix de vente avaient augmenté dans le même rapport, il y aurait eu compensation ; mais c'est le contraire qui a eu lieu. Les denrées similaires étrangères ayant envahi à peu près librement nos marchés à des prix inférieurs à ceux de notre production, delà trouble dansléconomie de la ferme; les bénéfices se sont changés en pertes ; par suite la crise agricole qui pèse si lourdement sur notre agriculture et qui a déjà fait tant de ruines.
De là, quantité de fermiers qui ne pouvant plus payer, ou simplement parce que c'est le courant du jour... demandent des diminutions considérables, ou à résilier, et qui finalement quittent l'agriculture. De là, grand nombre de propriétaires embarrassés de leurs domaines.
N'est-ce pas la punition méritée par beaucoup d'entre eux? Combien n'aimant pas la campagne ont regardé leurs biens ruraux comme des lieux de placement et n'ont songé qu'à en retirer des revenus dépensés à la ville, au lieu de s'occuper d'améliorations foncières, d'encourager, d'aider au moins les fermiers de bonne volonté..
L'absentéisme a été une des grandes causes de la dépréciation actuelle du sol et de beaucoup de ceux qui le possèdent. Les trop rares apparitions des propriétaires sur leurs domaines ne leur ont pas permis de prendre ou de garder l'influence morale, politique et religieuse, à laquelle ils pouvaient prétendre. D'autres tiennent leur place et usent trop souvent, hélas ! d'une influence désastreuse.
Heureusement que l'on peut signaler de très nombreuses et très honorables exceptions dans toutes les régions de la France. L'agriculture peut s'enorgueillir d'avoir plus que jamais des propriétaires agronomes qui donnent l'exemple de la fidélité au sol, du labeur intelligent et progressif dans le domaine des améliorations foncières. Leur énumération serait trop longue.
C'est l'avenir de notre agriculture nationale et l'annonce pas trop lointaine, espérons-le, de notre relèvement.
Qui doit faire de V agriculture? Ceux qui sont nés de parents agriculteurs, propriétaires, fermiers, régisseurs ou métayers et qui, ayant vécu dans ce milieu, doivent aimer cette carrière d'instinct. Ils en connaissent les méthodes et les règles comme de tradition. Ils n'ont plus qu'à les modifier selon les milieux, et appliquer leur intelligence à connaître et à se servir des découvertes des sciences naturelles et économiques nouvelles, qui ont fait leurs preuves, de faç(jn à obtenir des résultats plus lucratifs qui les attachent plus fermement à une vocation qu'ont honorée les auteurs de leurs jours. — Aux fils de cultiva-
leurs intellii^ents je dirai : Ne vous laissez pas séduire par l'éclat ou les promesses vaines d'une situation administrative, industrielle ou commerciale; restez attachés à l'agriculture après l'avoir bien étudiée; là est pour vous l'avenir et le bonheur.
Qui doit faire de F agriculture? Ouvriers ruraux, qui peut-être vous plaignez de votre pénible labeur, n'oubliez pas d'abord que tout homme doit travailler et gagner son pain à la sueur de son front; que les paresseux sont les parasites, les chancres de la Société et les artisans de leur malheur. Puis le travail au grand air est salutaire à votre santé, et votre salaire, si modeste soit-il, vous procurera plus d'aisance et de bien-être matériel et moral à la campagne qu'à la ville. ÎS' enviez donc pas le sort de vos collègues de l'industrie qui s'étiolent au sein des usines et des villes populeuses, sans profit pour eux et pour leur famille.
Qui doit faire de r agriculture? Au risque de froisser ou de contrecarrer certaines tendances ou opinions, je dis sans hésiter que tout le monde doit s'en occuper, s'y intéresser plus ou moins directement selon sa situation. Les industriels pour se rendre compte de la valeur des produits qu'ils travaillent, des procédés employés pour les obtenir; leurs rapports avec les cultivateurs doivent être fréquents et empreints de la meilleure entente et confraternité.
Ceux qui sont appelés à suivre la brillante carrière des armes doivent être en état d'apprécier parfois la valeur et le prix des denrées alimentaires pour l'homme ou pour les animaux : dans plusieurs circonstances, faire des expertises pour juger les dégâts faits par le passage ou le séjour de troupes.
Le magistrat ne peut ignorer les choses de l'agriculture et doit se mettre en mesure d'apprécier et déjuger par lui-même les différends qui peuvent surgir entre cultivateurs.
Les médecins puiseront dans l'agriculture les secrets de l'hygiène rurale, la propriété des plantes dans lesquelles Dieu a mis le remède à beaucoup de maladies, etc.
Le prêtre, surtout celui appelé à vivre au milieu des populations de nos campagnes, doit connaître l'agriculture.
C'est elle qui lui donnera une grande influence pour exercer son salutaire ministère. Un ou deux ans consacrés à cette étude lui rendront bien plus service que le même temps employé à étudier quelques cas de théologie qu'il n'aura peut-être jamais occasion d'appliquer.
Je le répète, les hommes intelligents, instruits, même ceux dont la carrière semble les éloigner de l'agriculture, devraient en avoir au moins des notions exactes. Son étude devrait être le complément, le couronnement de toutes les autres.
Des essais sérieux sont tentés dans ce sens : espérons que les bons résultats s'en feront bientôt sentir, et alors nous n'aurons plus tant à chercher en vain des hommes capables de défendre nos intérêts dans les assemblées délibérantes et de remplacer des gens qui n'en connaissent pas le premier mot. Alors nous pourrons avoir notre Chambre d'agriculture, comme la Chambre de commerce ; alors on comptera avec nous et notre voix sera enfin entendue.
Nous appelons ce moment de tous nos vœux. Frère Antonis,
Sous-directeur de l'Institut agricole de Beauvais»