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II. — Cette bonne voie, quelle est-elle

En agriculture les méthodes toutes faites, les nouvelles comme les anciennes, ne valent rien; telle qui réussit à l'ouest, manque à l'est. Chacun doit rester maître chez lui et, tout en profitant des leçons d'autrui, se faire un évangile particulier.

r.^La tâche n'est pas facile assurément; mais la fortune n'a jamais beaucoup ébranlé la porte du dormeur et, dans cette fin de siècle, ce genre d'événement est tout à fait improbable.

La première préoccupation de l'agriculteur moderne doit être d'obtenir la solution d'un problème devenu classique : avec le minimum de frais, réaliser le maximum de rendement.

Le blé vaut de 12 fr. 50 à 13 francs l'hectolitre; il coûte environ 15 francs; l'opération est détestable. Pour qu'elle redevienne bonne, il faut que l'un des termes change. Le producteur n'a pas le pouvoir de modifier le premier. D'ailleurs, qu'il se persuade, si non pour toujours, le bas prix du blé est un fait acquis; la force brutale des choses lèvent ainsi. Mais le producteur peut diversifier le second terme par une meilleure préparation desguérets, par le choix judicieux des semences, par le traitement normal des fumiers naturels, par l'emploi raisonné des engrais chimiques.

Les bêtes à cornes et les porcs fournissent encore de beaux bénéfices. Il s'agit alors d'en multiplier le nombre et de les garder le moins longtemps possible. Arrière donc les vieilles races locales abâtardies, longues agrandir, dures à engraisser; arrière les antiques méthodes de nourriture basées sur un foin maigre et sur une paille rugueuse. En avant les reproducteurs sélectionnés, les cultures fourragères artificielles dont la variété se prête à tous les sols et dont l'emploi remplit des terres autrement inoccupées en pure perte.

On trouvera peut-être étrange de prêcher le développement de la production après avoir constaté que le monde souffrait déjà de surpro-

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duction, et l'on raisonnera volontiers comme ce paysan qui tout en marchant dans la voie progressive disait : « Nous travaillons tous à notre malheur ».

Idée fausse; car si l'on ne travaille pas soi-même à son malheur, d'autres y travaillent. L'encroûté n'arrêtera pas le soleil; s'il continue à ne mener au marché que vingt sacs de blé et quatre bœufs, il n'empêchera pas ses voisins de vendre trente sacs et six bœufs, surtout il n'étouffera pas l'essor des nations étrangères et des pays neufs.

C'est une fatalité des temps modernes; les prix baissent parce que l'on produit davantage, parce que le bien-être gagne de plus en plus, parce qu'une foule de denrées qui étaient de luxe jadis, sont devenues de consommation courante. Cela constitue le progrès et l'on ne peut pourtant pas condamner le progrès, ni ses conséquences sociales, pas plus qu'on ne peut préconiser, comme remède, le retour aux rendements d'autrefois et à la famine périodique.

D'ailleurs, le malaise par trop de production résulte d'un manque d'équilibre ; il est transitoire. L'agriculteur n'a pas à craindre d'atteindre tout de suite le maximum de consommation des peuples; la France même ne se suffit pas encore tout à fait à elle-même pour le froment. La marge est grande. Seulement nous sommes dans une période où les divers éléments sont mélangés, mais point combinés. Le calme et la sécurité se feront à la longue, mais il faut que l'agriculteur s'habitue au bas prix et qu'il remplace la cherté en moins par la quantité en plus.

Les pays autrefois qualifiés de gr^ande culture ont particulièrement souffert parce qu'ils étaient spécialisés sur un seul genre et qu'il leur a été impossible de se soustraire aussitôt à l'impulsion de longue date acquise. La terre s'y croyait une mission immuable et les esprits un sacerdoce providentiel.

Les pays de l'Ouest, moins riches cependant, moins perfectionnés, mais habitués de temps immémorial à une culture variée, se défendent mieux aujourd'hui et se sont retournés plus vite. Leur exemple est à méditer.

Les grands magasins où sont ouverts cent comptoirs différents, qui vendent des étoffes et du papier, des meubles et des vêtements, de la dentelle et des casseroles, triomphent, tandis que végètent les boutiques spéciales. Les exploitations qui sauront faire ensemble des céréales et du bétail, des pommes ou du vin, des plantes fourragères et des racines, qui pourront vingt fois par an conclure une opération, tantôt sur une chose, tantôt sur une autre, domineront celles où, pour vendre, il faut attendre six mois, un an, la réalisation d'une seule affaire.

Si l'agriculture doit viser aux grands rendements, elle doit aussi s'efforcer de devenir industrielle, de perdre, dans la mesure compatible avec les lois de la nature, une immuabilité commode pour justifier la routine, enfin, d'acquérir une partie de cette mobilité dont la vie toute entière est douée maintenant.

Les partisans du crédit agricole, du moins certains d'entre eux, réclament l'assimilation du cultivateur au commerçant ; leur théorie est dangereuse et le sera toujours, mais avant d'en poursuivre l'application qu'ils commencent par demander au cultivateur des opérations un peu plus rapides.

DEVOLUTION AGRICOLE.

Pour se conformer à Y évolution agricole pas n'est besoin, du reste, de mettre en œuvre un gros capital ni de recourir à un crédit considérable. La petite propriété, comme la grande, peuvent opérer à coup sûr avec des fonds proportionnés à leur importance et toujours minimes. Sans doute, elles ne transformeront pas du premiei' coup, les étables, les champs, la nourriture, l'assolement, le matériel; ce n'est pas nécessaire, la plupart du temps ce serait malheureux. Elles procéderont petit à petit, s'engraissant avec leurs propres forces, de même qu'un capital infime s'enfle à lui seul par le jeu des intérêts composés.

Chacun restera donc juge de la bonne voie quant à ses détails, à la condition d'admettre et de pratiquer ces deux principes :

1° Renoncer à la cherté des denrées, par suite consacrer tous ses efforts à modifier la proportion entre le chiffre des dépenses et l'alDondance des récoltes au profit de cette dernière.

2° Varier les produits, multiplier les opérations, se mobiliser autant que possible. Baron S. de la Bouillerie.

Le Journal a décrit le plus grand nombre des modèles d'appareils imaginés pour la plantation mécanique des pommes de terre. Il y a là un problème dont la solution est assez délicate, et qui préoccupe à bon droit les constructeurs. L'an dernier, nous avons signalé une planteuse

Fig. 42. — Planteuse de pommes de terrC; du système L'ajac.

de pommes de terre, construite par M. Bajac, ingénieur-mécanicien à Liancourt (Oise), et qui permet de planter les tubercules à des distances rigoureusement égales, ce qui est le point capital dans la construction des appareils de ce genre.

Cette planteuse a subi, depuis un an, quelques heureuses modifications. Le principe de la construction est toujours le même. Le bâti, porté en avant sur un avant-train à deux petites roues, et en arrière sur une paire de roues motrices, soutient une caisse qui renferme les tubercules et un siège pour l'ouvrier chargé de la distribution. Celle-ci se fait dans un tambour, qui tourne sur le même essieu que les roues motrices et qui est garni, aux extrémités de deux diamètres perpendi-

culaires l'un à l'autre, de quatre alvéoles dans lesquelles tombent les tubercules. Ceux-ci tombent naturellement, par la marche même de l'appareil, dans un sillon ouvert par un petit soc qui ouvre une raie en avant de l'instrument, et ils sont recouverts par l'action de deux rasettes qui, en arrière, rejettent la terre dans la raie.

Il est inutile d'ajouter que cet instrument se recommande par le soin qui a présidé à la construction, ainsi que par la facilité avec laquelle on peut le diriger. L. de Sardriac.

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