A LA RÉPUBLIQUE ARGENTINE
Mme Grollier nous transmet la traduction d'un article paru dans la Prensa le 14 février dernier, à Buenos-Ayres, en nous priant de lui donner une place dans le Journal de V Agriculture.
Le Times, de Londres (6 janvier 1896) dit à ce sujet : « La demande qui nous est faite par la République Argentine en reproducteurs de races bovine et ovine, pour améliorer ses propres races, mérite une sérieuse attention de la part des éleveurs anglais. Nous devons à M. Heribert Gibson, commissaire agricole de la province de Buenos- Ayres et membre d'une raison sociale qui s'occupe de l'importation et de l'exportation des bestiaux vivants, quelques observations qui ne sont pas sans intérêt pour nos éleveurs.
« Il n'existe peut-être pas actuellement, dit M. Gibson, un marché meilleur que celui de la République Argentine, pour l'éleveur anglais, producteur de taureaux et de moutons de première classe, et la présence des acheteurs argentins sur les marchés anglais, a causé une grande augmentation dans le prix des reproducteurs destinés aux pays producteurs de viandes.
« En 1894, l'exportation faite pour la République Argentine de bestiaux sur pieds, a été d'une valeur de 30,000 livres sterling dont 50 pour 100 du total, pour le Royaume-Uni. L'année 1895 se signale par une augmentation marquante et pour certaines races comme les shorthorns et les moutons lincoln, la Répuplique Argentine représente 80 pour 100 de la totalité des achats faits pour l'étranger.
« Jusqu'au 30 septembre, sur 171 certificats de taureaux et 41 de vaches et veaux expédiés par la Société Shorthorns pour l'exportation, 154 taureaux et 23 vaches furent exportés pour la République Argentine ; parmi les premiers : Count Victor, premier prix de sa classe au Royal cattle show de Darlington; Sir Lucius Studley et beaucoup d'autres taureaux parmi les plus remarquables de l'année.
« En moutons lincoln, la République Argentine a été l'un des meilleurs clients et a pris la plus grande part des reproducteurs ovins.
« Elle a acheté en plus, des hereford, des aberdeen angus et des lincoln shorthorns en bovins et des romney marsh, leicester, devon longwool (longue laine), oxford-down et shropshire.
« Il y a un véritable désir, chez les producteurs, d'améliorer leurs troupeaux pour augmenter la production de la viande et de la laine, ce qui permettrait de donner un élan nouveau et important à l'exportation des bœufs et des moutons vivants qui seraient vendus aux abattoirs d'Angleterre.
« Ce commerce qui ne se fait que depuis cinq ans a pris un développement rapide, au point que la République Argentine occupe la troisième place comme pays exportateur de moutons. Cette augmentation se trouve démontrée par les chiffres suivants, dans les sept mois qui se terminent aux dates ci-après :
Importation de la République Argentine.
Bœufs. Moutons.
Le 30 novembre 1893 6,766 21,690
Le 30 novembre 1894 9,131 69,608
Le 30 novembre 1895 35,813 290,108
Les demandes de bœufs et de moutons de qualité et de poids nécessaires pour le commerce d'exportation, ont attiré l'attention des éleveurs argentins sur la nécessité de s'occuper de l'engraissement des bêtes. Le poids minimum est de 90 à 95 stones (326 à 344 kilog.) par bœuf pour l'exportation et de 8 et demi à 9 stones (30 kil. 850 à 32 kil. 600) pour les moutons. Les animaux bien conformés de cette classe valent de 7 à 8 livres sterling (175 à 200 francs) pour les bouvillons et 10 à 12 livres sterling pour les bœufs, pris à la propriété.
D'un autre côté, les entrepreneurs de salaisons, le fabricant de bœuf salé et la consommation locale ne payent que 2 livres 1 0 shillings (62 fr. 50) à 3 livres (75 francs) par bœuf moyen, de sorte que ceux qui, parleur poids ou leur qualité, ne conviennent pas pour l'exportation, vont au marché de Buenos-Ayres ou aux glacières, au prix de 6 à 7 shillings soit pour moitié du prix qui se paye pour l'exportation. Cette différence de prix entre ces deux classes d'animaux est une cause assez puissante pour que les éleveurs comprennent la nécessité d'avoir chez eux de bons reproducteurs, car cela augmentera, sans aucun doute, l'exportation des races bovine et ovine.
Faisant allusion aux opinions émises par M. Gibson, le Times fait l'éloge de trois taureaux présentés à la dernière exposition delà Société rurale, par M. Fages qui a obtenu le prix Champion avec le taureau Gova)i\ âgé de 36 mois et pesant 1 ,063 kilog.
Le type que M. Fages est parvenu à fixer, a son origine dans la reproduction française et se distingue par ses pattes courtes et charnues qui corrigent un défaut de l'élevage anglais, défaut qui portera grand préjudice aux éleveurs de l'Angleterre, s'ils ne s'occupent pas d'y porter remède.
Si les Français étaient plus entreprenants, ajoute le Times, et s'ils osaient envoyer des lots de shorthorns au Rio de la Plata, ils arriveraient très probablement à dominer le marché avec leurs produits.
Il est d'opinion générale, en Angleterre, que le shorthorn français est supérieur en beaucoup de points au durham anglais et il n'y a aucun doute à admettre que M. Fages a caractérisé le type qui convient le mieux aux conditions actuelles des marchés de l'Europe.
Le hereford perd, à la République Argentine, toute sa popularité, parce que les bouchers et les exportateurs ont remarqué l'infériorité de la viande de cette race. Par contre, le polled angus trouve beaucoup de partisans et passe en première ligne dans les diverses variétés de viandes.
1. Govan est fils de Roami-Séinélé, né à la MoUe-Grollier et acheté par M Fa^-es en seotembre 1889. . " ^
Il convient de faire ici une importante observation, à savoir : que pour la boucherie, l'engraissement s'obtient en général par le croisement de deux races. Mais à l'Argentine, les reproducteurs des. races anglaises ont été employés pour le croisement avec les races indigènes ordinaires du pays d'un développement très lent. Il est donc indispensable d'éliminer ce sang maternel et d'importer le durham, bereford, polled angus ou autres sangs purs déjà améliorés. C'est après que cela aura été fait, qu'il conviendra de faire des croisements de diverses races ou variétés, mais l'élevage des bestiaux n'en est pas encore là et chaque race est jugée par ses propres mérites.
En ce qui concerne les races ovines, celle qui est la mieux acceptée, par les éleveurs de l'Argentine, est celle de lincoln à longue laine, généralement adoptée depuis 1882 ou 1883, lors de la baisse des laines mérinos.
A la création de l'industrie delà viande congelée, vinrent se joindre des conditions climatériques qui firent surgir cette race. L'exportation des moutons sur pied fit accentuer la demande des reproducteurs lincoln, mais la question des toisons, à l'Argentine, est une question de grande importance qui est à l'étude, et quoiqu'il ait été reconnu qu'elle a fait déjà de grands progrès, il est regrettable cependant, qu'un nombre de reproducteurs lincoln, exportés à la République Argentine, aient leur toison aussi irrégulière, trop épaisse sur les côtés, les pattes peu couvertes de laine et la fibre inégale, avec tendance à dégénérer en cheveux.
Le fait de ce que les troupeaux argentins, d'origine anglaise pure, race lincoln, ont une toison plus douce que celle des reproducteurs, doit être attribué à l'influence du climat et à l'alimentation des animaux dans les pâturages et aussi peut-être au supplément de nourriture de luzerne, qu'on leur donne en hiver. Il est bien certain que ces animaux ne peuvent pas rivaliser ni en poids, ni en grandeur, avec ceux d'égale classe, nés en Angleterre et il paraît que la qualité obtenue dans leur laine l'est au détriment de la viande.
En vue du développement que prendrait l'exportation des reproducteurs, si les éleveurs anglais, qui connaissent les exigences du marché argentin, donnaient toute leur attention à former des animaux ayant de bonne laine, ils seraient dans le droit d'espérer que ce commerce prendrait une plus grande extension.
Le Romney March, Leicester, Cotswold et le Dewon ont été aussi exportateurs pour la République Argentine pendant la dernière saison. Le type de laine longue qui prédomine, entraînera probablem.ent les éleveurs à suivre le même chemin que leurs concurrents d'Australie et de la Nouvelle-Zélande en faisant le croisement du shropshire avec le Dewon : ceci se pratique dans le Nord de la province de Buenos- Ayres et à Santa-Fé où la luzerne se cultive pour l'alimentation des troupeaux. Les moutons de ce/îroisement sont très appréciés pour l'exportation.
Il convient aux éleveurs d'Angleterre de suivre l'évolution qui, dans le sens indiqué, s'opère à l'Argentine ; un pays dans les conditions de celui-là, qui doit augmenter constamment sa production de viande, est un facteur des plus importants pour l'industrie anglaise qui a,
dans la République Argentine le meilleur et le plus important marché pour la vente de ses reproducteurs.
L'importance de ce commerce doit être prise en considération et doit être étudiée bien sérieusement.
En septembre prochain, doit avoir lieu l'exposition de la Société rurale argentine et il ne serait pas sans intérêt pour les éleveurs de shorthorns et autres races, observe M. Gibson, d'envoyer quelques produits à cette exposition; ils s'attireraient ainsi les sympathies des éleveurs de l'Argentine ; cela serait en même temps utile au pays et servirait évidemment à ouvrir un large chemin aux affaires de convenances réciproques.
I. — Décret fermant un certain nombre de bureaux de douane ouverts à l'importation et au transit des animaux et des viandes fraîches.
Le Président de la Répubhque française,
Sur le rapport du Ministre de l'agriculture,
Vu la loi du 21 juillet 1881 sur la police sanitaire des animaux;
Vu le décret du 22 juin 1882, portant règlement d'administration publique pour l'exécution de ladite loi ;
Vu l'article 4 de la loi du 5 juillet 1836 ;
Vu la loi de finances du 9 avril 1878;
Vu les décrets des 6 avril et 13 juillet 1836, 23 décembre 1884, 30 mai 1885 et 3 janvier 1889, déterminant les bureaux de douane ouverts à l'importation et au transit des animaux des espèces chevaline, asine, bovine, ovine, caprine et porcine ;
Vu les articles 2 et 3 de la loi du 5 avril 1887, établissant à la frontière un service d'inspection sanitaire des viandes fraîches abattues provenant de l'étranger;
Vu le décret du 26 mai 1888, portant règlement d'administration publique relativement à l'entrée en France des viandes fraîches abattues provenant de l'étranger ;
Vu le décret du même jour, déterminant les bureaux de douane ouverts à l'importation des viandes fraîches;
Considérant que les importations d'animaux et de viandes fraîches sont devenues presque nulles par les bureaux de douane de : Hirson (Aisne); Signy-le-Petit, Gué-d'Hossus, Matton, Hautes-Rivières (Ardennes) ;Hussigny, Beuvillers, Audunle-Roman, Auboué, les Ménils, Létricourt, Arracourt et Biamont (Meurthe-et- Moselle) ; Vauthiermont, la Ghapelle-sous-Rougemont, Ghavannes-les-Grands (territoire de Belfortj ; Bagnères-de-Luchon (Haute-Garonne) et Saint-Lary (Hautes- Pyrénées) ;
Vu l'avis du comiyé consultatif des épizooties, — Décrète :
Article premier. — Les bureaux de douane de : Hirson; — Signy-le-Petit, Gué-d'Hossus, Matton, Hautes-Rivières; — Hussigny, Beuvillers, Audun-le- Roman, Auboué, les Ménils, Létricourt, Arracourt, Biamont; — Vauthiermont, la Ghapelle-sous-Rougemont, Ghavannes-les-Grands ; — Bagnères-de-Luchon et Saint-Lary, cessent d'être ouverts à l'importation et au transit des animaux des espèces chevaline, asine, bovine, ovine, caprine et porcine, et des viandes fraîches abattues admissibles en France après vérification de leur état sanitaire.
Art. 2. — -Le Ministre de l'agriculture, le Ministre des finances et le Ministre du commerce, de l'industrie, des postes et des télégraphes sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent décret, qui aura son effet à partir du 15 avril 1896.
Fait à Paris, le 16 mars 1896. Félix Faure.
II. — Loi du 31 mars 1896 relative au régime des amidons et des glucoses.
Le Sénat et la Chambre des députés ont adopté,
Le Président de la République promulgue la loi dont la teneur suit :
Artic[.e premier. — Le tableau A du tarif général des douanes est modifié ainsi qu'il suit :
Les 100 kilogrammes.
Chapitres. Matières. Tarif général. Tarif minimum
78 bis. Sagou, salep, fécules exotiques et leurs dérivés... 11 fr. 9 fr.
318 Amidon proprement dit 22 fr. 18 fr.
319 ter. Dextrine et autres produits dérivés des fécules, des
amidons ou d'autres amylacées non dénommées. 19 fr. 16 fr. 50
Art. 2. — Il sera perçu à l'entrée en glucoserie un droit de quatre francs (4 fr.) par 100 kilog. d amidine sèche et par 150 kilog. d'amidine verte.
Sont exemptes de ce droit les amidines dont les fabricants justifieront en due forme qu'elles ont été produites avec des blés, des seigles, des orges ou des riz.
Art. 3. — L'admission temporaire est accordée aux maïs et aux orges employés à la production des glucoses massées ambrées destinées à l'exportation.
Disposition transitoire. — Art. 4. — Sont exemptes du droit prévu à l'article 2 les amidines prises en charge dans les glucoseries dans la huitaine de la promulgation de la loi et celles provenant de maïs et d'orges dont l'achat dûment justifié remontera à une date antérieure au 15 janvier 1896.
Par décret rendu sur la proposition du Ministre de l'agriculture et par arrêtés en date du 21 et du 25 mars 1896, la décoration du Mérite agricole a été conférée aux personnes ci-après désignées :
1° Grade d'officier :
M. BoiN'OT (François), cultivateur à Saint-Gelais (Deux-Sèvres) : lauréat de nombreux concours; 40 ans de pratique agricole. Chevalier du 29 juin 1887.
2" Grade de chevalier :
MM. BiLLON (Raoul), chef de division à la préfecture des Deux-Sèvres à Niort : services rendus à l'agriculture dans sa région; 26 ans de services.
BARRELLE(Paul), agricultcur à Niort (Deux-Sèvres) : président de la société d'horticulture de Niort.
ViEN (Alexandre), cultivateur à Breloux (Deux-Sèvres) : membre du jury de divers concours agricoles. Autour de nombreux articles intéressant l'agriculture ; 26 ans de pratique agricole. "Mounier (Ulysse), conseiller d'arrondissement : vice-président du comice agricole de Frontenay- Rohan-Rohan (Deux-Sèvres).
Brisson (Léon-Biaise), propriétaire agriculteur, à Rouffiac (Charente-Inférieure) : plusieurs premiers prix pour l'élevage des chevaux. Diplôme d'honneur à l'exposition de Bordeaux pour ses eaux-de-vie. Reconstitution de vignobles; 40 ans de pratique agricole.
Charmont (Jules-Etienne), pépiniériste à Màcon (Saône-et-Loire) : a contribué^ par ses recherches et ses essais sur plants greffés, à la reconstitution des vignobles de la région.
Prouté (Lucien), président de la société de secours mutuels l'Union de la charcuterie.
CONCOURS AGRICOLES D'AUDRUICQ
Des concours d'animaux reproducteurs et d'animaux de boucherie, organisés ar le Gomice agricole d'Audruicq (Pas-de-Calais), ont eu lieu, dans cette ville, e dimanche 22 mars, sous la présidence de M. le sous-préfet de Saint-Omer.
Les bovidés présentés étaient très nombreux, et, certains d'entre eux, véritablement remarquables, figureront dignement, à côté de leurs congénères du département du Nord, dans le prochain concours spécial de la race ilamande. Les efforts persévérants de leurs producteurs méritent d'être encouragés.
77 récompenses ont été décernées dans les différentes sections du concours de l'espèce bovine^ dont 45 pour les reproducteurs et 32 pour les animaux gras. MM. Arthur Garon, Decrombecque, le vicomte de Noyelles, Limousin-Waguet, Guise, Tricot, Gostenoble, Aimé Tellier, Gadart et Félix Robbe, ont obtenu les premiers prix.
Plusieurs lots de valeur (lots de quatre sujets) se disputaient les prix d'ensemble; les lauréats ont été MM, Emile Limousin, Decrombecque, Léon Hédoire, et Mme Vve de Noyelles.
L'espèce ovine recevait 12 prix. Les sujets de MM. Noël, Waché et Schotsmans ont été classés aux premiers rangs.
MM. René Ammeux, Baey et Louis Noël remportaient les premiers prix dans le concours de l'es^^èce "porcine (18 récompenses). Mais pourquoi les verrats et truies anglais ou croisés anglais sont-ils seuls admis dans ce dernier concours? Les raisons qui nous ont été fournies sur ce point nous ont paru peu convaincantes. On nous permettra peut-être de rappeler que la France possède, elle
CONCOURS ACRICOLE D'AUDRUICiJ. 551
aussi, d'excellentes races de porcs, d'une grande précocité, et dont la viande répond, beaucoup mieux que celle des sujets anglais, aux besoins de la consommation locale. Rien ne semble donc justifier l'exclusion dont elles sont l'objet dans quelques concours agricoles. Ne devrions-nous pas, au contraire, poursuivre avant tout et encourager directement l'amélioration de nos bonnes races indigènes? Nous le croyons.
Une réunion très nombreuse d'acçriculteurs a suivi le concours d'Audruicq. M. Garon, président du syndicat agricole, après avoir parlé de l'état actuel de la culture et de l'élevage, a prié AI. le sous-préfet de transmettre au Gouvernement les revendications de tous. M. d'Arton a exposé ensuite, de façon très beureuse et avec une grande précision, la question du bimétallisme : la solution de cette question capitale, a conclu l'orateur, est le seul remède véritable à la crise si lourde et si menaçante qui sévit sur l'agriculture, particulièrement dans la région du Nord. J. Troude.
L'utilisation des accotements des voies de communication a plusieurs fois occupé les collaborateurs de ce recueil.
L'agriculteur, l'économiste, soucieux d'accroître la fortune publique voient à regret ces longues bandes, devenues inutiles à la circulation diminuée, rester en partie improductives.
Les autres branches de l'activité de l'homme singénient sans cesse pour créer des valeurs nouvelles d'objets autrefois délaissés.
Le mouvement des transports se concentrant de plus en plus sur les voies à traction économique et rapide, il est bon de chercher un emploi aux surfaces abandonnées.
Le problème mérite l'attention de l'agriculteur. La préoccupation n'est pas la même pour tous ; les moyens diffèrent. Pour certains, le domma2:e apporté aux cultures riveraines par les projets de boisement sont supérieurs aux avantages promis. L'hésitation n'est plus permise. Après avis demandé aux Sociétés, Comices agricoles, après sans doute opinions conformes émises par les ingénieurs auxquels incombe la construction, l'entretien économique, la facile circulation des voies de communication, la plantation a été maintenue. C'était une tradition, non une innovation.
Dès longtemps, les administrateurs du domaine public avaient décrété la mise de l'arbre surles accotements des voies de communication.
Leur sollicitude avait été grande, couronnée du reste par les plus merveilleux résultats. Quelques lambeaux de ces voies triomphales, avenues, dômes de verdure, signalant au voyageur l'approche de la grande ville existent encore. A leur défaut, la mémoire de plusieurs rétablit la magnificence du panorama.
Les états du Languedoc déployaient tous les moyens pour assurer la réussite de leurs plantations. Non seulement, une commission directrice et de surveillance était formée par les membres de leur réunion, que le système de culture de leurs domaines, leurs travaux, leurs études avaient initiés aux difficultés, ils doutaient d'eux-mêmes.
Un arboriculteur de Paris ou de Versailles, signalé à leur choix par quelque œuvre connue, était mandé pour apporter son expérience.
On doit à leur présence la création de quelques pépinières très anciennement établies autour de Toulouse.
^ Ils savaient que les arts agronomiques rayonnent, qu'il est bon d'aller à la source, fait à noter qui témoigne de l'intelligente timidité
de nos aïeux. L'administration du canal des deux-mers eut recours aux mêmes moyens pour établir en bordure ces allées qui charment la vue par les méandres qu'elles décrivent à travers plaines et vallons.
Aujourd'hui, on confierait sans hésitation la conduite de ces travaux à l'ouvrier ayant quitté hier la charrue : tout doit venir à souhait, sans recherche d'essence ou autre, dans ces terres récemment amoncelées provenant du creusement.
On serait mal venu à critiquer leur mode de faire. Puisque Ion alio-ne des arbres le long des routes, comme aux temps passés, il peut être utile de rechercher dans leur établissement tous les avantages qu'il est possible d'en retirer, peut-être ignorés de ceux qui en eurent l'idée
première.
Les uns voient dans la plantation œuvre d'utilisation d'un sol enlevé à la culture sans emploi aujourd'hui, production ligneuse alors que nous demandons annuellement à l'étranger 200 millions de bois pour divers usages. La beauté du paysage, les harmonies météorologiques créées, favorisées par ces masses de verdures, chaussées, digues destinées à rompre la vague aérienne, à atténuer la violence du choc sur les cultures de la plaine. N'y aurait-il pas sécurité de multiplier ces paratonnerres, agissant sans cesse sur l'électricité de l'atmosphère?
D'autres attendent un résultat plus immédiat. C'est l'arbre fruitier qui devrait sillonner les routes. Le pommier, le poirier, le prunier, lamandier, selon les aptitudes du sol^ du climat, étaleraient leurs rameaux chargés de fruits. C'est bien le cas de dire locus régit actum.
En certaines contrées, nous avons des indices du sort réservé à ces plantations fruitières. L'état de dépérissement et d'abandon vient du passant qui mutile l'arbre pour le plaisir de le mutiler. Il y aurait une leçon à donner sur le respect de la propriété communale ou autre.
Le charretier, dans une pente rapide, pour en faciliter l'ascension, laisse son cheval décrire des courbes, malheur à l'arbre s'il se trouve dans l'amplitude du lacet, il est blessé à mort. Problème à résoudre : lutte contre l'insouciance du charretier.
A ces premières démonstrations d'enseignement, il est facile d'en joindre d'autres dont l'importance n'échappera à personne.