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SG

Tôô

[Fig. 48. — Betterave rose Corne-de-Bœuf.

Si les betteraves sont très aqueuses et peu riches en éléments nutritifs, elles sont par contre très digestibles et comme il n'y a réellement d'éléments utiles que ceux qui sont assimilés, on peut leur assigner, à matière sèche égale, une valeur bien supérieure aux foins et aux fari-

neiix. « Le coefficient de digestibilité des matières alimentaires contenues dans les betteraves est t'i^ès élevé, dit Wolff. Des expériences faites à Hohenheim sur des moutons ont montré qu'une ration, même très forte, en racines était digérée dans la proportion de 98 pour 100 delà quantité totale pour les corps extractifs non azotés. »

Nous devons cependant faire une restriction pour les matières azotées qui s'accumulent souvent dans la betterave sous forme de nitrates et d'amides en quantité considérable. Ce fait se produit surtout avec des

Fig. 49. — Bellerave rose longue.

Fig. 50. — Betterave jaune Golden-Tankarcl.

Betterave rose du Nord améliorée.

sols très ricbes de vieilles fumures, sur des sols purmés, arrosés avec des eaux d'é^^out ou fumés trop copieusement au nitrate de soude ou au fumier delerme. Dans ces conditions les nitrates absorbés en grande quantité dans la période automnale n'ont pas le temps de se transformer et s'accumulent tels quels dans la betterave. A ce sujet Wolfî écrit encore : « Dans la betterave fourragère la proportion de substances albuminoïdes proprement dites ne dépasse guère le tiers de l'azote total, tandis que les amides et les nitrates dépassent souvent 60 pour 100; c'est ce qui explique que l'effet produit par une ration de betteraves

n'est pas proportionnel à la quantité d'azote élémentaire contenue dans la racine. »

Mais à part l'azote, les autres éléments sont facilement digérés. Cette grande puissance d'assimilation tient surtout à la forte proportion d'eau de constitution et à la faible quantité de gangue, de matière inerte, de matières cellulosiques. Pour corriger l'excès d'eau des betteraves, il faut toujours les associer à des fourrages secs, à des fourrages fibreux desséchés. La paille et le foin hachés, les balles de céréales, mélangés aux racines découpées, constituent de très bons aliments. De plus ces fourrages ligneux voient leur cellulose brute digérée dans

Fiar. 52 — Betterave de Vauriac.

Fig. 53. — Betterave rose des Ardennes,

une plus large mesure, leur coefficient de digestibilité se trouve élevé rien que par leur association à des racines aqueuses qui les ramollissent et leur cèdent de leur eau de constitution.

Les betteraves fourragères favorisent la production du lait, elles veulent être réservées surtout aux vaches laitières lorsque la vente du lait a lieu en nature, mais elles conviennent peu pour les bêtes à l'engrais. On ne doit les donner non plus qu'en faible quantité aux bêtes d'élevage et aux bœufs de travail, afin de ne pas leur faire ingérer trop d'eau qui augmenterait les sécrétions et les déperditions. Il faut encore garder certaine mesure dans leur distribution aux vaches lai-

tières ; à notre avis on ne devrait guère dépasser la quantité de 1 5 kilog. pour 500 kilog. de poids vif^ afin d'atténuer les effets débilitants de cette nourriture.

En raison de l'élévation de leur coefficient de digestibilité, les betteraves ne gagnent guère à être données cuites.

Si nous tenons compte de l'analyse chimique et des rendements que nous avons notés dans nos champs d'expériences, nous nous permettons de recommander particulièrement les variétés suivantes : l'ovoïde des Barres, la géante de Vauriac et la rose des Ardennes. Nous ne préconisons les globes que dans certains cas particuliers, alors que le sol manque de profondeur.

La betterave rose des Ardennes est issue de l'ancienne betterave sucrière à collet rose; nous la préférons à la Mammouth dont elle égale presque le rendement. C'est aussi une betterave de distillerie et à ce titre son coefficient de digestibilité est supérieur à celui des autres betteraves fourragères. Les expériences de M. Paul Gay, répétiteur de zootechnie à Grignon, ont mis ce fait en évidence.

Aussi nous ne craindrons pas à l'avenir de la préconiser préférablement à la Mammouth et de conseiller pour sa culture un espacement un peu moins grand qu'on est dans l'habitude de le faire, Om. 65 entre les lignes et Om. 45 sur la ligne au lieu de 0 m. 75 et 0 m. 55, afin d'augmenter le nombre des racines, la quantité des matières sèches, de réduire le volume et avec lui l'accumulation des nitrates de potasse dans la racine *. Denaiffe,

à Carignan (Ardeanes).

Bulletin du 1" trimestre 1896.

Agriculture et horticulture. — On sait depuis longtemps déjà, à la suite de nombreuses remarques qui ont été faites, que certains insectes par la façon dont ils procèdent dans divers actes de leur vie peuvent, dans une certaine mesure, fournir des éléments dont on se sert pour établir les prévisions du temps.

J'aurais pu, au commencement de cette année, prédire aux cultivateurs normands que l'hiver serait presque nul, tant j'avais remarqué le peu de précaution que prenaient les insectes et même les vers de terre pour se préserver du froid ; malneureusement je n'ai pas fait connaître cette prévision et j'aurais l'air d'un astronome au-dessous de tous les Mathieu, si je la publiais, au mois d'avril, la saison d'hiver ayant pris fin.

Cependant, encouragé par plusieurs remarques, je crois pouvoir pronostiquer que le printemps sera numide en Normandie, et je me base pour ce dire sur une observation curieuse que j'ai déjà eu l'occasion de faire à plusieurs reprises.

Si au mois de février les grenouilles déposent leurs œufs dans des endroits faiblement approvisionnés d'eau, pouvant se dessécher au moindre soleil, on en peut conclure à peu près sûrement que le printemps sera humide, car jamais les grenouilles ne s y trompent et ne déposent leurs œufs dans des mares ou des endroits peu fournis en eau et où ce liquide ne pourrait séjourner pendant la période relativement assez longue, nécessaire aux jeunes têtards pour se développer tout à leur aise.

Or, cette année, les grenouilles de Normandie ont déposé leurs œufs non seulement dans les mares bien remplies, mais aussi dans de petites flaques d'eau qui ne pourront doimer asile aux têtards que s'il tombe souvent de la pluie pour éviter le dessèchement complet de ces faibles amas d'eau.

J'ai hâte devoir si ma prévision sera juste ou si les grenouilles m'ont trompé ou du moins se sont trompées.

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