XV. — Exposition d'aviculture cm Hcwre
Une exposition internationale d'aviculture aura lieu au Havre du 13 au 18 août prochain. Cette exposition, faite avec le concours de la ville du Havre, promet déjà d'être fort importante et amènera unj nombre considérable de visiteurs. Le programme comportant quantité' de classes et de récompenses sera publié très prochainement. Pour tous renseignements, on doit s'adresser au secrétaire générai de l'exposition internationale d'aviculture, Hôtel de Ville du Havre. XVL — L'horticulture à l'exposition de Rouen.
Pendant la durée de l'exposition nationale et coloniale de Rouen (16 mai-15 octobre 1896), il sera organisé sept concours temporaires des produits de l'horticulture, auxquels pourront prendre part tous les amateurs, horticulteurs, jardiniers, instituteurs résidant en France ou dans les colonies. Le premier de ces concours aura lieu du 16 au' 21 mai. Les exposants n'auront aucun loyer à payer pour la place j qu'occuperont dans ces concours leurs fleurs, légumes et fruits.
Henry Sagnier.
IL Organisation de la p.é^istance. — Lecteurs, agriculteurs, jurisconsultes, êtes-vous d'accord avec moi sur la question de principe? Oui, j'en suis sûr.
Avant de savoir comment organiser la résistance, il faut bien connaître nos adversaires naturels. Ces adversaires sont terribles; au moment de les aborder, mon épée me tremble dans la main. Il faut pourtant les envisager avec sang-froid et tâcher de découvrir le défaut de la cuirasse.
Ils ont en leur faveur des forces de premier ordre cfue je résume ainsi : la puissance de la richesse, la puissance de la science, la puissance de l'organisation.
La richesse/ Toute la terre et tout le capitalisme leur appartiennent, la banque, le crédit, les magasins généraux, les navires, les télégraphes, l'internationalisme financier, la connaissance approfondie du mécanisme des instruments de crédit, tout est à eux. Nous avons déjà eu un aperçu de toutes ces fortifications, de tous ces blindages, de ces tours où la nouvelle féodalité s'embusque, se renferme et abrite ses troupes pour les lancer à la conquête de l'univers. En face je vois des multitudes désarmées, ignorantes, besoigneuses, timides, déconcertées : c'est de nous que je parle. Goliath devant David ; les souvenirs bibliques ne sont pas de trop dans la circonstance; des fusils Moser et des canons Maxim, contre des frondes ou des bras. Ne dites pas que ces bras sont innombrables, c'est vrai, mais que peuvent les masses contre des troupes aguerries, abritées et munies de tous les instruments de destruction ?
Nous n'avons à leur opposer que des forces morales et l'énergie que donne le désespoir .
(Certes le tableau n'est pas rassurant.
Cependant contre cette petite mais redoutable armée il nous reste des ressources, dont les deux majeures sont le sentiment de l'intérêt national et la puissance législative; nous allons voir que ces armes ne sont pas à dédaigner.
L'intérêt national ! C'est un syllogisme. La grandeur et l'existence même des nations dépendent de la prospérité et de l'existence de l'agriculture, dans la proportion minima de deux tiers contre un tiers. La spéculation fictive tend à l'anéantissement de l'agriculture, à compromettre les intérêts vitaux du pays tout entier. ])oncil faut la supprimer.
Si cette conviction se dégage non pas de mes faibles études, mais du témoignage des spécialistes du marché, des confidences des gens qui ont participé pendant de longues années à ces spéculations néfastes, il n'y a pas d'hésitation possible. Il faut détruire le marché fictif.
La puissance législative ! Je n'insiste pas ; il est certain qu'elle est indirectement du côté du nombre. Ici, dans ce Journal, si l'on ne fait pas de politique, il a toujours été permis de dire qu'il appartient aux agriculteurs de défendre par leurs bulletins de vote les intérêts agricoles.
D'ailleurs il n'y a pas à craindre de conflit entre l'ouvrier des champs et l'ouvrier des villes. On a maintes fois démontré que leurs intérêts sont solidaires ; car f)our le maintien des salaires, il faut que la consommation rurale des articles abriqués soit en proportion avec la consommation urbaine des produits. En principe, il ne peut pas, logiquement, exister de conflit entre ces deux éléments, puisque l'un et l'autre représentent le travail.
La jmissance de la science! Elle est du côté finance et capital. Parce que l'école économique, à laquelle on doit des progrès que je ne veux pas contester, possède une tradition, une doctrine auxquelles tous les économistes empruntent leurs idées, qu'ils défendent par habitude et par routine, et qui a propagé une série de dogmes que l'on considère comme la base élémentaire de la science. Bien plus, sur la question spéciale qui nous occupe, c'est l'école économique qui a conquis la liberté du marché à terme, soit à la Bourse, soit dans les opérations commerciales. Elle a très bien posé les principes de la spéculation légitime. Son tort, c'est de ne pas admettre que des abus imprévus en 1885 se sont produits, que l'instrument a été faussé par de faux spéculateurs : elle craint de voir détruire sa conquête et voit dans la diminution forcée des afl'aires qui résulterait de la suppression du marché fictif, l'indice d'une diminution de l'activité du commerce
C'est une illusion maternelle qui la porte à ne pas vouloir corriger les vices de l'enfant ([u'elle a tenu au berceau. La complication même des ressorts de ce genre de spéculation la séduit par une apparence scientifique. Elle ferme volontairement les yeux sur les abus du système pour n'en voir que les avantages. C'est un outil qu'elle a forgé et qui sert maintenant à la destruction, sans qu'elle en puisse convenir.
Ce ne sont pas des publicistes improvisés, comme je le suis devenu sans le vouloir, qui sont de taille à lutter contre ces savants et il faut que la répétition incessante des plaintes de l'agriculture éveille l'attention de ces maîtres de la science, endormis quelque peu dans leurs mrtximes, pour qui, actuellement, la solution principale est en somme la fatalité dans la lutte pour l'existence, le laisserfaire, laisser-passer la clé de la fortune publique et qui ne voient pas s'avancer les armées de la guerre industrielle dont les menaces cependant font trembler les plus rudes caractères. Car la guerre véritable à l'avenir ne sera plus qu'une lutte pour la jDOssession des marchés de l'univers; c'en est fini des guerres de religion ou de propagande ; le négociant moderne ne s'avance plus qu'avec un fusil perfectionné dans une main et de la cotonnade dans l'autre. La civilisation, c'est le chaland contraint et l'acheteur obligatoire.
La puissance de Vorganisation. — Elle est dans les règlements des marchés, dans les Chambres de liquidation, dans la publication de la cote, etc. A nous de nous organiser à notre tour.
Nous avons, si nous voulons, des organismes bien -vivants pour cette lutte : ce sont les Sociétés d'agriculture, avant tout celle des Agriculteurs de France et la Société nationale d'encouragement. Nous avons les nombreuses associations de fermiers, les comices agricoles de toute région et de toute culture, les syndicats, les réunions de syndicats. — Quand nos idées auront pénétré dans ces sociétés, nous y recruterons les éléments d'une propagrande puissante.
Mais cela n'est pas suffisant.
A une idée aussi radicale que la nôtre, il faut, de toute nécessité, un instrument d'action spécialisé. Des moyens indirects de propagande ne suffisent pas : leur action est trop lente quoique utile à la réalisation de nos espérances.
Ici, j'intenoge mes lecteurs et je leur demande leur avis. Depuis que les marchés fictifs sont considérés comme une cause de la dépréciation du prix du blé, des commerçants, des meuniers, des agriculteurs m'ont embarrassé par leurs sympathies.
Ils ont affirmé que le vœu de M. Smith devait recevoir sa solution : ils m'ont confié que l'existence du marché fictif était une cause de trouble pour l'exercice de leur industrie, qu'ils lui attribuaient la plus grande partie de leurs difficultés. Ces plaintes donnent la mesure de ce qu'il est urgent de faire ; c'est aux intéressés avant tout de chercher à arrêter les bases de leur résistance et de l'organisation de leur propre marché. Quels sont leurs désirs? J'ai compris qu'ils voulaient particulièrement :
1^ Se rendre absolument indépendants du marché de spéculation,
2° Dégager leurs contrats de l'obligation de modifier les prix de leurs marchés en cours d'exécution, en baissant les prix d'après la baisse des types choisis pour le spéculateur.
3° Assurer la détermination des cours et la publicité des cotes d'après l'ensemble des marchés réels et non plus d'après les cours de liquidation.
4" Diriger ou avoir la main dans la direction des docks et entrepôts.
Est-ce là une partie de leurs désirs? Si oui, il n'y a qu'à les réaliser euxmêmes par leurs propres forces, sans attendre que le mouvement vienne du dehors. Je ne suis pas du métier ; mes conseils peuvent manquer de compétence. Les meuniers et les agriculteurs eux-mêmes jDeuvent bien ne pas voir du premier coup quelle forme il faut donnera cette organisation et comment il faut la tenter. A leur place, je viserais à créer un syndicat, sous le nom de Syndicat de l'alliance des minotiers, commerçants et cultivateurs. Avant de créer ce syndicat proprement dit, je provoquerais la réunion officieuse de quelques personnes chargées d'en prépareras bases. Cette commission de volontaires élaboreraitun programme, une sorte de cahier de ses doléances et de ses désirs. Elle rechercherait les moyens d'organiser un marché indépendant, en pi'éparerait le règlement, verrait à faire un lassement de blés par catégories pour la région de Paris en se référant aux sortes
ordinairement vendues, ferait un travail analogue pour les farines, préparerait des modèles de contrats à faire avec les boulangers ou marchands au détail, s'entendrait avec les propriétaires de magasins généraux pour les conditions d'entrepôts, examinerait la possibilité de créer des experts qui, comme les courtiersgourmets le font pour les vins, détermineraient les cours, et rédigeraient un bulletin officielde ces cours, nommerait ses courtiers ou agences à ses conditions, instituerait une agence de renseignements et de correspondance, désignerait des conseils jurisconsultes pour l'assister, s'assurerait le concours d'un laboratoire d'examen des blés et farines, rédigerait les usages actuels pour en discuter la légitimité ou les abus, etc. Cette Commission, après la confection de son programme, en assurerait alors la réalisation par un syndicat ouvert. C'est ainsi que le commerce indépendant, au lieu d'attendre une charte d'affranchissement s'affranchirait lui-même et présenterait ensuite au Grouvernement et au Parlement les réformes législatives destinées à l'abrogation des marchés fictifs. Et ce, pendant que d'autre part les Sociétés d'agriculture tenteraient des efforts parallèles tendant au même but.
J'ai maintenant fini d'exposer mon sujet sous. toutes ses faces théoriques et pratiques. Les lecteurs du Journal de V Agriculture savent que chez les nations étrangères un mouvement se produit dans le même sens, notamment en Angleterre où mes articles ont été déposés sur le bureau de la Chambre des lords^par l'un d'eux, lord Stanley, qui en a réclamé la traduction et la prise en considération. Les Etats-Unis, ÏJAllemagne travaillent pour arriver au même but. Je dois me réserver de présenter le résultat de ces tentatives à mesure qu'il me sera connu. Espérons qu'il confirmera nos vues et que dans un avenir prochain, le blé, débarrassé de la concurrence d'une spéculation immorale, verra reparaître des cours rémunérateurs. P. du Pré-Gollot.