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CONTRIBUTION A L'AMÉLIORATION DU TRÈFLE DES PRÉS

uns livrent des graines complètement jaunes ou légèrement violacées, qui déroutent les connaisseurs les plus expérimentés ; les autres sont d'un violet intense presque noir ; enfin, on rencontre tous les tons intermédiaires ; nous avons trouvé un pied très curieux, à graines jaunes portant presque toutes de petites macules violettes.

Ces caractères des graines sont-ils héréditaires? A priori^ cela ne paraît pas vraisemblable, puisque dans le trèfle la fécondation croisée est la règle.

De nombreuses observations nous ont prouvé en efl'et que les plantes issues d'un même individu ne fournissent pas toujours des semences de même nuance. Sur 209 pieds que nous avons examinés, 57, soit 27 pour 100 seulement, ont donné des semences ressemblant à celles des ascendants directs.

Nous sommes cependant convaincu qu'en se mettant à l'abri des fécondations croisées, on parviendra à maintenir à peu près complètement les caractères de coloration d'une race donnée.

Nous avons semé des graines jaunes fournies par un même pied. Les graines de la troisième génération en renfermaient déjà un certain nombre de violettes ; réciproquement, la descendance de graines violettes présentait à la troisième génération quelques graines jaunes.

Malgré les déviations du type primitif que nous venons de signaler, ces graines de troisième génération sont suffisamment caractérisées pour qu'on les distingue immédiatement des graines ordinaires.

Si l'on parvient à améliorer le trèfle des prés, il est à souhaiter que l'on ne puisse en confondre les semences avec celles des variétés communes. Nous croyons avoir résolu ce double problème, et dans quelques années nous espérons être en mesure de livrer à la culture des trèfles sélectionnés possédant des semences caractéristiques.

A peu près à la même époque, nous disposerons également de luzernes améliorées.

Le trèfle et la luzerne récoltés en France représentent une valeur annuelle d'au moins 550 millions. Ce chiffre témoigne de l'intérêt considérable qui s'attache au plus petit progrès réalisé dans la production de ces deux plantes. E. Schribaux,

Directeur de la Station d'essais de semences à l'Institut national agronomique.

Je ne saurais entreprendre d'examiner dans cette réunion, toutes les branches de production si nombreuses de notre agriculture française : je m'attacherai seulement à la question des céréales — spécialement du hlé — qui constituent, par l'étendue des surfaces occupées, par le nombre des ouvriers employés, par la valeur représentée, le produit de beaucoup le plus important du sol français, et je chercherai à dégager les conséquences principales de cet avilissement désastreux.

La culture du blé seul — il faut le rappeler — s'étend en France à peu près sur sept millions d'hectares et fournit un produit d'environ quatre-vingt-dix millions de quintaux métriques dont le prix de revient, variable suivant la qualité du sol, l'habileté du cultivateur, s'élève pour la moyenne des exploitations, d'après les données généralement admises, à 24 ou 25 francs. Quand le blé atteint ce prix sur le marché, l'agriculteur placé dans les conditions ordinaires

1. Extrait du discours prononcé au concours d'animaux gras de Montbrison (Loire). — Voir ia clironique du 11 avril, p. 506.

couvre ses Irais sans réaliser aucun bénéfice; il continue cependant à le cultiver, espérant obtenir, avec un travail mieux dirigé, un supplément de produits qui lui laissera en fin de compte un léger profit. Mais lorsqu'il voit là valeur du froment tomber à 19 fr., 18 fr., 17 fr., que peut-il faire sinon renoncer à une culture devenue ruineuse? C'est, en effet, le résultat que nous venons signaler : dans les pays où le marché est libre et où le froment vaut 13 à 14 francs le quintal métrique — en Angleterre notamment — la culture du blé tend à disparaître; en France la même cause produirait sans doute le même effet si la législation protectrice inaugurée en 1892 n'était venue combattre l'invasion des blés étrangers : chez nous l'étendue des emblavures diminue moins rapidement, tout en s'accusant cependant par un chiffre significatif, puisque en deux ans elle a subi une réduction de 139,000 hectares. Et il est impossible que le mouvement n'aille pas en s'accentuant d'année en année s'il ne survient pas une modification dans les prix d'aujourd'hui.

Celte diminution de la culture du blé en France a pour premier résultat de placer entre les mains de l'étranger l'alimentation du pays. Si, par suite du perfectionnement dans les transports lointains, cette situation n'expose pas la France à la disette, à la famine, elle est cependant susceptible de lui faire courir les plus graves dangers dans l'hypothèse d'un conflit soudain, d'une guerre qui s'étendrait sur terre et sur mer. Vous avez encore présentes à l'esprit les considérations qui ont été développées sur ce point avec éloquence, dans notre réunion de l'an dernier, par M. le préfet de la Loire; je n'insisterai pas davantage : la certitude de trouver sur son territoire les ressources nécessaires à l'alimentation de tous ses habitants constitue pour une nation une des meilleures garanties de sécurité et d'indépendance.

Poursuivons notre étude en portant nos regards vers les conséquences économiques de la mévente des blés : si nous fixons à 28 francs le prix que devrait atteindre le quintal métrique de froment, pour permettre au producteur de réaliser après avoir couvert ses frais un modeste bénéfice de 3 à 4 francs par quintal métrique, et si nous rapprochons de ce chiffre le prix actuel du blé « 18 fr. », nous constatons que cet écart de 10 francs représente pour les quatre-vingt-dix millions de quintaux métriques produit en France, une perte annuelle de neuf cents millions de francs ; c'est-à-dire que la crise actuelle coûtera à la France, si elle se prolonge seulement cinq ans encore, une somme supérieure à l'indemnité quia été payée à la Prusse, après les désastres de 1870! Et cette énorme rançon, c'est bien l'agriculture qui en supporte le poids !

Demandons-nous maintenant ce que seraient devenus ces neuf cent millions enlevés ainsi chaque année à l'agriculture si, le blé valant 28 francs au lieu de 18, ils avaient été encaissés par les cultivateurs. Ils auraient sans doute largement alimenté l'épargne publique — source principale de la fortune des nations comme des individus — et ils seraient venus sous forme de capital, contribuer au développement non seulement de l'agriculture par l'acquisition d'instruments perfectionnés, par l'apport d'engrais, etc., mais aussi de toutes les industries françaises en vertu de la solidarité qui relie les unes aux autres les diverses branches de l'activité nationale parmi lesquelles l'agriculture tient une place prépondérante. Cette relation économique entre toutes les industries n'est plus contestée aujourd'hui; l'union qui règne entre les représentants autorisés de l'agriculture et de l'industrie pour développer sous l'égide d'une sage protection toutes les productions françaises est fondée sur cette vérité consacrée par l'expérience : l'agriculture est le meilleur client de l'industrie, celle-ci ne saurait être prospère quand la première périclite et se ruine. Un homme d'état célèbre a pu, s'adressant à la corporation respectable des ouvriers en bâtiments, prononcer ces paroles inspirées peut-être par une pensée de flatterie intéressée : « Quand la bâtisse va, tout va »; dans la situation actuelle en présence des souffrances de toutes les industries sans exception, combien il est plus vrai de dire : « Quand l'agriculture ne va pas, rien ne va. «

Poussons plus loin notre observation et cherchons en déterminant comment s'effectue en agriculture l'œuvre du progrès, à qui surtout il est profitable? La première préoccupation du fermier ou métayer qui à la fin de la campagne a pu réaliser un bénéfice le porte à entreprendre sur son domaine les améliorations, drainage, nivellement, défoncement, etc., destinées à rendre la terre plus produc-

tive. Pour exécuter ces travaux importants, le chef de culture fera naturellement appel aux ouvriers établis autour de lui qui recevront ainsi, en dernière analyse, sous forme de salaires supplémentaires, la part peut-être la plus grande du bénéfice de l'exploitation. Avec des bilans qui par suite de la dépréciation de tous ses produits, se balancent difficilement quand il ne s'établissent pas en perte, comment le fermier ou métayer pourrait-il même concevoir la pensée de procéder à ces améliorations alors qu'il réalise à peine l'argent nécessaire pour la culture ordinaire! Et combien il est triste devoir les dix millions d'ouvriers qui vivent de l'agriculture, privés des ressources que leur apporterait, par la prospérité de l'industrie à laquelle ils sont attachés, l'application de la loi providentielle du progrès.

Je touche à un sujet d'actualité qui s'impose à l'attention, car le phénomène que je constate peut avoir une répercussion imprévue.

La statistique le démontre péremptoirement : en présence de l'impossibilité de continuer à cultiver le blé dans ces conditions actuelles, il s'établit partout un mouvement très sensible, très légitime, qui porte les agriculteurs à restreindre les surfaces qu'ils lui consacrent et de les remplacer par des prairies ou des pâturages. Sans doute cette transformation favorise l'amélioration de notre cheptel national, et dans toutes nos réunions la Société d'agriculture de Montbrison a présenté cet objectif aux efforts, à l'activité des cultivateurs, mais ne peut-on obtenir ce résultat par un meilleur entretien et la création raisonnée de prairies susceptibles de donner les ressources alimentaires nécessaires par un assolement dirigé vers une production plus abondante de fourrages, sans qu'il soit besoin de renoncer à la culture du blé qui a formé jusqu'à ce jour le produit principal du sol? Il ne faut pas perdre de vue que cette substitution du pâturage au blé pourrait, si elle prenait une extension exagérée, causer dans notre ordre social des troubles dont la gravité ressort de la comparaison des quantités de travail humain appliqué à nos difiérentes cultures.

L'hectare de céréales donne à peu près vingt-deux journées de travail en moyenne par année; la prairie, neuf; l'herbage, deux; le bois, à peine un; de sorte que chaque hectare de céréales transformé en herbage compose une diminution de vingt journées d'ouvriers. Il y a là, pour la population rurale des ré- -gions où l'agriculture ne peut placer à côté de l'herbage une autre culture susceptible d'utiliser la main-d'œuvre rendue libre par la suppression des céréales, racines, vignes, etc., un danger dont peuvent se préoccuper l'économiste et l'homme d'Etat, dont s'inquiète surtout l'agriculteur, propriétaire ou fermier, car dans la famille agricole, par suite des conditions même dans lesquelles s'effectue le travail et s'écoule l'existence, il s'établit entre patrons et ouvriers, à l'honneur des uns et des autres, des liens de mutuelle estime, de réciproque affection, plus vifs et plus solides que dans aucune autre industrie.

Ainsi la diminution exagérée de la culture du blé menace le pays dans sa sécurité et dans sa prospérité, elle constitue pour la société un péril sérieux ; il est bien permis de conclure que rien ne doit être épargné pour conjurer cette éventualité ; c'est accomplir un devoir patriotique que de travailler sans relâche à sauvegarder cette production, car elle intéresse le sort de la partie la plus importante de la population française, la classe agricole qui fournit à l'armée ses soldats les plus vigoureux, à l'Etat, ses meilleurs citoyens.

Il me resterait, pour compléter cette étude, à indiquer les causes de cette situation et à chercher quels remèdes pourraient être employés. Mais je ne pourrais le faire aujourd'hui sans abuser de l'attention que vous m'avez prêtée avec une grande bienveillance, nous reviendrons plus tard sur ce sujet s'il y a lieu ; en terminant, je veux exprimer l'espoir que les pouvoirs publics édicteront enfin les mesures nécessaires pour que la marche ascendante de l'agriculture dans la voie du progrès ne soit pas interrompue. Baron de Vazelhes,

Président de la Société d'agriculture de Montbrison.

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