LE COMPTE DE MAIN-D 'ŒUVRE
Le compte de Main-d'œuvre est l'un des plus importants dans une exploitation agricole, et il a ceci de particulier qu'il ne dépend d'aucun
autre, tandis que tous les autres dépendent de lui : toutes les récoltes, tous les animaux, exigent de la main-d'œuvre et par conséquent son prix de revient exerce une grande influence sur celui de tous les produits.
Que porterons-nous au débit de ce compte? Nous y inscrirons tout d'abord tous les salaires payés aux valets et servantes ainsi qu'aux journaliers. Il arrivera le plus souvent que le jour choisi pour la clôture des comptes ne coïncidera pas avec celui de la paye des journaliers et encore moins avec celui du règlement des comptes des valets et servantes gagés à l'année. Dans ce cas, il conviendra de calculer le montant de tous les salaires dus jusqu'au jour de la clôture des comptes et d'en débiter le compte de Main-d'œuvre par le bilan de sortie, et la somme ainsi portée au débit reparaîtra au crédit du compte de Maind'œuvre de l'année suivante. En d'autres termes, la Main-d'œuvre 1895 doit tenir compte à la Main-d'œuvre de 1896, de la somme que ce dernier compte payera plus tard à l'acquit du premier.
Nous porterons aussi au débit de ce compte toutes les dépenses de nourriture, de chauffage, d'éclairage, de blanchissage tant en argent qu'en nature. Les dépenses en argent doivent être portées au débit du compte au moment même où on les paye; quant aux dépenses en nature qui se renouvellent fréquemment, comme le lait, le beurre, les œufs, il est plus commode d'établir un tableau de consommation, dans les colonnes duquel on inscrit la quantité de la marchandise à mesure qu'on la délivre à la ménagère; puis à la fin du mois ou même du trimestre, on totalise les colonnes du tableau et on en passe écriture au débit de la Main-d'œuvre et au crédit des comptes fournisseurs, en attribuant aux marchandises une valeur moyenne uniforme pour l'année.
En ce qui concerne les légumes produits dans le jardin, il serait pratiquement impossible d'en constater la consommation en détail; on peut se borner à porter directement au débit de la Main-d'œuvre les dépenses occasionnées par le jardin. Si cependant on désirait se rendre compte de ce genre de dépenses, on ouvrirait un compte spécial au jardin et à la lin de l'année on le balancerait par le compte de Maind'œuvre.
Le débit du compte de Main-d'œuvre, tenu comme nous venons de l'indiquer, fait connaître à la fin de l'année quelle a été la dépense totale du travail : c'est déjà un résultat qui a bien son importance; et si l'on compare les résultats de l'année qui finit avec ceux des années précédentes, on remarquera des variations plus ou moins importantes dont il sera souvent utile de rechercher la cause. En outre, il pourra être à propos de faire sur le compte général le dépouillement de certaines dépenses spéciales, comme le pain, la viande, la boisson, l'éclairage, pour voir s'il ne s'est point produit quelques abus.
Passons maintenant à l'examen du Crédit. On pourrait à la rigueur balancer le compte de Main-d'œuvre par le compte des Frais généraux, c'est-à-dire porter en bloc au débit du compte de Frais généraux le total des dépenses de main-d'œuvre ; cela simplifierait beaucoup la comptabilité, mais on se priverait ainsi des très grands avantages que procure l'établissement d'un compte complet pour chaque genre de production. 11 est infiniment préférable d'opérer la répartition des
dépenses de main-d'œuvre entre les opérations qui l'ont employée.
Pour y parvenir avec exactitude et sans difficulté, il est indispensable d'établir des tableaux à colonnes ; chaque colonne correspond à un compte ouvertauGrand-livreouàuneopérationparticulière: fourrages, céréales, pommes de terre, moisson, battage, etc. Tous les soirs on inscrit sur ce tableau le nombre d'heures employées à chaque genre de travail.
L'heure est l'unité la plus convenable parce qu'il arrive continuellement qu'un homme est employé dans le cours d'une même journée à plusieurs travaux différents et qu'une fraction autre que l'heure serait d'un usage beaucoup moins commode. En outre, par ce moyen on tient compte des différences de durée des jours de travail beaucoup plus longs en été qu'en hiver. Le travail des femmes et des enfants ayant une valeur moindre que le travail des hommes^ il est de toute nécessité de tenir compte de cette différence ; on peut établir des colonnes ou même des tableaux spéciaux pour enregistrer le travail des femmes et des enfants; on peut aussi le confondre en un seul chiffre avec le travail des hommes, mais en réduisant dans une certaine proportion le nombre des heures réelles. Ainsi, supposons que nous ayons employé le même jour pour le binage et l'éclaircissage des betteraves, 30 heures d'homme, 40 heures de femme et 40 heures d'enfant, nous pourrons admettre que 40 heures de femme équivalent à 30 heures d'homme et 40 heures d'enfant à 20 heures d'homme ; au lieu d'écrire dans la colonne Betteraves, 110 heures (30+40-1-40 = 110), nous écrirons seulement 80 heures (30 + 30 -(-20=: 80). Cette manière de faire est plus simple et suffira dans la plupart des cas.
Quant aux travaux qui se renouvellent identiquement tous les jours et qui ne varient que rarement, comme le soin des bestiaux, on peut se dispenser de leur consacrer une colonne dans laquelle on aurait à inscrire tous les jours le même nombre d'heures. On peut se borner à passer, à la fin du mois, ou même du trimestre, un article par lequel on débite le compte des chevaux, des bœufs ou des vaches, delà valeur du temps passé à les soigner.
A quel prix évaluerons-nous l'heure de travail? Il faut évidemment, au moins provisoirement, la compter au prix moyen que l'on paye aux journaliers non nourris dans la contrée. Nous aurons à établir trois prix : un pour les hommes, un pour les femmes et un pour les enfants.
A la fin de l'année nous établirons la balance de notre compte; s'il se solde en bénéfice, cela veut dire que l'heure de travail nous coûte moins cher que nous ne l'avions supposé. Si, au contraire, le compte se soldait en perte et surtout en perte relativement sensible, ce serait un indice qu'il a pu se glisser des abus dans les dépenses du ménage et particulièrement de la nourriture. Les abus de ce genre sont d'autant plus à redouter qu'il s'agit là de dépenses qui se renouvellent tous les jours et qui ont pour multiplicateur le nombre du personnel.
La balance du compte de Main-d'œuvre peut être passée au compte de Profits et pertes, on peut aussi la porter au compte de Frais généraux. Cette dernière manière de solder le compte me semblerait plus rationnelle, car la balance dans ce cas ne représente réellement ni une perte ni un profit; c'est, le reliquat d'une répartition qui n'a pas été faite avec une exactitude absolue. A. de Villiers de l'Isle-Adam.
Bulletin du 1" trimestre 1896. — H.
Maladies de Vimmortelle. — A la suite de recherches faites par divers savants et notamment par M. le professeur Mangin, de Paris, M. le D'' Moursou, dans une communication qu'il a faite à la Société d'agriculture, d'horticulture et d'acclimatation du Var, a rangé les affections de l'immortelle en trois groupes principaux parfaitement caractérisés.
1*^ Maladies venant du fait de l'apparition des pucerons dans l'épaisseur des diverses couches de l'écorce de la tige et des principaux rameaux de l'immortelle malade. Ces pucerons se présentent, tantôt à l'état isolé, tantôt associés sous forme de plaques. Leur grandeur varie de un demi-millimètre à un millimètre et demi et leur coloration du hrun chocolat au blanc argenté suivant leur vitalité et leur état de dessiccation.
2" Maladies provenant de vers hlancs. Ces petits vers blancs ou larves attaquent et rongent, d'après M. Claude Brun, les racines de l'immortelle, tandis que MM. Mangin, et Moursou, à la suite d'examens répétés déclarent que les racines des pieds examinés étaient aljsolument saines, c'est la tige seulement à partir du collet, qui montre soit dans la moelle, soit dans le bois, des galeries remplies de sciure de bois compacte, indiquant le passage des hirves d'insectes.
Gomme le fait remarquer, M. Moursou, on ne saurait trop insister sur l'importance de la localisation du mal dans une partie de la plante plutôt que dans une autre, car si les racines proprement dites sont dévorées par les larves de préférence à la tige et à ses divisions, divers insecticides, notamment le sulfui^e de carbone, injectés dans le sol au pied de la plante devraient pouvoir arrêter leurs ravages, tandis que ce procédé n'aurait aucune efficacité si l'insecte dépose directement son œuf, d'où sortira la larve, dans la tige et les principales branches aériennes de la plante.
L'insecte qui donne naissance à la larve auteur des dégâts signalés est inconnu à MM. Mangin et Moursou et les recherches de ce dernier vont tendre à la surprendre dans son œuvre de destruction, pour ensuite la déterminer.
3" Maladies provoquées par les anguillules découvertes par M. Mangin dans les capitules de la fleur et connues sous le nom de maladies de la rouille.
D'après M. Mangin qui a examiné des échantillons de plantes atteintes de cette maladie, beaucoup de capitules paraissent sains, d'autres plus petits présentent dans le cœur la tache brune caractéristique. Si on écarte les fleurs ligulées, on voit qu'elles présentent à leur base une teinte brune plus ou moins foncée, et les fleurons du centre sont frappés d'un arrêt de développement, les poils pluricellulaires du calice, les pétales sont marbrées de taches dues à la masse protoplasmique contractée et brunie. On n'aperçoit pas trace de champignon ou de bactéries parasites, mais si l'on dissèque avec soin les fleurs brunies, on voit dans chacune d'elles un certain nombre d'anguillules contournées sur elles-mêmes et en état de vie ralentie; leur nombre varie pour chaque fleuron de 1, 8 ou 10, et dans chaque capitule malade on peut en compter plusieurs centaines.
On remarque que les régions des fleurons où sont réfugiées les anguillules ne sont pas altérées, c'est à l'extérieur, sur les poils du calice, sur la corolle et sur les pétales, qu'on aperçoit les taches brunes caractéristiques, les anguillules n'ont sans doute pénétré dans les fleurons que pour y chercher un refuge contre la dessiccation progressive des capitules et c'est là qu'elles ont pris l'état de vie ralentie. Quand les capitules sont envahis avant le développement des fleurons, ceux-ci avortent et tous les anguillules vont se nicher entre les fleurs ligulées les plus internes et à la base.
Dans tous les échantillons observés, les tissus envahis sont frappés de nécrose « sans hypertrophie j^ des tissus sous-jacents.
M. Mangin ignore encore le mode de pénétration et les conditions de vie de ce parasite, car à l'époque où cet observateur a fait connaître les remarques qu'il avait faites concernant cette maladie, la période de végétation n'était pas encore avancée. Cependant l'intégrité du pédoncule floral exclut l'idée d'un cheminement du parasite à travers les tissus ; c'est par l'extérieur que les capitules sont infestés.
Voici du reste comment M. Mangin conçoit ce cheminement. Les anguillules parviennent aux capitules de deux façons : ou bien en grimpant le long de la tige dans le feutrage des poils qui la couvrent et au moment où les capitules sont très jeunes, ou bien la pluie faisant saillir les fines particules terreuses, dépose quelques anguillules au voisinage des capitules, au moment où celles-là vont pondre, et les jeunes, dès l'éclosion, s'insinuent dans la partie centrale de ceux-ci.
A notre avis, ce ne sera que lorsque l'on connaîtra mieux le moment exact de l'apparition de la maladie et les diverses évolutions du parasite qui l'occasionne que l'on pourra à coup sûr employer les moyens qui paraîtront les plus efficaces pour les combattre.
— Il résulte d'une communication faite à la Société nationale d'agriculture, qu'il a été adressé au Laboratoire de pathologie végétale par un meunier de Seineet-Oise des spécimens de grains de blé (vai'iété Dattel) qui malgré sa belle apparence a produit une farine de mauvais goût qui a été refusée par les consommateurs.
Il a été reconnu, après examen, qu'au milieu de beaucoup de grains n'offrant rien de particulier, certains grains, en général les plus renflés et les plus gros, montraient sur la côte une large crevasse s'étendant longitudinaleraent depuis l'extrémité chargée de poils, jusqu'à une distance plus ou moins grande de l'autre bout; du fond de cette crevasse béante, le tissu farineux du grain mis à nu était souvent envahi par des moisissures noirâtres; on y trouvait aussi de nombreux grains de carie.
Une coupe transversale montrait dans le tissu farineux jusqu'à une certaine distance de la crevasse des filaments mycéliens brunâtres d'un champignon sous l'influence duquel le gluten avait pris une couleur brune et les grains d'amidon s'étaient corrodés et fendillés. En outre, ces tissus examinés à un très fort grossissement contenaient toujours de nombreuses bactéries.
L'altération de la farine produite par ces grains était dès lors expliquée. Le tissu farineux exposé à l'air par suite de la production des crevasses des grains, sans doute avant que la récolte ait été rentrée, avait moisi ou en d'autres termes avait été désorganisé par la pénétration d'organismes, dont l'humidité de l'air, qui l'an dernier a été fort grande au moment de la moisson, a favorisé le développement.
Il restait à rechercher à quelle cause devait être attribuée la production des crevasses.
Beaucoup de grains non crevassés portaient à leur surface de petites taches brunâtres placées très souvent plusieurs en file dans la longueur du grain et formant maintes fois ainsi une longue ligne brune.
La plupart du temps, c'est au voisinage du sommet couvert de poils du grain de blé que les marques brunes étaient le plus développées.
L'examen microscopique a permis de reconnaître qu'elles sont produites par le mycélium d'un chamjiignon qui s'étend sous la pellicule externe du grain, s'y ramifie et s'y étend au point de former souvent une lame de pseudo parenchyme, d'où émanent des filaments fructifères qui se dressent au dehors et présentent les caractères du Cladosporium Jterbarum, c'est-à-dire du champignon qui produit le noir des céréales. Parfois, dans cette lame de filaments mycéliens se forment aussi des conceptacles qui paraissent être ceux d'un Plioma, qui, d'après M. Franck, est la forme pycnide du Cladosporium lierharum des céréales. Ils apparaissent au-dessous de la pellicule extérieure du grain qui se fendille et se crève au-dessus d'eux.
A la surface du grain, en outre des conidiophores du Cladosporium et des spores brunes, simples ou cloisonnées qui en tombent, on trouve encore les diverses formes de cellules isolées qui ont été observées si souvent sur les Cladosporium,.
La détermination précise de l'espèce à laquelle il convient de rapporter ce que l'on nomme le Cladosporiinn herbarum, des céréales n'est pas nettement établie ; quoi qu'il en soit, il n'est pas douteux que c'est ce champignon, qui, attaquant les grains de blé un peu avant qu'ils n'aient achevé leur complète croissance, a déterminé la rupture de la pellicule des grains et la formation des crevasses qui ont eu pour conséquence l'altération des farines. Il est à remarquer que ce sont les grains les plus gros qui sont le plus souvent crevassés. Envatiis par le Cla~
dosporiwn quand ils grossissaient encore, ils ont crevé comme les grains de raisin attaqués par l'oïdium, sur les places où leur pellicule avait été tuée par le champignon parasite.
M. Laboulbène a également fait une communication à la même Société sur
l'examen auquel il s'est livré de glands de chêne récoltés sur la lisière du département des Landes. Ces glands qui servent à la nourriture des porcs et qui sont même l'obiet d'un commères assez important étaient impropres à la vente parce qu'ils étaient déformés, devenus brunâtres et offraient des altérations dans leur intérieur.
M, Laboulbène avait pensé d'abord qu'il s'agissait des attaques d'un coléoptère charansonite, le Balaninus glamlinm. Mais après avoir coupé les fruits du chêne, il les a trouvés non seulement plus petits, parfois atrophiés, de coloration changée, mais, de plus, vers leur base ou sur les cotés, il y avait des portions de tissus très fortement indurées et bosselées. Les altérations avaient atteint le tiers, au plus la moitié, jamais la totalité des grains. En ouvrant les portions dures, on voyait plusieurs petites loges renfermant toutes une larve fortement incurvée, blanchâtre. Cette larve ne présentait pas les caractères d'une larve de coléoptère; elle offrait ceux d'une larve d'hyménoptère producteur de galles de la famille des Cynipides. Il s'agissait eu réalité d'un insecte gallicole développé dans le gland du chêne et qui ne quitte point l'endroit où il a vécu. L'insecte parfait sort de la loge même où il s'est transformé.
M. Joseph Giraud est le premier qui ait fait connaître les altérations des glands dont il s'agit et qui les ait rapportées à VA^idricus glandium.
L'attaque des glands de chêne par cet insecte est signalée, croit M. Laboulbène, pour la première fois dans notre pays. Le petit hyménoptère d'un brun luisant, éclos des larves et sorti des renffements galliformes, ne produit que des ravages limités. D'autre part, les parasites qu'il doit avoir comme ses congénères ne tarderaient pas à arrêter ses dépradations. M. Laboulbène ne pense pas que les glands renfermant les larves àei'Andricus dans leurs loges soient impropres à la nourriture des porcs. Probablement, elle ne peut pas être nuisible pour cet animal qui mange si facilement les petits cadavres de rats et tant d'autres aliments grossiers sans être incommodé. Les porcs avalent tous les glands qu'ils rencontrent à terre ayant eu ou non des larves d'insectes dans l'intérieur du fruit; au plus, dit en terminant M. Laboulbène, pourrait-on conseiller pour rendre absolument les larves inoffensives, de faire bouillir les glands suspects avant de les donner aux animaux domestiques.
D'après le directeur de l'Ecole pratique d'agriculture de Pau, cet hyménoptère particulier au chêne Cerris a attaqué dans le Lot-et-Garonne les glands du cnênefiège dont la glandée est aussi recherchée que le maïs pour l'engraissement des porcs.
On avait d'abord attribué à la présence des larves contenues dans le fruit du chêne une maladie qui sévissait dans la contrée sur la race porcine. L'enquête à laquelle on s'est livré a démontré que les animaux avaient soin de ne manger que la partie saine des glands.
Maladie du topinambour. — Les topinambours en Belgique sont atteints d'une maladie qui a été signalée pour la première fois dans ce pays en 1894 par M. Marchai sur des spécimens cultivés dans le jardin agricole de l'Institut à Gembloux.
'Voici d'après M. Marchai les observations qu'il a faites, sur la marche de cette maladie et les altérations qu'elle produit sur les topinambours, maladie qui est due à un champignon ascomycète, le Sclerotinia scleroliormn. (Lib.)
« L'afl'ection se déclare en juillet, alors que les topinambours sont arrivés à leur complet développement foliacé et où commence l'accumulation des réserves dans les tubercules.
« On observe tout d'abord vers le collet des gazonnemenls blancs qui s'étendent rapidement le long de la tige qu'ils peuvent recouvrir jusqu'à une hauteur de 50 à 60 centimètres. Dans ce mycélium prennent bientôt naissance des corps d'abord grisâtres, puis noirs, de formes variées, de la grosseur d'une fève ou plus petits : ce sont de véritables tubercules reproducteurs, formés de filaments mycéliens pelotonnés, et que l'on désigne sous le nom de sclérotes.
« La plante atteinte se flétrit rapidement et meurt; la production des tuber-
cules de topinambours est presque nulle. Les tiges mortes sectionnées se montrent farcies d'un grand nombre de sclérotes développés dans la moelle. Ces sclérotes constituent les agents de conservation de l'espèce. Détachés des tiges flétries, ils tombent sur le sol, et au printemps suivant donnent naissance à la fructification caractéristique du champignon, sorte de petite coupe à la surface de laquelle se forment les spores. Celles-ci, à leur tour, peuvent germer, produire un mycélium qui se nourrit aux dépens des substances organiques du sol, de l'humus.
ce Ce champignon appartient, en effet, à la classe des parasites facultatifs, organismes capables de se nourrir des débris organiques, c'est-à-dire en saprophytes et en parasites, sur des êtres vivants. »
C'est ainsi que M. Marchai a pu le cultiver sur des fragments de pommes de terre sur lesquels il a cru abondamment et a produit de nombreux sclérotes.
La présence dans le sol d'une grande quantité d'humus augmente considérablement la virulence du champignon. Dans la parcelle affectée, les individus malades étaient localisés dans une étroite zone confinant à un ancien tas de fumier; partout ailleurs les topinambours étaient absolument indemnes.
Cette constatation dicte les mesures à prendre pour faire disparaître la maladie : s'abstenir de fumures organiques et n'employer pour enrichir le sol que des engrais minéraux.
Une application modérée de chaux, activant la minéralisation des réserves organiques du sol, est également recommandable.
11 est enfin tout indiqué d'arracher et de brûler les pieds malades afin d'éviter la dissémination des sclérotes.
— Nouveaux 'parasites de la vigne. — MM. L. Ravaz et Gouirand signalent, dans la Revue de viticulture^ l'apparition d'un nouveau champignon parasite sur les feuilles de la vigne, sa présence a été constatée sur plusieurs variétés du Vitis vinifera et du V. Candicans; mais ce sont surtout le V. Riparia et le V. Berlandieri qui sont le plus atteints.
Les lésions qu'il détermine sur les feuilles sont caractérisées par des taches toujours circulaires de 4 à 6 millimètres de diamètre, d'un vert très pâle au centre, plus foncé sur les bords, qui s'étend lentement dans tous les sens à la manière d'une tache d'huile. Le centre prend peu à peu la teinte rouge puis brune des tissus morts. Finalement les parties ainsi altérées se déchirent, puis tombent et laissent à leur place un trou à peu près exactement circulaire.
Les feuilles ne paraissent pas souffrir de l'action de ce parasite; elles continuent à s'accroître, atteignent leurs dimensions normales et ne tombent jamais. Les lésions n'ont été constatées exclusivement que sur le parenchyme, rarement sur les nervures principales et aucunement sur les raisins.
Les spores sont en général ovoïdes, mais souvent irrégulières et mesurent de 9 à 11 millièmes de millimètre. Mises sur des feuilles de vigne attenant à la souche, elles germent mal dans l'eau et ceci explique sans doute la rareté des lésions. Mais leur germination est très rapide dans un liquide nutritif, tel que du jus de raisin ou du bouillon de Liebig très étendus. MM. Ravaz et Gouirand ont réalisé de cette façon, par voie d'inoculations, la propagation artificielle du parasite.
Les divers caractères de ce champignon permettent de le ranger dans le genre Phyllosticta, mais, par quelques-uns, il se rapproche du genre Ascochyta. C'est un type intermédiaire entre les deux que les savants auteurs de la découverte ont classé dans le premier, dont il paraît se rapprocher le plus. Ils l'ont dédié à M. P. Viala, professeur de viticulture et dénommé Ph. Vialée.
Dans la séance du 2 février du Comice agricole de Béziers, M. Coste Floret a annoncé que nos vignobles étaient menacés par un nouvel insecte de l'ordre des cochenilles, Margarodis vitiiim, qui peut rester caché pendant cinq années sans donner signe de vie, en s'enfermant dans une coque calcaire. Des études sont faites sur cet insecte et l'on sait déjà qu'il peut être combattu avec succès parles irrigations. Sur la proposition de M. Coste-Floret, le vœu suivant a été adopté à l'unanimité et a été adressé à M. le Ministre de l'agriculture :
« Le Comice agricole de l'arrondissement de Béziers émet le vœu que le Gouvernement prenne toutes les mesures nécessaires pour préserver nos vignobles de France de l'invasion du Margarodis viliuni dont les progrès sont signa-
lés comme de plus en plus destructeurs des vignes dans l'Amérique du Sud (Chili et République Argentine). »
Il résulte des études des savants spécialistes que cette cochenille peut être introduite en France par toutes les marchandises souillées de terre végétale et particulièrement dans les vignes provenant des pays contaminés.
— La Brunissure des Ordddées. — D'après le Kew Bulletin, les orchidées seraient atteintes d'une affection analogue à une maladie parasitaire de la vigne. L'examen microscopique montre, dans l'intérieur des cellules du parenchyme des feuilles, des petits corps sphériques augmentant de diamètre lorsqu'on met de l'eau en leur contact; ces corps sont, paraît-il, des parcelles de cellule désorganisées par un refroidissement de l'eau qui se trouve à la surface des feuilles, lorsque la température descend au-dessous de la normale. Ce phénomène peut être produit artificiellement en plaçant une particule de glace ou quelques gouttes d'eau sur la feuille d'une orchidée exposée à une température de 5 à 6 degrés audessous de l'ordinaire. Cette maladie qui détermine des engelures sur les organes foliacés est due aux causes suivantes :
Température trop élevée; insuffisance d'air et abondance d'humidité en contact avec les feuilles; exécution des arrosages ou bassinages pendant l'abaissement de température au lieu de l'être pendant son ascension.
Les moyens de combattre cette maladie consistent donc à prévenir ces causes.
Apiculture. — Il nous a été donné, pendant le premier trjmestre de 1896, •de visiter le rucher modèle de M. Delmotte, à Forest-les-Bruxelles (Belgique); qu'il nous soit donc permis d'en dire un mot, car peu de ruchers, parmi ceux que nous avons vus jusqu'alors, ne sont aussi pratiques et mieux entretenus que celui de M. Delmotte.
Près de la maison d'habitation, située dans un endroit très mellifcre, se trouve un véritable atelier de construction où M. Delmotte, aidé de plusieurs ouvriers, est occupé journellement à la construction de ruches à cadres mobiles dont il fait un grand usage soit comme exportation, soit pour exploiter sur place dans le rucher qu'il possède.
Le jardin où se trouve installé le rucher a 20 mètres de long sur 40 mètres de large et est littéralement rempli de ruches à cadres de divers systèmes et espacées les unes des autres d'un mètre environ, ce qui permet d'en faire facilement le tour, et placées seulement à 25 ou 30 centimètres du soi. Dans cet espace relativement très restreint, nous estimons qu'il existe au minimum trois millions d'abeilles, nombre important, dont le produit en miel permet à M. Delmotte de se livrer à un véritable commerce qu'il dit être très lucratif; de plus, il retire chaque année, grâce au cérificateur solaire, près de 150 kilog. d'excellente cire.
Nous ne nous étendrons pas à nouveau sur les avantages de la ruche à cadres mobiles, nous ajouterons cependant pour compléter notre description que le mur situé au fond du jardin qui contient le rucher est garni de gradins où sont alignées toutes les espèces existantes de ruches en paille, en jonc, en osier, etc., et qu'on a ainsi sous les yeux l'histoire complète de l'habitation de l'abeille.
Nous avons retrouvé dans ce rucher des spécimens des curieuses ruches des Ardennes faites aussi simplement que possible. Un bâton de frêne long d'environ 1 mètre sert de base à leur construction. Ce bâton est, avec un couteau, éclaté en vingt petites lattes retenues à l'une des extrémités par le bâton même que l'on a soin de ne pas fendre jusqu'au bout, réservant ainsi une longueur d'environ 20 centimètres qui dépassera le corps de ruche et servira en même temps de poignée; on a alors un véritable balai dans chacune des branches duquel on tresse des écorces d'osier en ayant soin de donner l'écartement voulu de façon à donner à la construction la forme d'un pain de sucre de grande dimension, on enduit ensuite entièrement cette espèce de panier d'un mélange de terre glaise et de bouse de vache et on a ainsi une ruche aussi économique que possible.
Nous nous sommes pourvu également dans ce rucher de ruches flamandes en paille d'une grandeur extraordinaire et pouvant contenir jusqu'à 150 kilog. de miel.
Ajoutons enfin que Mme Delmotte excelle dans la préparation des liqueurs au miel et arrive à des résultats surprenants.
— Un apiculteur allemand vient de faire le calcul suivant qui nous paraît intéressant à publier :
125 capitules de trèfle contiennent un gramme de sucre; il faut donc 125,000 capitules pour obtenir un kilog. de miel; chaque capitule contenant 60 florules, pour récolter un kilog. de miel il est nécessaire que l'abeille visite 125,000 capitules X 60 florules, soit 7,500,000 florules. Paul Noël,
Directeur du Laboratoire régional d'entomologie agricole.