LES BLÉS DANS LE NORD
Si nous rappelons enfin que le travail des blés exotiques, sous le couvert de l'admission temporaire, laisse en France des quantités considérables, croissantes d'année en année (334,733 quintaux en 1894, et plus de 510,000 quintaux en 1895, pour l'ensemble du territoire; 400,000 quintaux environ en 1894-95, pour la seule région du \ord) de farine première qui vient prendre en boulangerie, la place de nos bonnes farines françaises, nous devons prévoir que nous nous trouverons, en fin de campagne, en présence de fortes disponibilités qui pèseront lourdement et pendant longtemps sur les cours.
L'importance de la future récolte aggravera encore la situation et, cbacun le sait, nos producteurs se trouvant actuellement dans l'impossibilité absolue de lutter sur les marcbés du dehors, contre les blés étrangers, les prix baisseront fatalement dans une notable proportion. L'étude des mesures propres à prévenir une telle éventualité, qui serait ruineuse pour notre agriculture, s'impose dès maintenant.
J. Trolde.
ETAT DES RÉCOLTES DANS LA DORDOGNE
Saint- Jean-d'Ataux, le 12 avril 1896.
Le printemps, cette année, en d'autres termes le réveil de la végétation, a fait une fausse sortie, vers le 16 mars, sous lïnlluence d'une température exceptionnellement douce, chaude même, car elle s'élevait à 26 degrés; envoyait déjà grossir les bourgeons, se développer les premières feuilles, les premières fleurs des essences précoces; les pêchers jetaient leurs teintes roses et les pruniers leur couleur blanche, lorsque subitement vers la fin du mois, le vent passe au nord, avec quelques gelées blanches et même une forte gelée — 3 degrés le 31, pour ne se relever définitivement que le 8 avril.
Que résultera-t-il de ce retour intempestif de la froide saison? La fructification en sera-t-elle sérieusement éprouvée? Il serait difficile de l'affirmer en ce moment, il faut laisser au fruit le temps de se dégager des enveloppes florales pour apprécier la portée du mal s'il existe.
Les froments, bien qu'ils aient un peu souô'ert des gelées tardives, comme l'indiquent de nombreuses feuilles jaunes, sont généralement beaux et se comportent bien. Il en est de même des fourrages de printemps.
La préparation de la sole des plantes sarclées s'est faite dans de bonnes conditions et l'on commence déjà de toutes parts la mise en terre des pommes de terre et l'ensemencement des betteraves et carottes.
Le bétail est en bon état; les prix, sans être élevés, se maintiennent.
E. DE Lentilhac.