‹ Journal de l'agriculture (volume 4)Chapitre 469 sur 737 · Communication à la Société nationale d'açrriculture · texte numérisé non relu

Communication à la Société nationale d'açrriculture

Les observations faites en 1894 apportent donc, dans leur ensemble, une confirmation parfaite de la conclusion à laquelle m'avaient conduit mes essais de 1893; entre la richesse en fécule des tubercules d'une variété déterminée et l'abondance de la récolte fournie par ces tubercules il n'existe aucune relation proportionnelle; tantôt cette récolte est plus grande au pied des touffes développées par des plants riches, tantôt elle est plus faible au contraire.

C'est donc un fait dorénavant démontré que la richesse en fécule d'un tubercule de plant ne peut, par elle-même, exercer aucune influence sur l'abondance de la récolte que ce tubercule fournira. Préoccupé cependant, de l'intérêt que la solution de cette question présente, j'ai depuis longtemps déjà, cherché à Téclairer en suivant une méthode toute différente.

Cette méthode consiste à enlever à la touffe de pommes de terre, à un moment donné, et avant qu'elle ait consommé la totalité des matières alimentaires qui faisaient la richesse du plant, le tubercule de plant lui-même, la mère comme on dit vulgairement, à sevrer la plante en un mot avant qu'elle eût atteint lâge adulte.

L'emploi de cette méthode présente, au point de vue pratique, d'assez grandes difficultés, mais elle en présente de bien plus grandes encore au point de vue de l'appréciation du moment où ce sevrage doit avoir lieu.

Aussi son application tentée par moi dès 1890 et poursuivie les années suivantes avec des succès partiels n'a-t-elle abouti à un résultat complètement satisfaisant qu'en 1 894.

Les résultats obtenus au cours de ces essais sont cependant assez intéressants pour qu'avant de faire connaître celui que je considère comme définitif, je demande à la Société la permission de lui exposer rapidement la marche suivie.

Voici de quelle façon, toujours la même, et à cinq reprises différentes, l'expérience a été conduite :

Dans un sol travaillé à la manière ordinaire, j'ai planté en files parallèles et distantes de 0 m. 60 des tubercules d'une môme variété, aussi égaux que possible et espacés à 0 m. 50 sur la ligne; chaque année, c'est à une variété nouvelle quejeme suis adressé; la longueur des lignes a varié chaque année; pour mes premiers essais chacune d'elles contenait 32 poquets, mais plus tard et pour rendre les comparaisons plus faciles j'ai trouvé avantage à réduire ce nombre; en 1894, on comptait sur chaque ligne 9 touffes seulement.

La plantation faite, la levée et le développement des touffes étaient surveillés attentivement jusqu'à ce que sur la pièce on rencontrât trois files contiguës présentant une végétation sensiblement égale.

A ce moment, la file du milieu était arrachée au croc, les mères étaient pesées et analysées, les touffes pesées et analysées également. Bien entendu, cet arrachage avait lieu à une date assez rapprochée de la levée pour qu'aucun tubercule nouveau ne fût encore formé.

La file médiane étant ainsi arrachée, à la main, et en s'aidant d'un grattoir délicatement manié on fouillait légèrement le sol au pied de chacune des touffes de la file de gauche jusqu'à ce qu'on arrivât au contact du tubercule de plant ; celui-ci était alors dégagé entièrement,

puis d'un mouvement doux son attache aux tiges était brisée et la mère ainsi enle\ée à la plante qu'elle avait nourrie jusque-là.

La fouille était aussitôt remplie, les radicelles recouvertes et les touffes arrosées pendant trois ou quatre jours afin que, privées de leur réservoir d'eau, elles ne dépérissent point.

Quant à la file de droite, elle restait comme témoin, en face de la file à laquelle les mères venaient d'être enlevées.

A l'époque de la maturité enfin, les deux files ainsi tenues face à face étaient arrachées comme de coutume, et la récolte de l'une et de l'autre pesées d'abord, analysées ensuite.

L'opération que je viens de décrire était, certes, des plus délicates; mais ce qui était plus délicat encore, c'était la détermination du moment où elle devait avoir lieu.

Pour que ce moment fût propice, en effet, il était nécessaire que les trois files continues, par la similitude de leur végétation aérienne, pussent être considérées comme parvenues à un même état d'avancement et l'on sait combien cette condition est difficile à rencontrer dans la pratique, et d'autre part il était nécessaire aussi qu'à ce moment la plante n'eût consommé encore qu'une partie, et non la totalité de la fécule et des matières protéiques que la végétation de l'année précédente avait accumulée dans la mère.

C'est précisément la difficulté créée par la concomitance nécessaire de ces deux conditions qui, au début, m'a conduit à des résultats insuffisants, résultats que je n'ai pas voulu publier avant qu'une expérience décisive ne fût venue les confirmer; pour faire apprécier cette difficulté, je décrirai sommairement les essais qui ont précédé celle-ci.

En 1890, le V avril, j'ai planté à Om. 60 de distance, 12 files à 32 tubercules chacune ; les 32 tubercules de chaque file, appartenant à la variété Fleur-de-Pêcher, avaient été pesés ensemble ; leur poids variait, par file, de 2 kil. 800 (minima) à 3 kil. 430 (maxima), d'où résulte une variation pour les tubercules de 90 à 107 grammes; le poids moyen était de 94 grammes.

Le 3 juin 1890, j'ai choisi 3 files contiguës dont la végétation aérienne était au même degré d'avancement ; le plant de ces trois files pesait respectivement à la plantation: 3 kil. 160, 3 kil. 430, 3 kil. 100.

La file du milieu a été arrachée; les mères, bien intactes,

pesaient alors 3 kih 6:25

elles pesaient à la plantation 3 kil. 430

Leur poids avait donc gagné 0 kil. 195, soit 6 gr. par plant.

Les tiges développées par ces mères pesaient 6 kil. 350, soit 0 kil. 198 par plant.

A la file de gauche, les mères ont été enlevées par le procédé que j'ai, tout à

l'heure indiqué; elles pesaient alors 3 kil. 240

elles pesaient à la plantation 3 kil. 160

Leur poids avait donc gagné. . , 0 kil. 080, soit 2 gr. 5 par plant.

Après l'arrachage, on a arrosé pendant deux ou trois jours ; la file de droite a été laissée intacte et gardée comme témoin; jusqu'au moment de l'arrachage, aucune différence dans l'aspect ne s'est produite entre les touffes auxquelles la mère avait été enlevée et celles auxquelles la mère avait été laissée en place.

Le 10 octobre, les deux files ayant été arrachées, la récolte a été la suivante :

Pour la file dont les mères avaient été enlevées. . . 26 kilog. Pour la file dont les mères avaient été laissées. ... 25 kilog.

Le résultat était donc absolument identique de l'un et de l'autre côté; l'enlèvement des mères n'avait en rien modifié labondance de la récolte.

Malheureusement, la date à laquelle cet enlèvement avait eu lieu était trop tardive, la plus grande partie de la fécule et des matières azotées emmagasinées dans le tubercule de plant avaient été déjà consommées par la végétation ; c'est ce que montre l'analyse comparative de ces tubercules au moment de la plantation (1" avril) et au moment de l'enlèvement des mères (3 juin).

Les résultats de cette analyse comparative sont inscrits ci-dessous :

Composition des tubercules de plant.

A la plantation A l'enlèvement (1" avril). (3 juin).

Eau 7.=.. 99 92.51

I Saccharose traces O.Oû

l Glucose néant 0.98

,, ... , ,, 1 Dextrine ou analos^ues néant 0.77

Matières solubles. '^ Malières azotées..! 2.79 0.65

Matières organiques autres. . . 1.21 0.92

.Matières minérales ..;..,... 1 . 08 0 . 36

Fécule 16.23 1.94

„ ... . , ,, I Cellulose 1.00 1.24

Matières insolubles. ^ Ligneux azoté 0.81 0.23

Matières minérales 0.13 0.20

'jy.24 99.90

De la comparaison entre ces nombres, il résulte que, du fait de la végétation de la plante, les proportions de fécule, de matières azotées solubles et de matières minérales solubles également emmagasinées dans le tubercule de plant ont baissé dans une large mesure. Au moment où elles ont été enlevées aux touffes qu'elles alimentaient les mères ne contenaient plus que :

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