ET LEUR FUMURE RATIONNELLE
La betterave fourragère veut des terres saines, profondes et très fumées. Elle peut utiliser les fumures maxima, aussi convient-elle surtout pour les régions à culture assez intensive.
C'est ordinairement elle qui tient la tête de la rotation, et c'est à elle que l'on applique la forte famure au fumier de ferme. Elle use à son profit l'excès d'azote qui serait nuisible à une bonne venue des céréales.
La dominante de la betterave est la potasse; les cendres des betteraves que nous avons analysées en renferment près de 40 pour 100. Les betteraves sont très avides de cet élément, on pourrait dire qu'elles l'absorbent sans nécessité. Cela est si vrai que la Rose des Ardennes n'en renferme que 28 pour 100, alors que toutes les autres variétés qui sont venues sur un sol différent dosant 2 pour 1000 de potasse n'accusent pas moins de 36 pour 100; une d'entre elles, l'Ovoïde, dépasse même 47 pour 100.
Nous donnons dans le tableau suivant la composition minérale des betteraves fourragères les plus cultivées :
Acide Noms des variétés. pliosphorique. Potasse. Soude. Chaux. Magnésie.
Jaune longue d'Allemagne.... 4.640 42.138 20.408 2.394 0.451
Mammouth 3.447 » » 3.249 1.083
Ovoïde 6.681 47.087 10.394 3.990 0.180
Jaune globe 4.057 36.697 30.876 1.995 0.686
Corne de bœuf 4.279 36.358 26.957 2.394 0.307
Tankard 3.700 36.527 24.686 1.824 0 6.32
Géante de Vauriac 5.309 42.205 10.704 2.451 traces.
Rose des Ardennes 5.78 28.374 10.125 2.793 0.490
Un autre élément, la soude, se trouve également en forte proportion dans les betteraves précédentes. A notre avis, cet élément est beaucoup moins indispensable que la potasse, car nous avons obtenu de très grosses betteraves sur des sols renfermant des quantités insignifiantes de soude. Autrefois, on a émis l'hypothèse que cet élément pouvait remplacer la potasse dans une assez large mesure ; nous en doutons, ou, s'il y avait substitution possible, elle devrait se faire dans des limites très étroites. Selon nous, il n'y a guère à se préoccuper de la restitution de la soude malgré la forte teneur des cendres en cet alcalin; l'emploi toujours croissant du nitrate de soude dans les cultures tant soit peu progressives maintiendra un stock suffisant de cette base.
Si nous rapportons à 1000 kih)g. de racines, les quantités de matières minérales enlevées au sol, nous voyons que les betteraves les plus volumineuses sont les moins épuisantes, tandis que les betteraves petites ou moyennes le sont beaucoup plus. Il y a même des écarts considérables pour des betteraves venues sur le même sol ; ainsi la Mammouth, l'Ovoïde et la Rose des Ardennes qui ont accusé des rendements supérieurs ne contiennent en moyenne que 9 kil. 500 d'éléments minéraux pour 1000 kilog. de racines, alors que la Jaune longue d'Allemagne, la Jaune globe et la Tankard en renferment 17 kilog. L'écart varie du simple au double pour la Mammouth et la Tankard, la première ne contient que 8 kil. 73, tandis que la seconde en révèle 13 kil. 55, toujours pour la même quantité de racines.
Malgré la faible proportion d'acide phosphorique contenue dans les betteraves, sa restitution s'impose et elle n'est pas moins importante que celle de l'azote et des alcalins. Mais, à propos de l'acide phosphorique, nous croyons ne pas devoir partager les idées généralement admises par beaucoup de personnes qui estiment que, pour obtenir une végétation normale, il faut que dans la fumure l'acide phosphorique soit en quantité double de l'azote. Si nous examinons la moyenne de l'acide phosphorique enlevé par 1000 kilog. de betteraves analysées (0 kil. 632) et de l'azote pour le même poids de racines (2 kil. 127), nous voyons que Vazote est absorbé en quantité plus que triple comparativement à Vacicle phosphorique. Nous voulons bien admettre que l'acide phosphorique des sols se rencontre sous une forme moins assimilable que l'azote; mais conclure de là (en prenant l'azote pour étalon) qu'il faudrait fournir près de sept fois plus d'acide phosphorique que la betterave n'en exige nous semble exagéré. L'expérimentation directe est d'ailleurs en contradiction avec cette théorie, car nous avons vu des sols pauvres en acide phosphorique et bien fumés au fumier de ferme, donner de très belles récoltes. Cette remarque que
nous faisons s'applique aussi aux betteraves sucrières, beaucoup moins cependant que pour les betteraves fourragères, car nous savons que des expériences sérieuses ont démontré que l'acide phosphorique influençait notablement le rendement en sucre.
Notre avis est d'ailleurs partagé par beaucoup d'agronomes distingués, MM. Dehérain, Pélermann entre autres; des contre-expériences sur les betteraves sucrières ont été faites et ont été très concluantes. Aussi, nous semble-t-il que dans des terrains moyennement riches en acide phosphorique, il suffira, pour les betteraves fourragères aussi bien que pour les betteraves sucrières, de fournir une quantité d'acide phosphorique égale à, celle de l'azote. Nous ne sommes donc pas partisans des formules où l'on préconise 1000 kilog. de phosphate fossile ou de 700 à 800 kilog. de superphosphate à l'hectare. La répétition assez fréquente de pareilles fumures enrichit le sol en acide phosphorique il est vrai, mais la chose nous semble peu économique pour des terrains assez riches en cet élément.
Pour préciser davantage, nous avons consigné dans le tableau suivant la quantité d'éléments minéraux enlevés au sol par 1 000 kilog. de racines de variétés diverses :
Matières contenues dans looo kilog. de betteraves.
Matières Acide
Noms des variétés. minérales, phosphorique. Potasse. Soude. Chaux. Magnésie Azote.
kil. kil. kil. kii. kil. kil. kil.
Jaune longue d'Allemagne. 17.12 0.794 7.214 3.494 0.410 0.077 2.686
Mammouth 8.73 0.310 » » 0.283 0.095 1.576
Ovoïde 9.59 0.641 4-516 0.997 0.383 0.017 1.707
Jaune globe 16. 3G 0-664 6.004 5-051 0.326 0.112 2.526
Corne de bœuf 13.00 0.556 4.727 3.504 0.311 0.040 2.051
Tankard. 13.55 0-686 6.776 4.579 0.338 0.117 2.346
Géante de Vauriac 14.62 0.776 6.170 1-565 0.358 traces. 2.528
Rose des Ardennes 10.86 0.628 3.081 1.100 0 303 0-053 1.597
Moyenne 13.60 0.632 5.498 2.899 0.3.39 0.064 2.127
D'après ces données, pour une variété quelconque, il suffirait de prévoir approximativement le rendement à l'hectare pour préjuger de la dose d'engrais à fournir. Nous voyons, par exemple, que pour une récolte de 40,000 kilog. de betteraves Tankard, il faudrait plus d'acide phosphorique que pour un rendement double en Mammouth.
D'un autre côté, si nous prenons la moyenne des exigences de la betterave et que nous admettions un rendement moyen de 50,000 kil. de racines à l'hectare, nous aurons un épuisement moyen de :
31 kil. 600 d'acide phosphorique, 274 kii. 9 de potasse, 106 kil. 35 d'azote.
Avec une fumure au fumier de ferme à la dose de 50,000 kilog. à l'hectare, on fournit d'après les analyses de M. Aubin* :
275 kilog. d'acide phosphorique, 375 kilog. de potasse, 325 kilog. d'azote.
Tous les éléments sont donc en excès et l'acide phosphorique surtout; à part l'azote, les principes non utilisés seront emmagasinés et constitueront un stock fertilisant qui sera utilisé par les récoltes ultérieures.
1. Selon M. Aubin, le fumier renferme 6.5 pour 1000 d'azote; 5.5 pour 1000 d'acide phosphorique et 7.5 de potasse. Nous ajouterons que ce fumier moyen est plus riche que l'étalon proposé par M. Boussingault.
Une fumure semblable ne livrera pas trop d'azote malgré qu'on semble en fournir trois fois plus que n'en exige la récolte pendante. En effet, la majeure partie de l'azote du fumier se trouve sous la forme organique, sous une forme non assimilable, et à l'enlèvement de la récolte il en restera encore beaucoup sous cette forme.
Quoi qu'en disent les partisans des engrais minéraux, une telle fumure n'est pas mal appropriée à la betterave fourragère, il suffit de l'incorporer avant l'hiver ou dans le courant de février, afin qu'elle puisse nitrifier en partie, se mêler au sol et donner une terre homogène.
Si l'on ne dispose pas d'une quantité suffisante de fumier, on pourra enfouir de 25,000 à 30,000 kilog. seulement à l'automne et appliquer au printemps suivant un complément de fumure minérale ainsi composée :
150 kilog. de superphosphate, 300 kilog. de nitrate de soude.
Enfin, si l'on ne peut faire usage de fumier, l'on se trouvera bien pensons-nous du mélange suivant :
400 kilog. de superphosphate à 15 pour 100, 500-600 kilog. de nitrate de soude, 250 kilog. de chlorure de potassium, 600 kilog. de plâtre.
L'on remarquera que nous ne fournissons même pas la quantité d'azote nécessaire, car tout excès decet engrais très soluble serait perdu. Nous avons au contraire forcé la dose en acide phosphorique et restreint celle de potasse.
Les betteraves, en effet, sont très avides d'alcalins et elles en absorbent, sans profit^ des quantités énormes lorsque l'on en met beaucoup à leur disposition par la fumure ou lorsque le sol en possède naturellement de grandes quantités.
Ces engrais (a part le nitrate) seront enfouis par le labour de printemps, tandis que le nitrate devra être enterré par le dernier hersage, c'est-à-dire quelque peu avant les semailles.
Ce que nous venons de dire pour l'emploi pratique des engrais est applicable aux betteraves sucrières.
Il suffira pour les betteraves sucrières de ne pas fournir trop de potasse et de ne pas favoriser l'absorption des nitrates dans la dernière période de la végétation, car les nitrates et autres salins se retrouvent en grande partie dans le jus des betteraves et entravent la cristallisation du sucre.
Aussi fera-t-on bien, pour les betteraves sucrières, de ne donner qu'une demi-fumure au fumier de ferme avant l'hiver et de compléter par l'application de 200 kilog. de superphosphate et 150 kilog. de nitrate au printemps, ou préférablement de choisir une céréale fumée au fumier de ferme comme tête de rotation, puis de lui faire succéder la betterave à sucre qui, elle, serait exclusivement fumée aux engrais minéraux. De.xàiffe,
à Carignan (Ardennes).
INSTRUiAIENTS AGRICOLES NOUVEAUX
Les instruments agricoles de la maison Bajac, de Liancourt (Oise), jouissent depuis longtemps d'une haute réputation parmi ceux des-
INSTRUMENTS AGRICOLES NOUVEAUX
Fig. 56. — Brabant double Bajac, perfectionné.
Fig. 57. — Piocheur-vibrateur.
INSTRUMENTS AGRICOLES NOUVEAUX
tinés à la préparation des terres. Nous voulons présenter aujourd'hui aux lecteurs du Journal de l Agriculture, plusieurs appareils nouveaux que vient de créer M. Bajac. Parmi ceux-ci nous décrirons : ]° Brabant double perfectionné ; 2" Piocheur-vibrateur ; 3° Herae écroûteuse-émotteuse] 4° Semoir à grosses graines; 5" Houe triangulaire à expansion.
— Herse écroûteuse-émotleuse du syslème Bajac.
r Le brabant double de M. Bajac (fig. 56) a reçu d'intéressants perfectionnements, consistant en l'application particulière d'un écrou bronze pour le terrage ; celui-ci rend la manœuvre de la sellette plus douce, et atténue l'oxydation et l'usure de la vis. L'âge est porté sur
Fig. 59. — Semoir à grosses graines.
l'avant-train par un coussinet en acier incassable, avec système à rattrapage de jeu. Des couvercles disposés convenablement parent à l'usure des montants. Enfin, l'iniérieur du canon ne peut jamais avoir de boitage par suite d'une disposition avec vis de pression. Avec le coussinet précédent, on peut démonter très rapidement tout l'avanttrain par un simple desserrage de vis. Ces modifications ne sont pas sans influer sur la solidité et la durée de l'instrument.
INSTRUMENTS AGRICOLES NOUVEAUX-
2° Le piocheiir-vibrateur que représente la figure 57, porte un bâti de scarificateur ordinaire, monté sur quatre roues. Les pièces travaillantes dans cet instrument sont constituées par des dents en acier, flexibles, en forme de ressort, disposées sur les barres transversales du bâti. Chaque dent est munie en haut d'un contre-ressort qui en assure la solidité et maintient la courbure; l'extrémité inférieure porte une lame plate que l'on peut changer après usure.
Le travail que ces dents donnent au sol, se fait par secousses ou vibrations successives qui le désagrègent. Le réglage se fait au moyen de deux leviers coudés ; en les inclinant plus ou moins, on obtient un ameublissement plus ou moins profond. Le piocheur-vibrateur convient donc pour toutes les cultures en lignes (céréales, pommes de terre, betteraves, etc.), qui nécessitent des façons pendant leur végétation.
3" La herse écroûteuse-émotteuse de M. Bajac (fig. 58), connue
Fig.[60. — Houe triangulaire à expansion.
déjà depuis plusieurs années, a été notablement modifiée. Elle se compose d'un bâti rectangulaire, sectionnée en deux parties, portant des traverses ou axes, autour desquelles tournent des étoiles. Ces traverses tournent elles-mêmes dans des coussinets modifiés, ce qui rend la solidité plus grande.
Le travail de cet instrument se résume en ceci : il plombe le sol, il émiette la couche superficielle et par suite, il facilite la levée des plantes, ou en active le développement. On peut donc dire qu'il convient au hersage des céréales, des haricots, des pommes de terre, du maïs, des betteraves, etc. Grâce au nouveau système d'articulation des deux parties de l'écroûteuse, toute la largeur du terrain est travaillée, tandis que dans l'ancien système, il restait quelques centi-, mètres non attaqués. L'articulation permet en outre, à unjeune homme, de charger l'instrument, de 380 kilog. sur un traîneau.
4° On se préoccupe depuis longtemps de trouver un semoir pratique
INSTRUMENTS AGRICOLES NOUVEAUX. 665
pour la semaille du maïs, des haricots, des betteraves, etc. M. Bajac construit à cet effet un petit semoir qui peut rendre d'utiles services. Il se compose (fig. 59) d'un bâti à deux branches, soutenu en avant par une roue munie d'une chape. Sur celui-ci, est montée une caisse renfermant la graine à semer. Le dessous de cette caisse est percé d'une ouverture que l'on peut faire varier à volonté, et sous laquelle se meut un distributeur à tiroir. Ce tiroir est muni dun mouvement de va et vient, donné par une tige oscillante, que des pitons boulonnés sur la roue d'avant déplacent. Pour régler l'appareil suivant la distance du semis et suivant la grosseur de la graine : T on dispose plus ou moins de pistons sur la roue, 2° on agrandit ou on rétrécit l'ouverture du fond de la caisse. L'embrayage du distributeur se fait au moyen d'un levier placé entre les mancherons. L'enfouissage de la graine a lieu dans un rayon fait par un pic placé en avant d'un butteur qui rejette la terre, à l'arrière le sillon est comblé par deux palettes. Latéralement, se trouvent deux traceurs à écartement variable, qui permettent de faire des lignes parfaitement parallèles et équidistantes.
5° La houe triangulaire à expansion que vient d'inventer M. Bajac, diffère beaucoup de ses congénères (fig. 60). Elle se compose d'un âge soutenu en avant par un avant-train à deux roues; pour le transport, on place à l'arrière un traîneau. A l'âge, est articulé un parallélogramme, dont deux côtés sont en secteurs coulissant l'un sur l'autre et pouvant être arrêtés par une vis de pression. Deux bielles, articulées d'une part aux angles du parallélogramme, et d'autre part, à une pièce coulissant sur l'âge, permettent d'écarter ou de rapprocher les deux rasettes fixées à ces angles. Ces couteaux restent comtamment parallèles aux lignes de plantg,tion, au lieu de prendre de l'obliquité soit en dedans soit en dehors, comme dans les anciennes houes de ce genre.
Le réglage se fait au moyen d'un levier à déclic, placé à l'arrière, et coulissant sur un secteur à crans.
Cette houe peut s'employer pour les betteraves, les pommes de terre, etc. 5 semées en lignes. Elle peut|aussi se transformer en butteur.