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PISCICULTURE - LES SALMONES

Reparlons donc, puisqu'on nous en fait la demande, des Salinones et une fois n'étant pas coutume, empruntons aux Anglais leur bon mot sur : leur ami le saumon.

La mise à l'eau des alevins de 1896 vient de se terminer, la semence précieuse est confiée à ses milieux. Voyons ce qu'ils vont devenir en rappelant d abord ce qu'ils sont, ce qu'ils viennent d'être et ce qu'ils seront : « Si Dieu leur prête vie ».

Les Salmones sont par excellence des poissons de la pisciculture, ils sont l'ami pour les anglais, les poissons nobles ipour l'allemand et pour nous les plus exquis de nos eaux.

Anadromes, ou remontant, leurs œufs sont libres. Ils ont pour caractéristiques, tête comprimée, deux nageoires dorsales dont une adipeuse et trois branchies.

Dans cette nombreuse famille nous trouvons :

1° Le Salmo-Salar, propre à l'Europe;

2" Le Salmo-Ruch (Linnée), spécial au bassin du Danube;

3" Le Salmo-Trutta (Linnée), truite saumonée ou argentée;

4" Le Salmo-Quinnat, Amérique du Nord ;

5° Le Salmo-Trutta fario (de Siebold), truite commune;

6° Le Salmo-Lacustris, lac de Genève, bassin supérieur du Rhône;

T Le Salmo-Osmerus, éperlan;

8" Le Salmo-Thymallus vexillifer (Agassiz, Hechel, Kner), Ombre commune de nos rivières ; ^Esche du bai^sin du Rhin;

9° Le Salmo-CorreganusLavaretus,Lavaret du lac du Bourget ; (Valenciennes), Palée du lac de Neufchâtel ;

10° Le Salmo-Fera (Jurine), lacs Léman et de Constance;

11° Le Salmo-Hyemalis de Jurine ou Gavrenche du Léman.

Lagami, des lacs italiens, à bouche mal armée, serait-il Clupée ou Salmone ?

Les Salmones sont les poissons des hautes altitudes, ils frayent dans la Kander (canton de Berne) jusqu'à 1 ,400 et 1 ,500 mètres et se pèchent en Californie, jusqu'à 1,500 kilomètres du Pacifique, entre les 45* et 65* degrés de latitude. Seul le Quinnat descend jusqu'au 25' degré.

Leur habitat de prédilection est celui des eaux entre 7 et 10 degrés centigrades.

Dans les eaux des terrains granitiques, les salmones sont plus petits, mais plus fins à manger que dans les calcaires. Les truites d'Auvergne, du Limousin, des Vosges sont les plus recherchées.

Quant aux saumons, ils croissent et passent la plus longue partie de leur vie à la mer et cela à des distances récemment estimées par des pisciculteurs norvégiens de 5 à 500 kilomètres. Lesalar plus connu ne s'y rendrait qu'à ses 15 ou 16 mois, revêtu de ses belles irisations de voyage, désigné sous le nom de Saumonneau, Tacon, Smolt, etc., reviendrait trois, quatre ou cinq mois après comme Magdelaineaux ou Grilse, etc., à ses lieux de naissance pour y frayer à son tour.

Pour certains pisciculteurs, il ne ferait cette rentrée dans les eaux douces qu'à 3 et même 4 ans avec des coefficients de croissance va-

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riant de 4 à 8 livres anglaises, soit de 2 à 4 kilog. (expériences de lord Cooper, 1850 à 1855, sur la Ballissadare river).

Sa fraye a lieu de novembre à mars; l'entrée du salar dans le Rhin est ordinairement fêtée parles feux de la Saint-Charles (4 novembre). La truite des Vosges ne se rend à ses frayères qu'en décembre et dans le Doubs (Ognon) en janvier. Plusieurs couples déposent leurs œufs sur la même fosse ou frayère naturelle, d'où une grande cause de destruction des œufs déjà séparés et fécondés, par le bouleversement des graviers sous lesquels ils devaient être incubés.

C'est à ce grave inconvénient que doit remédier la pisciculture par lia fécondation artificielle des œufs arrivés à maturité. Cette maturité de l'œuvée se reconnaît facilement à la rougeur des parties génitales et à l'écoulement facile de la laitance et des œufs venant à point, quand ils ont une belle couleur ambrée.

La fécondation artificielle comporte deux méthodes. La première par la voie humide et la seconde plus récente, improprement attribuée au docteur Wrasky et qu'on nomme la voie sèche. A l'Huningue français, la première donnait jusqu'à 95 pour 100 de réussite, que veuton donc de mieux? La seconde, d'après les expériences précises de M. Durand, directeur de l'Ecole pratique d'agriculture de Beaune, expériences répétées trois ans dans la Vouge et le Meusin, donnerait trois mâles pour une femelle.

Un lavage à grande eau des œufs doit être fait aussitôt l'opération, et cela pour l'une comme pour l'autre des méthodes employées.

L'œuf fécondé doit être transporté à son lieu d'incubation où, garanti des byssus, il ne sera pas remué avant d'être marqué c'est-à-dire embryonné; soumis à un faible courant d'eau dans les rigoles où il aura été déposé, il sera tenu dans l'obscurité et garanti des rats, marlinspêcheurs et autres destructeurs.

Coste nous a scientifiquement démontré, après la création de la rigole, ou augette d'incubation qui porte son nom, pourquoi les appareils américains dits Selfs Pickers ou trieurs automatiques pour l'œuf des salmonidés, ne pouvaient être employés; alors que pour l'œuf des gades, des aloses, ils pourraient donner d'excellents résultats.

L'éclosion, selon la température, a lieu de soixante à cent- vingt jours, plus tardivement elle a lieu et plus robuste est l'alevin.

L'œuf n'est remuable que deux ou trois jours après sa fécondation ou après trois ou quatre semaines d'incubation; alors il est marqué et transportable; garanti des extrêmes de température, il peut alors supporter de longs voyages. Le transport des quinnats se fait aujourd'hui par centaine de milliers d'œufs des frayères de la rivière Maccloud (Californie), en Europe (note de 1896). Le petit poisson éclos, et appelé alevin, porte avec lui son garde-manger sous la forme d'une vésicule de laquelle il se nourrit les trois ou quatre premières semaines de son existence; aussitôt finie cette résorption, sa voracité est extrême.

Alors, deux systèmes sont en présence: rendre cet alevin à ses milieux naturels, vu le danger d'un élevage en commun, ou le nourrir artificiellement.

Cette nourriture artificielle par le vivant (Daphnies, crustacées) , mise la première fois en pratique par M. Rivoiron, a donné quelques résul-

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tatsdans le premier âge, mais dans la pratique sérieuse on y a renoncé. M. Clavé nous ayant démontré à Chantilly que cette truite ou ce salmone qu'on a appelé le Saumon de choux revenait à 40 ou 45 fr. la livre.

Dans les écoles d'agriculture de la Pilletière, d'Ecully, du Lézardeau (Sarthe, Rhône, Finistère), des alevins de truites de 6 mois élevés en eau fermée et nourris pesèrent de 13 à 19 grammes; au Lézardeau où truites et saumonneaux fuient éle\és en eau fermée, mais non nourris, ils pesèrent à 20 mois, 1G0 grammes alors que les truites à 30 mois atteignirent 320 grammes. Il y a là une question de qualité des eaux qui domine celles de ces coefficients de croissance et partant des prix de revient. A 3 ans, les truites pesèrent 500 grammes, 'seul fait auquel on puisse se tenir pour ces diverses expériences faites en des régions si dilTérenles.

La découverte deRemy, la rareté des poissons et les travaux de Coste firent vivement sentir les besoins de la pisciculture.

Dans laSioule, pour prendre un exemple entre mille (Puy-de-Dôme), on prenait à Pont-Gibaut en 1830, environ 1,200 saumons par saison de novembre à juillet; en 1850, il ne s'en prenait plus que 40!

Au dix-buitième siècle, Lund et Goldscbmit étudiaient déjà, après Jacobi, cette question de la pi8cicuhure aitificielle.

En 1820, IJivert et Pilachon fécondaiimt des truites dans la Haute- Marne, répétant'ainsi les travaux du moine de Montbart au douzième siècle. Dumas et Prévôt, à Genève, parlent les premiers de la vitalité des spermes vers 1828.

En 1840, Agassiz, Vogt et Nicolet essayent la fécondation artificielle sur des truites au saut du Doubs où les alevins furent déposés avec succès. Bientôt après Remy, en 1842, posait celte question sur son vrai terrain et industriellement ensemençait annuellement la Moselotte, à la Brene (Vosges), de 8,000 ou 10,000 truitelles dont la pêche le faisait vivre.

En 1853, Coste avec les expériences du Collège de France et la création de FHuningue français, jetait les bases de la pisciculture que, scientifiquement et pratiquement, rien à ce jour n'a infirmé.

Pour obtenir les résultats que la pisciculture peut donner et qu'on est en droit d'espérer, il faut d'abord : 1" l'enseignement, ce qui est un peu venu et viendra davantage si nous en croyons le présent; 2" une législation piscicole sérieusement appliquée; 3" des réserves pour les frayères; 4° la réfection ou une nouvelle amodiation de la plupart des échelles à poissons; 5° la création de centres de production des œufs de salmones fournissant l'embryon aux établissements de l'agriculture où se fait l'enseignement de la pisciculture appliquée.

Les résultats de cette conférence faite en 1885 a l'Ecole pratique de Saint-Rémy (Haute-Saône), sont à trouver dans les comptes rendus annuels de cet important établissement de l'enseignement de l'agriculture, de 188G à 1894, dans nos communications à la Société nationale d'agriculture de France de 18(S3 à 1895. En attendant nous signalerons les deux faits suivants. D'abord le réempoissonnement d'une partie du bassin supérieur de la Lanterne dans les cantonnements de Saint-Loup, Conilans, Ailluvillers où aujourd'hui se pêche la

truite, et le repeuplement de la Superbe avec l'écrevisse qui en avait disparu. Des prises de l,'200 à 1,400 pièces marchandes n'y sont pas rares, c'est-à-dire des écrevisses de 5 à 8 centimèlres d'environ 5 ans. Combien de temps hélas! durera cette imprévoyante conduite sur cet affluent de la Saône où durant quatre ou cinq ans s'était faite dans le plus grand secret celte expérience si heureusement réussie?

Cuabot-Karlen.

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