‹ Journal de l'agriculture (volume 4)Chapitre 544 sur 737 · La situation · texte numérisé non relu

La situation

A part quelques petites pluies signalées dans les régions de l'Ouest et du Sud-Ouest, la sécheresse a été le caractère dominant de la première quinzaine du mois de mai; d'un autre côté, le hàle des vents de l'est et du nord contribue à augmenter les effets de l'absence de pluie. Aussi, on commence à s'inquiéter, avec juste raison, des résultats de ces conditions exceptionnelles. Sans se manifester encore dans les terres franches et profondes, ces effets ne sont pas sans être déjà apparents dans les régions à terres légères et superficielles. Ils se montrent surtout sur les fourrages et les récoltes de printemps. Il est désormais certain que, dans la plupart des régions, la production des fourrages sera loin d'être aussi abondante que celle des deux années précédentes; beaucoup de cultivateurs prévoyants s'inquiètent aujourd'hui de donner une place plus importante aux cultures dérobées de fourrages d'été et d'automne. Les céréales de printemps, orges et surtout avoines, poussent difficilement; il est à craindre qu'on éprouve des déboires de ce côté. Les appréciations varient, suivant les régions, en ce qui concerne les betteraves; mais, d'une façon générale, on se plaint de l'irrégularité de la levée, comme on signale déjà, notamment dans quelques parties du département de l'Aisne, les attaques des insectes, et surtout du silphe, qui paraissent avoir été favorisés par les circonstances climatériques de la saison. — En ce qui concerne la vigne, elle paraît se présenter à peu près partout dans d'excellentes conditions; ses promesses sont parfois très belles, et l'on n'a plus beaucoup à redouter l'influence des gelées printanières. Les conditions actuelles de la saison sont peu favorables à l'évolution des maladies cryptogamiques; on doit s'en réjouir, mais ce ne saurait être un motif pour se laisser aller à la négligence et pour ne pas opérer en temps voulu les traitements préventifs qui sont absolument indispensables pour la préservation future.

IL — Association de l'industrie et de l'agriculture françaises. Le Comité de l'Association de l'industrie et de l'agriculture françaises a fait le 1 1 mai une manifestation importante en l'honneur de son ancien président, M. Méline, président du Conseil des ministres. Celui-ci s'était démis de cette charge de président dans une lettre où il exprimait ses regrets que ses fonctions l'obligent à donner sa démission. « .Je ne le fais pas, dit-il, sans un profond regret et un vrai serrement de cœur,

N» 1539. — Tome 1" de 1896. — 16 mai.

tant l'avais de plaisir à travailler avec des hommes si dévoués, si éclairés et si désintéressés. Je me console un peu en pensant que je continuerai à être avec vous en défendant, sur un plus vaste terrain, les grands intérêts delà France, et que vous resterez avec moi pour me soutenir au poste difficile que j'ai accepté sans autre ambition que celle de faire mon devoir. » — Après avoir exprimé ses sentiments de profonde reconnaissance envers son président et avoir décidé de lui donner le titre de président d'honneur, le Comité a élu M. Sébline comme président ; puis il a adopté le texte de l'adresse suivante qui a été portée immédiatement à M. Méline :

« Monsieur le président du Conseil, l'Association de l'industrie et de l'agriculture françaises, que vous présidiez avec tant d'autorité, vient, par l'organe de son Comité, vous apporter ses chaleureuses félicitations, à l'occasion de votre élévation à l'a présidence du Conseil.

« Nous avons eu si souvent l'occasion d'apprécier votre connaissance approfondie des intérêts matériels et des besoins supérieurs et permanents du pays crue nous nous félicitons hautement du choix que M. le Président de la République a fait de vous pour diriger son Gouvernement, ^

« Nous ne nous faisons pas illusion sur les difficultés de la tâche qui vous incombe. Mais nous avons confiance dans le patriotisme du Parlement et la sagesse de la nation, sagesse dont le résultat des élections municipales nous apporte l'éclatant témoignage, pour vous permeUre de mener à bien la tâche que vous avez assumée.

« La France, qui travaille, a accueilli votre ministère avec un sentiment de profonde sympathie ; car ce qu'elle désire par-dessus tout, c'est la paix sociale et fa stabilité du pouvoir, qui donnent la confiance aux affaires et leur assurent de longues perspectives.

« Et d'ailleurs, qui pourrait ignorer la part prépondérante, décisive, que vous avez prise à la défense du travail national sous toutes ses formes? En protégeant ainsi la production française, vous n'aviez d'autre objectif que de développer la prospérité du pays et d'assurer à nos ouvriers un salaire rémunérateur.

« Ouvriers des villes et travailleurs des champs savent ce qu'ils vous doivent dans l'ordre économique. Ils savent qu'au point de vue politique ils peuvent attendre de vous les efforts les plus féconds, pour alléger leurs charges, par des réformes étudiées avec maturité et réalisées avec prudence.

« Notre Association, profondément reconnaissante du concours que vous lui avez prêté en toutes circonstances, et justement fière de l'éclat que vous avez jeté sur ses travaux, ne vous a pas vu sans regret quitter sa présidence. Mais, désireux de maintenir les liens si intimes qui vous attachent à l'Association, son Comité, à l'unanimité, a décidé de vous nommer président d'honneur.

« Je me félicite d'avoir été appelé à l'honneur de vous apporter cette décision, entouré de mes collègues, parmi lesquels vous ne comptez que des admirateurs et des amis. »

En recevant cette adresse, M. Méline a renouvelé au Comité l'expression des sentiments exprimés dans sa lettre; il s'est félicité de l'unanimité touchante manifestée par les représentants de l'industrie et de l'agriculture avec lesquels il aimait tant à travailler. C'est avec un vif sentiment d'émotion qu'il a exprimé ses regrets de quitter l'Association; il lui a demandé de lui continuer toujours son concours et il s'est félicité du choix qu'elle a fait de son successeur.

De tous les points de la France, le Comité a reçu les plus chaleureux témoignages d'adhésion et de regrets de la part des membres qui n'ont pas pu prendre part à cette manifestation.

Par suite de la nomination de M. Sébline comme président, M. le comte de Saint-Quentin, député, a été élu comme vice-président pour la section agricole.

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