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III. — Le jeu sur les denrées agricoles

La campagne active menée dans \e Journal par notre excellent collaborateur M. Alfred Faisant (P. du Pré-Collot), président du tribunal de Versailles, relativement aux marcbés fictifs sur les blés, commence à porter ses fruits. De toutes parts, on se préoccupe des moyens à adopter pour mettre un terme à des abus trop criants. Ces abus sont encore plus grands qu'on le croit généralement. Nous en trouvons une preuve dans le Bulletin du Comice central de la Loire-Inférieure ; M. Davosty publie une curieuse circulaire qu'il a reçue d'un courtier de Paris sur les avantages que les habitants des campagnes peuvent retirer de la pratique du jeu sur les denrées agricoles. Cette circulaire est vraiment trop savoureuse pour ne pas être reproduite; en voici le texte :

« Courtiers à la Bourse de commerce, bien placés pour recevoir de première main toutes les marchandises qui s'y traitent et qui peuvent iniluencer leur cours, nous pouvons vous être utiles et venons vous faire nos otï'res de services.

« Les opérations sur marchandises, vous ne l'ignorez pas sans doute, sont les plus lucratives et les plus sûres qui existent. Ce sont les seules, en effet, reposant uniquement sur des produits d'une valeur intrinsèque certaine et dont les fluctuations, toujours basées sur des causes naturelles et logiques, donnent, avec de très faibles variations, de très beaux bénéfices.

« Ce sont les seules aussi procurant une distraction intelligente. N'est-ce pas, en effet, un plaisir intellectuel de premier ordre que de s'intéresser à la production, à la consommation des marchandises qui sont de première nécessite pour l'homme, telles que le blé, le sucre, les huiles, les farines, d'être renseigné rapidement sur tout ce qui les concerne, d'en analyser les fluctuations, d'en prévoir les besoins ?

« Les opérations sur marchandises, on ne peut s"en expliquer la raison, sont à peine connues encore en province. Elles conviennent merveilleusement à l'habitant des départements, car, reposant exclusivement sur les productions de la terre, nul n'est mieux placé que lui pour se faire une opinion d'ensemble sur des produits qu'il connaît mieux que personne, par lui-même ou par sou entourage.

« Guidé et renseigné par un courtier expérimenté, vous pouvez trouver dans ces opérations la source de beaux revenus et d'importants bénéfices. De notre côté, en vous y aidant de tout notre pouvoir, nous comptons bien trouver en vous un bon et fidèle client.

« Nous vous offrons donc, si vous voulez bien nous y autoriser, de vous faire parvenir gratuitement, pendant quelque temps, la Cote officielle de la Bourse de Commerce^ ainsi que tous les renseignements qui nous parviennent journellement de toutes les places du monde et qui permettent à nos clients d'opérer presque à coup sur. Si cela vous convient, vous n'aurez qu'à nous retourner la carte-lettre ci-jointe.

« Nous pouvons même vous indiquer en ce moment une opération à faire tout de suite et qui aurait le grand avantage de vous initier très rapidement au rouage et à toutes les ressources des transactions à terme sur marchandises. Elle n'exige d'ailleurs qu'une couverture insignifiante et oftVe l'occasion de très beaux bénéfices. »

Sans doute, ceux qui se laissent prendre à ces mirifiques promesses sont plus à plaindre qu'à blâmer, car ils ont leur ignorance pourexcuse. Mais il serait temps qu'un frein pût être mis à de tels agissements. M. Faisant a proposé une solution qu'on a lue dans nos colonnes; elle mérite absolument un examen sérieux. Moins absolue que celle du Parlement allemand qui est exposée plus loin (page 771), elle a l'avantage d'être pratique et de permettre des résultats réels. IV. — L'impôt sur le revenu.

Quoique la chute du cabinet Bourgeois paraisse avoir donné le der-

76^ cm ONIOIJE AGRICOLE (16 MAI 1896).

nier coup au projet d'impôt sur lo revenu qu'il avait imaginé, il est probaljle qu'on verra encore les auteurs de ce projet essayer de le ressusciter. Il importe donc que les dangers en soient bien connus partout; il appartient aux associations agricoles de faire la lumière sur ce sujet, et d'ajouter à leurs protestations antérieures la démonstration complète des erreurs propagées à cette occasion. C'est ce que vient notamment de faire M. Cazeaux-Cazalet, président du Comice de Cadillac (Gironde), dans un rapport substantiel, dont nous publierons les principales parties. Cet exemple est à imiter partout. Y. — Concours spécial de la race d'Aubrac. Le concours spécial d'animaux reproducteurs de la race pure d'Aubrac se tiendra à Laguiole (Aveyron) les 30 et 31 mai. Tous les animaux de cette race pourront prendre part au concours, quel que soit le domicile du propriétaire. Le programme rappelle comme il suit les caractères distinctifs de la race d'Aubrac :

ce Race de travail, de boucherie et de production laitière : « Jambes courtes proportionnellement à la longueur et surtout à la grosseur du tronc. La tête est presque carrée, moyennement grosse et terminée par un museau court ; le front est plutôt concave que convexe ; le profil est droit. Les cornes sont fortes, relevées et contournées avec grâce, mais d'une longueur moyenne, touiours noires au sommet.

« Le mufle et le bord des paupières sont noirs et entourés d'une auréole blanche. Le poitrail est large, le coffre bombé, le dos écrasé et aplati. Les jambes sont fortes et les pieds massifs. La queue est fine et continue la ligne du dos. Souvent la croupe est étroite et la cuisse peu descendue. C'est là un des défauts principaux de la race que les éleveurs devront s'attacher à corriger,

ce Le pelage est d'une teinte unie qui s'assombrit souvent sur certaines parties du corps; il varie du brun au froment, en passant par le gris, le fauve et le blaireau. Il ne doit être ni noir, ni blanc, ni rouge, ni marqué de taches blanches, noires ou rouges.

ce Les sujets mâles doivent avoir le fond des bourses (cupule) noir : chez les mâles comme chez les femelles, la peau doit être noire ou tumée dans toutes les parties dénuées de poils voisines des ouvertures naturelles, sans lignes délimitées de peau rose. »

Les déclarations sont reçues à la préfecture de l' Aveyron, à Rodez. Le rapport entre le nombre des taureaux qui doivent figurer au concours et celui des bêtes composant les vacberies est fixé de la manière suivante : 1 taureau pour une vacherie inférieure à 20 têtes, 2 taureaux pour une vacherie de 2 1 à 40 têtes, 3 taureaux pour une vacherie de 41 à 60 têtes, 4 taureaux pour une vacherie de 61 têtes et audessus.

VI. — Concours spécial de la race Villard-de-Lans. Le concours spécial de la race bovine de Villard-de-Lans se tiendra les 30 et 31 mai à Grenoble (Isère). Comme pour les autres concours spéciaux, tous les agriculteurs français pourront prendre part à ce concours, quelle que soit leur résidence. Les déclarations des exposants doivent parvenir avant le 23 mai, à la préfecture du départe- , ment de l'Isère, à Grenoble.

VIL — Questions vilicoles.

On a beaucoup discuté, pendant longtemps, sur la valeur comparative des diverses méthodes de traitement contre le mildew ; ces discussions n'ont plus de motif aujourd'hui, mais on peut toujours cher-

cher sous quelle forme on peut obtenir les meilleurs résultais. D'un autre côté, il est réellement utile de faire connaître les résultats qui ont été réalisés avec les préparations proposées pour remplacer le mode ordinaire de fabrication des bouillies ordinaires. C'est ce que M. Caries, ancien élève de l'Ecole nationale d agriculture de Montpellier, a fait récemment pour la bouillie bordelaise céleste préparée d'après la méthode de M. Pons. Voici la partie principale, au point de vue pratique, de ces observations :

« Les essais faits en 1894 dans l'Aude par M. Barbut, professeur départemental, avaient classé la bouillie bordelaise céleste, procédé B. Pons, en première ligne. Aujourd'hui, d'autres essais faits à l'Ecole nationale d'agriculture de Montpellier, essais émanant d'une source dont la bonne foi est reconnue et officielle, prouvent que la Bouillie bordelaise céleste, préparée par MM. Jullian frères, est d'une efficacité incontestablement supérieure. L'approbation, mieux la haute protection que MM. Millardet et Gayon, les savants professeurs de Bordeaux, accordent à ce produit est une preuve de plus en faveur de cette préparation. Ce qui donne sur tous les produits similaires une supériorité incontestable à cette bouillie tient tout autant aux résullats des études chimiques de l'inventeur M. Pons, qu'à la perfection, à la modification continuelle de la préparation industrielle de la poudre. Je ne parlerai pas du prix de revient de cette bouillie; plusieurspublicistes agricoles se sont attachés à démontrer qu'il n'était pas supérieur à celui de la bouillie bordelaise ordinaire. Je m'attacherai plutôt à démontrer aux nombreux lecteurs qui ont demandé mon opinion sur elle, tous les résultats pratiques qu'ils peuvent en retirer.

« D'abord son efficacité : des expériences seules répondront. En 1895, la bouillie bordelaise céleste obtenait le coefficient 9 dans le champ de l'Ecole d'agriculture de Montpellier, alors que la bouillie ordinaire plus riche en cuivre obtenait 8 et demi. A quoi doit-on attribuer ce résultat? A la composition raisonnée de la poudre; contrairement à une idée qui semblait prévaloir depuis quelques années, M. Pons n'a pas cru que l'efficacité d'une bouillie ne dépendait que de la quantité de cuivre qu'elle contenait, mais surtout de la forme chimique de ce cuivre.

« A côté de cette dissolution favorable du cuivre, il fallait essentiellement que celte solution ne pût pas nuire en permettant à la bouillie d'être lavée complètement; c'est ici que la question d'adhérence s'est posée pour M. Pons et l'on sait comment il l'a résolue. Tous ceux qui ont employé la Bouillie bordelaise céleste de MM. Jullian frères, savent combien est adhérente cette bouillie. Les pluies les plus violentes, loin de laver complètement les feuilles, rendent les taches plus belles, plus visibles.

ce 11 resterait beaucoup de points à développer encore sur cet intéressant sujet; nous nous arrêterons au suivant, choisi entre tous. On sait que l'hydrate de •cuivre qui est le principe actif de toutes les bouillies, est un composé peu stable. La chaleur lui fait perdre facilement toute son eau de constitution même dans l'eau; il devient alors inactif et c'est ce que l'on a constaté maintes fois lorsque dans la préparation de la bouillie bordelaise ordinaire on versait le sulfate de ■cuivre dans le lait de chaux, au lieu du lait de chaux dans le sulfate de cuivre, -comme on fait et doit faire toujours pour éviter toute élévation de température. La bouillie Pons à poudre unique est à l'abri de cet accident, son hydrate est absolument inaltérable et reste dans le hquide à l'état floconneux cruelle que soit la température. De plus, ce dépôt fluide et floconneux se maintient toujours dans le même état. Et l'on peut, sans diminuer la valeur de la bouillie, la conserver indéfiniment. Cet avantage est considérable; car l'inaltérabilité de l'hydrate de suivre est le critérium de l'efficacité delà bouillie bordelaise.

« Là, ne s'arrêtent pas les avantages de la BouiUie bordelaise céleste JulUan; sa préparation facile et instantanée qui peut être confiée à n'importe quel ouvrier agricole, l'action prolongée de son cuivre, sa pénétration dans l'intérieur de la feuille, son adhérence parfaite, le libre fonctionnement du pulvérisateur, le tout garanti par de nombreuses années d'expériences et les hauts patronnages qui 1 entourent, sont une sûre garantie d'un emploi avantageux. »

Nous avons publié la partie principale de la communication faite au congrès de Poligny sur la création d'un champ d'expériences viticoles dans le Jura, par M. lloy-Chevrier, président de la Société d'agriculture de Chalon-sur-Saône. Cette étude complétée a paru récemment dans une intéressante brochure que nous nous faisons un plaisir de signaler, car elle se termine par cette pensée énergique : « Ne désespérez jamais de la terre ni de la patrie! «

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