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DES CHEVAUX DE TRAIT ET DANS L'ÉLEVAGE DES BÊTES A CORNES

J'avais jusqu'ici, depuis 1890, utilisé plus spécialement la pomme

LA POMME DE TERRE DANS L'ALIMEiNTATION. 773

de terre pour l'engraissement des bœufs, pour l'alimentation des chevaux, des porcs et des volailles, et je ne l'avais appliquée qu'incidemment à la nourriture des veaux d'élevage. Je puis affirmer aujourd'hui que cette nourriture convient parfaitement à tous les animaux de la ferme sans exception.

J'ai laissé de côté la culture des autres racines, betteraves, carottes, etc., et j'ai soumis tout mon bétail au régime de la pomme de terre. La base de la nourriture étant la même pour tous les bestiaux, c'est déjà une simplification très économique et très commode pour la préparation des rations. De plus, les mélanges étant faits aussitôt après la cuisson, la nourriture peut toujours être donnée à une température égale, et l'on n'a pas à craindre que la gelée arrête la fermentation comme pour la betterave.

La variété de pomme de terre que j'emploie est la Richter's impe-^ rator, que je cultive exclusivement.

Le genre de cuisson que j'ai adopté est la cuisson au four; ce procédé, grâce à un outillage approprié, m'a semblé plus pratique pour de grandes quantités; j'ai constaté de plus que la pomme de terre cuite au four perd environ 20 pour 100 d'eau et qu'on obtient ainsi une nourriture plus concentrée et aussi plus facile à travailler. Dans mon four de ferme de dimension ordinaire, je peux cuire tous les jours, en deux fournées, 12 quintaux de pommes de terre ; et le chauffage me revient à 0 fr. 15 par quintal, l-a pomme de terre cuite au four est passée au coupe-racines, où elle se divise très facilement. Elle est ainsi réduite en une farine grossière qui se mélange on ne peut mieux avec le foin ou la paille hachés.

La ration journalière de mes chevaux de culture, qui sont généralement soumis à un travail assez pénible, est de 4 kilog. d'avoine, 1 5 kilog. de pomme de terre et 6 kilog. de paille (les pommes de terre sont toujours additionnées de 5 kilog. de paille menue et de 200 gr. de sel par quintal). Je puis affirmer que mes chevaux, avec ce régime, sont aussi vigoureux et au moins en aussi bon état d'embonpoint que lorsque leur ration était de 10 kilog. d'avoine, 5 kilog. de foin et 5 kilog. de paille. Ils ont en outre l'avantage d'être moins longtemps à leur repas et d'avoir plus de temps pour se reposer.

Si je compare le prix de revient de chaque régime, en comptant l'avoine à 1 5 francs, le foin à 6 francs, la paille à 3 francs, les pommes de terre à 2 fr. 50 (cours de cette année), la ration de la pomme de terre revient à 1 fr. 20 et l'autre à 1 fr. 95. C'est donc une économie d'un tiers.

J'ajouterai que, pour les vieux chevaux, qui ont plus de peine à broyer et à digérer les aliments, la ration à la pomme de terre est de beaucoup préférable. J'en ai chez moi une preuve bien frappante dans un vieux cheval spécialement affecté au service intérieur de la ferme. Il dépérit régulièrement chaque année quand le régime de la pomme de terre est fini et il reprend au mois de novembre aussitôt que le régime est revenu. Cependant son travail est plutôt moins pénible en été.

Depuis le mois de novembre dernier, j'ai appliqué le régime de la pomme de terre à 18 veaux d'élevage de race normande.

6 de ces veaux étaient au 1°' novembre âgés seulement de 2 mois et n'étaient pas sevrés. Les 12 autres étaient âgés de 7 mois.

Les premiers ont reçu jusqu'au 1*'" février, c'est-à-dire jusquà l'âge de 5 mois, une nourriture presque complètement liquide composée de lait^ de thé de foin, de riz et de blé bouillis. La ration journalière totale de ce mélange, donné tiède et en deux fois, était de 10 litres par veau. La quantité de lait, qui était d'abord de 3 litres, alla toujours en décroissant; et la proportion de riz et de blé resta invariable, à 200 grammes de riz et 175 grammes de blé. On leur donna ensuite progressivement 200 à 300 grammes de foin pour les habituer à ruminer.

Au 1" janvier, le lait pur, réduit déjà à 2 litres par tête, était remplacé par du lait écrémé. Au 1" février on commença à faire entrer la pomme de terre dans leur alimentation. On en ajouta à leur ration ordinaire d'abord 1 demi kilog., puis 1 kilog., puis 2 kilog. On augmenta ainsi chaque semaine suivant leur développement et leur appétit. Ils en consomment aujourd'hui chacun 6 kilog. (la pomme de terre est toujours mélangée à 5 kilog. de paille menue et 200 grammes de sel par quintal). Au 10 mars, la boisson tiède a été réduite de moitié et remplacée par 3 kilog. de choux fourragers; on ajouta aussi 1 kilog. de paille d'orge. Au 15 avril, ils ont été mis au pré, et en quelques jours on a supprimé les pommes de terre, la boisson tiède et le reste.

Avec ce régime, ces jeunes bestiaux se sont développés sans arrêt; leur poil fin et luisant atteste lembonpoint et la santé. Ils n'ont jamais été ventrus comme la plupart des veaux élevés sans mère et sevrés trop tôt; et la meilleure preuve de leur développement rapide est qu'ils pèsent aujourd'hui 160, 185, 192, 200, 202 et 206 kilog., bien qu'ils ne soient encore âgés que de 7 mois.

Si l'on compte comme moyenne jusqu'à ce jour pour chacun de ces animaux :

2 litres de lait à 0 fr. 12 0 fr. 24

2 kilog. pommes de terre à 0 fr. 025 0 fr. 05

0 kil. 800 de foin à 6 francs le quintal 0 fr. 048

0 kil. 200 de riz à 20 francs le quintal 0 fr. 04

0 kil. 175 de blé à 18 francs le quintal 0 fr. 03

1 kilog. paille à 3 francs le quintal 0 fr. 03

Total, 0 fr. 438

en laissant de côté les autres frais généraux, qui sont approximativement les mêmes avec tout autre régime, la nourriture de ces 6 veaux est donc revenue à 0 fr. 44 par tête et par jour. La nourriture au lait seul et au foin aurait certainement coûté plus du double pour les faire arriver au même point.

Les 12 élèves sevrés et âgés de 7 mois au 1" novembre n'ont reçu depuis cette époque qu'une nourriture presque exclusivement composée de pommes de terre, mais dont la quantité a naturellement augmenté avec leur croissance. Elle a été en moyenne jusqu'au 10 mars de 10 kilog. de pommes de terre mélangées à 250 grammes de foin haché et 250 grammes de paille menue. Ils avaient en plus 2 kilog. de paille comme litière et 2 kilog. de paille d'avoine ou d'orge à fourrager.

Les frais s'élèvent donc à :

10 kilog. pommes de terre 0 fr. 25

250 grammes de foin 0 fr. 015

4 kil. 250 de paille 0 fr. 127

Total 0 fr. 39

39 centimes par tête.

Ces 12 animaux sont également en parfait état; mais, de moins bonne origine que les 6 plus jeunes, ils ne pesaient en moyenne à 7 mois que 150 kilog. environ. Ils ont aujourd'hui 12 à 13 mois et pèsent en moyenne 260 kilog.

Depuis le 10 mars, la ration de pommes de terre a été diminuée et remplacée par des choux iburragers.

Je n'ai pas fait ici la déduction du fumier produit, car je ne l'ai pas pesé. C'était un travail bien long et bien compliqué, surtout pour des animaux dont la ration a varié constamment. Mais je pense que cette expérience démontre suffisamment qu'on peut fort avantageusement remplacer le lait dans l'élevage du bétail par une nourriture liquide bien appropriée, et, qu'en taisant entrer graduellement la pomme de terre dans la ration, on peut en faire une base de nourriture incomparable aussi bien pour l'élevage que pour l'engraissement.

Egasse,

à Archevillier (Eure-et-Loir).

La Société horticole, vigneronne et forestière de l'Aube a inauguré son nouveau siège à Troyes, le 29 mars, par une séance solennelle qui avait attiré une nombreuse affluence. A cette occasion, elle avait demandé à M. Henry Sagnier une conférence sur le rôle et les progrès de l'horticulture. Les Annales de la Société viennent de pubher l'analyse suivante de cette conférence.

Lorsque votre président M. Charles Baltet m'a invité à vous faire une conférence à l'occasion de l'inauguration de votre nouvelle salle, j'ai hésité d'abord à accepter le redoutable honneur de parler devant une Société qui comprend, parmi ses membres, plusieurs des maîtres de l'horticulture moderne^ et dont les livres publiés à Troyes me dispensent de faire l'éloge; mais votre président m'a invité avec tant de bonne grâce, que je me serais fait un scrupule de refuser.

Votre Société a pris le titre de Société horticole, vigneronne et forestière, ne laissant en dehors de son action que l'agriculture, qui est encouragée par le Comice agricole et l'ancienne Société d'agriculture de l'Aube. Depuis trente ans, la Société horticole a marché de progrès en progrès et s'est classée parmi les premières Sociétés françaises.

Dans ma conférence, je ne dirai rien des vignes, ni des forêts, étant obligé de me limiter, et je parlerai : Du rôle de l'Horticulture en France et des progrès réalisés depuis la création de la Société hoi^ticole, vigneronne et forestière de VAuhe.

L'Horticulture est fille de la Botanique et sœur de l'Agriculture.

Fille de la Botanique, l'Horticulture est une fille docile qui suit les règles indiquées par la science. Mais elle a dépassé sa mère par l'étendue des services rendus et des progrès réalisés. En effet la botanique se borne à classer toutes les plantes du globe et à en faire une description savante, à leur donner un rang dans une longue liste de familles, de genres et d'espèces, tandis que l'horticulture modifie les

végétaux naturels, les améliore, les perfectionne, aussi bien pour éblouir nos yeux que pour varier notre nourriture. Elle crée de nouvelles formes de fleurs, et obtient sans cesse des légumes et des fruits bien supérieurs aux produits primitifs de la nature. C'est grâce à rbybridatioD, à la greff'e, à la sélection et à des semis intelligents, que l'horticulture réalise toutes ces merveilles. En voici quelques exemples : à l'état sauvage, la rose n'est qu'une fleur très ordinaire ; l'horticulture s'en empare, transforme les étamines en pétales, obtient les couleurs les plus variées et les parfums les plus suaves. L'églantier ne fleurit que pendant une quinzaine de jours, et certains de nos rosiers font admirer leurs fleurs pendant toute la belle saison.

Le poirier sauvage a des fruits âpres et durs ; mais par une culture savante, il devient le poirier aux fruits savoureux et parfumés, dont les pépinières de Croncels présentent de si riches variétés.

Le chrysanthème spontané est peu intéressant; nos horticulteurs l'ont transformé et en ont obtenu des centaines de variétés qui font l'ornement de nos jardins pendant l'automne. C'est à la Société horticole que revient le mérite d'avoir organisé, en France, la première exposition de chrysanthèmes.

Sœur cadette de l'Agriculture, l'Horticulture est une sœur brillante, raffinée, muis elle possède, au même degré, l'amour du travail, qui est la loi de la production. Quand on jouit de ses produits, on songe rarement à la somme énorme de travail qu'ils représentent. C'est ce travail que je voudrais mettre en lumière, car il contribue, dans une proportion très notable, à la richesse du pays. Le travail de l'horticulteur fournit des légumes et des fruits pour nos tables, des fleurs pour embellir nos maisons et nos jardins ; il assure ainsi l'existence à des milliers de travailleurs qui sont dignes de notre admiration par leur attachement au sol, leur labeur incessant et l'honnêteté de leur vie.

On n'a jamais établi de statistique complète sur la production horticole de la France. Cependant, on possède quelques indications sur son importance.

Actuellement, l'étendue des terrains cultivés par les horticulteurs est d'environ 800,000 hectares, soit 200,000 hectares de plus que la superficie du département de l'Aube. En 1852, cette surface n'était que de 300,000 hectares. D'après notre honorable directeur de l'agriculture, M. Tisserand, la valeur totale des produits obtenus serait de 1 milliard 49 millions, c'est-à-dire plus de 1 ,300 francs par hectare. La production s'accroît chaque jour, et nous devons nous en réjouir, car les salaires ainsi gagnés nourrissent des familles profondément laborieuses, contribuant à la prospérité de la France. L'horticulteur a, d'autre part, cet avantage sur le cultivateur que la valeur de ses produits n'a pas subi la baisse énorme qui a atteint les autres produits du sol.

Le travail du jardin attache au sol ; il donne des forces et des habitudes d'ordre et de moralité ; ceux qui l'ont abandonné pendant quelques années sont heureux de le reprendre plus tard.

Donner un tableau des progrès de l'horticulture pendant les trente dernières années, c'est un sujet vaste, immense : on ne peut que l'effleurer.

Ces progrès sont manifestes pour tous les yeux ; ils se montrent surtout aux environs des villes. Dans quelque région que ce soit, qu'on se reporte même à peu d'années en arrière, on constate que l'étendue des jardins s'est accrue ; la production a donc augmenté. Les anciens établissements se sont développés, d'autres ont été créés et se développent à leur tour.

Le principal auxiliaire de ce progrès a été l'extension des chemins de fer. En permettant les transports rapides au loin, les voies ferrées ont ouvert des débouchés. D'anciens monopoles ont disparu ; ceux qui en profitaient ont dû s'ingénier pour trouver de nouvelles voies. G est la lutte incessante.

L'horticulture française a su sortir victorieuse de cette lutte. Ses trois grandes formes sont la production des fleurs, des fruits, des légumes ; passons-les rapidement en revue.

Jamais les fleurs n'ont été plus recherchées qu'aujourd'hui ; certains moralistes moroses prétendent qu'on en abuse. Je ne saurais partager leur ostracisme, car derrière cette énorme consommation de fleurs, il faut voir le travail raisonné qui les produit.

Les fleurs sont associées à toutes les phases de notre existence ; elles rappellent nos jours de bonheur, nos fêtes et aussi nos peines ; elles n'éveillent en nous que de bons sentiments. Le commerce des fleurs est à son apogée ; on les trouve partout : à la fenêtre de la pauvre mansarde comme dans les salons les plus luxueux; leur action bienfaisante s'étend à toutes les classes de la société ; elles répandent autour d'elles une saine poésie, toute de souvenirs et affections, et savent exprimer nos pensées, car elles ont un langage qui leur est particulier.

Des milliers de travailleurs vivent de la production et du commerce des fleurs ; certaines communes de la banlieue de Paris et des environs de Nice se livrent à la culture d'une seule plante. Ainsi, à Bagneux, on cultive spécialement le muguet; à Bourg-la-Reine, les violettes; à Fontenay-sous-Bois, les cinéraires. Dans la région de Nice, on trouve des champs entiers d'œillets, de rosiers, de mimosas, dont les fleurs sont expédiées, non seulement en France, mais dans les pays du Nord. Cette production de fleurs amène l'aisance dans un grand nombre de familles. Aujourd'hui, grâce aux voyages incessants des botanistes et des explorateurs, nous avons en France la flore de toute la terre. Les plus belles fleurs de tous les climats sont réunies pour charmer nos yeux; nos horticulteurs ne se sont pas contentés de les cultiver, ils les ont embellies.

Ce que je dis des fleurs s'applique aussi aux plantes vertes, à tous ces végétaux qui sont de plus en plus recherchés partout.

Les fleurs représentent le côté agréable et poétique de l'horticulture ; les légumes et les fruits en sont le côté pratique.

La'culture fruitière s'étend de jour en jour. Les bonnes espèces se répandent partout, et l'on remplace les anciennes variétés par de nouvelles, dont les fruits sont améliorés,

Parmi les progrès les plus récents, il faut citer le développement de la culture fruitière sous verre, une industrie presque nouvelle. Les producteurs y trouvent leur compte, comme les consommateurs dont la table est plus garnie et plus variée.

En outre, dans tous les pays où la vigne ne peut croître, il y a un réel avantage à planter des pommiers à cidre : c'est là une richesse nouvelle pour l'avenir. Le cultivateur a tout intérêt à choisir des arbres d'excellente race, qui lui donneront une boisson saine et de bonne conservation.

Toutefois, d'autres pays marchent plus vite que nous, par exemple, la Belgique en Europe, les Etats-Unis en Amérique, dont le commerce pour les fruits est devenu vingt fois plus considérable depuis vingt ans. Nos producteurs doivent redoubler d'efforts pour accroître leurs débouchés.

Le commerce de plants d'arbres est encore un des éléments de notre richesse nationale; en 1885, nos pépiniéristes ont envoyé à l'étranger un million de plants, et en !895 leur exportation a été le double ; c'est là un progrès considérable, réalisé en dix ans seulement.

La production des légumes est la branche la plus modeste de l'horticulture ; mais c'est celle qui atteint les chiffres les plus élevés.

Ici, on doit distinguer deux sortes de producteurs : le cultivateur proprement dit et le maraîcher.

C'est surtout aux environs des villes que le cultivateur « des champs » s'adonne à la culture potagère dans des proportions importantes. Il doit suivre les saisons, mais il a su réaliser des progrès sensibles ; il fait aujourd'hui beaucoup mieux qu'autrefois.

A cette époque de crise agricole, il est à désirer que les cultivateurs essaient de compenser la perte qu'ils éprouvent sur la vente des céréales par la production de légumes de grande culture : choux, oignons, navets, etc. Ceux de la banlieue de Troyes l'ont déjà compris, car on cultive l'ail et l'échalottedans la vallée de la Vanne, la pomme de terre hâtive gagne du terrain et les navets de Montgueux sont très estimés. Dans certains villages de la Bretagne, réchauffés par les courants maritimes, les cultivateurs ont cessé de semer des céréales, dont le revenu est si minime, pour se livrer à la culture en grand des légumes de primeurs. Là, on trouve des champs entiers d'artichauts, de pommes de terre, de choux -fleurs, d'oignons, etc. Tous les ans, près de 300 bateaux transportent ces produits en Angleterre et dans les ports du nord de la France. La Compagnie de l'Ouest reçoit plus de 500,000 fr. par an pour le transport des légumes récoltés en Bretagne. Il y a là une source immense de prospérité dans une région autrefois peu productive. En dehors de quelques circonstances spéciales, c'est aux maraîchers que nous sommes redevables de tous les légumes de nos marchés.

Les maraîchers sont les artistes de la production potagère : modestes, ardents au labeur, ils ne connaissent pas de répit. La combinaison des abris, des fumiers et des arrosages leur permet de réaliser des miracles. Mais ils travaillent avec passion et intelligence ; leur dur labeur les tient courbés sur le sol pendant trois cent soixante-cinq jours par an et dix-huit heures par jour.

Loin de détourner leurs enfants de cette profession pénible, ils les initient de bonne heure à tous les travaux, formant ainsi des familles de travailleurs infatigables, préférant les joies du foyer aux plaisirs malsains des cabarets. Pour le maraîcher, il n'y a plus de saisons); grâce aux cloches, aux châssis, au thermosiphon, nos marchés sont

approvisionnés de légumes pendant toute l'année. C'est l'un des membres de la Société de l'Aube, M. Boulât, qui a inventé le châssis double, dont les résultats sont excellents. Quand le cultivateur obtient une récolte par an ou même deux en trois ans, le maraîcher retire du même terrain deux ou trois récoltes chaque année. Grâce à une intelligente succession de cultures et à d'abondantes fumures, sa terre n'est jamais épuisée et peut rapporter 10,000 fr. par hectare. C'est là un produit considérable, dont il ne reste malheureusement qu'une petite partie en bénéfice net, par suite des frais énormes de tumure et de main-d'œuvre.

Sans entrer dans les questions brûlantes, il semble que le produit de 1 0,000 fr. obtenu avec tant de peines ne saurait être considéré comme un revenu imposable. Le résultat du travail n'est pas un revenu.

On ne saurait calculer, même de loin, l'importance de notre pro-duction potagère. Maison peut se faire une opinion approximative sur les progrès réalisés depuis dix ans dans la culture maraîchère^ en comparant les importations aux exportations. En 18ÎS5, nos importations étaient évaluées à 8,600,000 fr.; elles n'ont plus été que de 7,000,000 en 1895; soit, une diminution de 1,600, 000 fr. Par contre, les exportations se sont élevées de 21,600,000 fr. en 1885 à 25,000,000 en 1895, l'augmentation est de 3,400,000 fr. Au total, la balance de notre commerce avec l'étranger s'est accrue, à notre avantage, de 5,000,000 fr. C'est là un résultat qui fait honneur au travail et à l'habileté de nos maraîchers.

Quelque méritoire qu'il soit, le travail serait imparfait s'il n'était éclairé. Le rôle des sociétés telles que la vôtre, est d'aider puissamment aux progrès de l'horticulture par des encouragements et des récompenses décernées aux meilleurs ouvriers, par des expositions, luttes pacifiques oi^i chacun s'efforce de réaliser de nouveaux perfectionnements et de surpasser ses concurrents ; par des distributions de graines pour propager les meilleures espèces; enfin, par le développement de l'instruction professionnelle.

Vos annales sont toujours intéressantes à consulter, elles signalent les bonnes méthodes à vos trois mille adhérents.

Permettez-moi de vous adresser toutes mes félicitations pour les services que vous avez rendus. Vous avez une expérience trentenaire et cette date sera pour vous l'ouverture d'une nouvelle étape dans le perfectionnement.

Quand on s'avance si loin dans la voie du progrès, il n'est plus permis de s'arrêter. Les succès remportés par votre Société lui donneront une nouvelle impulsion et, si je ne craignais d'émettre un vœu irréalisable, je souhaiterais de vous retrouver ici pour fêter son centenaire et ses nouveaux titres à la reconnaissance publique.

Henry Sagnier.

COUVERTURES POUR LES MEULES

C'est une opération assez délicate que celle de couvrir les meules de fourrages ou de céréales ; on a besoin d'ouvriers habiles qui font parfois défaut. Il est donc très utile de pouvoir se servir de paillassons tout préparés, qu'on n'a plus qu'à poser et qu'on peut enlever

COUVERTURES POUR LES MEULES

ensuite quand on abat les meules, pour s'en servir plus tard à nouveau. C'est pour la construction de paillassons de ce genre que sert la machine montrée par la fi g. G4.

Fig. 64. — Mac-liiue à lahriqiier les |)iiil!a -«'>!!-* poui' .couvrir l^^s nieaii>-

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