ET BOUILLIES DU COMMERCE
Il est un fait dont à notre avis on ne tient généralement pas assez compte dans la préparation des bouillies bourguignonnes, c'est la grande irrégularité de composition des cristaux de soude.
Les fabricants mettent d'ordinaire une certaine quantité de sulfate de soude dans les dissolutions concentrées qui doivent fournir les cristaux de soude pour obtenir^ disent-ils, une plus belle cristallisation et aussi peut-être bien parce qu'on peut avoir du sulfate à très bon compte.
De sorte que certains fabricants peuvent avoir intentionnellement la main un peu lourde dans l'addition qu'ils font et dautres peuvent, même sans le vouloir, livrer accidentellement des cristaux contenant une forte proportion de sulfate ; ce dernier cas se présente lorsqu'on fait cristalliser à nouveau les eaux-mères provenant de la préparation des cristaux de soude ordinaires.
Quelle qu'en soit la cause, les cristaux de soude présentent une composition très peu régulière et, alors qu'ils devraient contenir un peu plus de 37 pour 100 de carbonate anhydre, il nous est arrivé à maintes reprises de tirer des cristaux contenant seulement 30, 25 et même 21 pour 100 de sel anhydre.
Lorsqu'on a affaire à des cristaux de soude s'écartant de la composition théorique, on ne peut pas savoir d'avance, à moins d'en faire l'essai, quel genre de bouillie on obtiendra et on risque fort d'avoir une bouillie acide, alors qu'on en désirait une neutre ou même alcaline.
Ce fait peut être sans inconvénient dans certains cas, mais il n'en est plus de même lorsqu'on met les proportions de cristaux indiquées pour obtenir une solution exactement neutre en acide ; en effet, si dans cette dernière série nous prenons la bouillie à 4 pour 100 de sulfate de cuivre et si nous ajoutons seulement 4 kilog. de cristaux semblables à l'échantillon pauvre dont nous avons cité la composition, nous aurons, non plus 521 grammes par hectolitre de sulfate de cuivre libre, mais un peu plus de 2 kilog., et nous brûlerons certainement tout, feuilles et raisins.
Il serait évidemment bien plus sûr d'employer du carbonate de soude anhydre, vendu généralement sous le nom de soude de Solvay, dont la composition est plus régulière et ne varie guère que par suite de son humidité plus ou moins grande, mais ceux qui l'emploient éprouvent aussi quelque difficulté : si le carbonate anhydre n'est pas versé très lentement dans le liquide en agitation, il ne tarde pas à se réunir en grumeaux quelquefois très volumineux qui éprouvent un commencement de cristallisation confuse, ce qui fait quils se dissolvent ensuite avec une très grande lenteur, apportant ainsi une autre cause d'irrégularité dans la préparation.
Il nous semble nécessaire de prendre certaines précautions dans la préparation des bouillies bourguignonnes et, lorsqu'on ne connaît pas le titre des cristaux de soude qu'on emploie, on devrait opérer comme M. Viala conseille de le faire pour la bouillie bordelaise, c'est-à-dire
faire séparément une dissolution de carbonate de soude et l'ajouter peu à peu à la dissolution de sulfate' de cuivre, jusqu'à ce que le papier de tournesol indique une légère réaction alcaline, ce qui montre qu'il y a un excès de carbonate^ excès qui ne peut d'ailleurs pas être considérable, si l'on a opéré en ajoutant très peu de carbonate à la fois.
Si alors on veut une dissolution alcaline, dont nous ne voyons pas bien l'utilité, il suffira d'ajouter l'excès voulu de carbonate de soude; si au contraire on a l'intention d'opérer avec une dissolution incomplètement saturée, il suffira de prélever au préalable la quantité de solution de sulfate de cuivre correspondant à l'excès qu'on désire, de saturer le reste et ensuite de mélanger les deux liquides.
En résumé, si l'on veut opérer en connaissance de cause avec les bouillies bourguignonnes, il nous semble indispensable de passer toujours par la neutralité, soit pour la totalité, soit pour une partie du liquide, mais alors il faut prendre des précautions, aller lentement et perdre ainsi une partie des avantages de simplicité qu'on croyait obtenir.
De plus l'emploi d'un réactif, tant simple soit-il, effraye toujours quelque peu les agriculteurs; aussi, comprend-on, comme le faisait remarquer tout récemment M. Degrully, la tendance à l'emploi des préparations toutes faites qu'on trouve actuellement dans le commerce et dont quelques-unes donnent des résultats très satisfaisants.
Malheureusement, là encore il faut savoir choisir, ce qui est pourtant moins difficile qu'on ne pourrait se le figurer : il y a d'abord l'honorabilité souvent très connue de la maison qui met le produit en vente, il y a aussi les résultats dont il faut tenir le plus grand compte. C'est la forme du principe actif, et notamment sa solubilité ou sa non solubilité, au lieu de s'occuper exclusivement de la quantité de cuivre contenue, comme ont trop de tendance à le faire ceux qui ont étudié insuffisamment cette question.
La solubilité a tellement d'importance que certains industriels ne craignent pas d'ajouter un principe colorant étranger, ainsi que nous avons pu le constater plusieurs fois, pour faire croire au public qu'il a affaire à une bouillie plus ou moins céleste, suivant l'expression consacrée.
Lorsque la préparation employée contient la totalité ou la plus grande partie de son cuivre sous une forme soluble, non nuisible aux plantes, on arrive à des résultats très rapides et infiniment plus marqués à égalité de richesse, qu'avec les préparations qui contiennent le cuivre sous une forme insoluble comme la bouillie bordelaise et la bouillie bourguignonne.
De plus, lorsque le principe actif est insoluble comme dans les bouillies ordinaires, il se réunit assez rapidement et si l'on emploie pas le liquide peu après sa préparation, il est très difficile de maintenir en suspension le précipité lourd qui s'est formé et l'on risque fort d'en perdre une partie ; il nous souvient d'avoir eu l'occasion d'essayer il y a une dizaine d'années, des boues provenant de bouillies bordelaise, boues qu'on jetait et qui contenaient cependant une quantité de cuivre correspondant à un peu plus de 50 pour 100 de sulfate cristallisé.
Cet inconvénient de la non-solubilité du principe actif est encore bien plus marqué dans beaucoup de préparations toutes faites qu'on trouve dans le commerce et qui, !e plus ordinairement sont formées " de sulfate de cuivre mélangé avec du carbonate ou du bicarbonate de soude, de la chaux ou du bicarbonate de chaux; dans ces mélanges la réaction se fait quelquefois peu à peu dans le sac même et lorsqu'on veut s'en servir, on obtient non seulement un composé de cuivre insoluble, mais ce composé est tellement aggloméré et d'une densité si élevée qu'il est presque impossible de le mettre en suspension, ce qui réduit à presque rien l'efficacité de la préparation.
C(>mme conclusion, il faut à notre avis :
I " Si l'on emploie les bouillies bordelaise ou bourguignonne, apporter dans leur préparation plus de soins qu'on ne le fait d'ordinaire et les employer très peu de temps après leur confection.
2° Si l'on fait usage des bouillies du commerce, il faut se préoccuper au moins autant de la forme du composé cuprique que de sa quantité et, d'une façon générale, préférer les préparations dans lesquelles le cuivre est à l'état soluble, pourvu toutefois qu'il soit sous une forme inolîensive, parce qu'alors on obtient des résultats bien plus réguliers, puisque les liquides peuvent se conserver sans perdre de leur efficacité, et souvent bien meilleurs, même à dose plus faible.
J. Revol,
Chimiste agricole à Lyon, professeur à l'Ecole d'agriculture d'Ecully.
GOMMENT FxVIRE DE LA BONNE AGRICULTURE?
Je n'hésite pas à dire que, quel que soit le mode d'exploitation d'un domaine, le succès de l'entreprise dépend beaucoup des aptitudes, du savoir théorique et pratique, en un mot, du capital intellectuel de celui qui fait valoir. On peut répéter sans crainte de se tromper : (c Tant vaut l homme, tant vaut la terre ». Je connais encore des cultivateurs qui réussissent bien, où d'autres se sont ruinés. Malheureusement ils ne sont pas très nombreux, et on doit convenir que les temps sont durs pour les travailleurs du sol!...
Ceux qui ne se sont pas encore lancés dans la carrière peuvent demander sérieusement s'il est encore possible de gagner de l'argent en agriculture'^ Si oui, comment peut-on faire?
Deux questions graves qu'a dû se poser aussi maintes fois celui qui a la lourde responsabilité d'enseigner les meilleures méthodes culturales à une ardente et bonne jeunesse, l'espoir de l'avenir.
Je ne puis résoudre ce difficile problème pour chaque cultivateur mais je vais essayer d'en donner la solution générale, laissant le soin au lecteur intéressé d'appliquer les chiffres de la pratique pour les cas particuliers et de tirer lui-même la conclusion.
— Personne ne peut contester que lobjet de lagriculture proprement dite est d'o6^e«/r </?* sol les produits végétaux les plus abondants, les plus riches et au meilleur marché possible — puis de les livrer à la consommation ou de les vendre le plus cher possible. — C'est la différence entre le prix de production et le prix de vente qui donnera le bénéfice ou la perte dans toute exploitation aiïrjcole.
C'est bien la solution de ce gros problème qu'il s'agit de trouver. —