LA SÉCHERESSE DANS L'EST
Chèvreroche-Vagney (Vosges), le 14 mai 1896.
Un hâle desséchant avec température froide souffle depuis près de six semaines, et la végétation, mise en bonne voie par le temps printanier de mars, est restée depuis, presque stationnaire. La situation devient inquiétante pour les prairies surtout qui, depuis cette longue période, sont grillées simultanément et par les gelées nocturnes et par les chauds rayons du soleil.
Les détenteurs forcés de vieux fourrages commencent à trouver des amateurs avec prix sensiblement en hausse; pour peu que cette situation dure, ils s'écouleront facilement.
Les prix du bétail diminuent rapidement. Malheureusement cette situation ne fera subir à la crise implacable qui étreint le monde agricole qu'une simple variation dans ses effets : ce sera la médaille aux deux revers retournée.
L'avènement de M. Méline au Ministère est accueilli par ses compatriotes avec un sentiment de soulagement. Ils savent reconnaître qu'en introduisant le Ministère de l'agriculture à la présidence du Conseil, l'éminent économiste est résolu à continuer son œuvre si bien commencée de dévouement à l'agriculture française. Souhaitons qu'un mauvais caprice parlementaire ne vienne pas entraver nos espérances. J.-B. Jacquot.
GOMMENT PARER A L'INSUFFISANCE DE FOURRAGES
EXPÉRIENCES DE LA STATION D'ESSAIS DE SEMENCES PENDANT L'ÉTÉ SEC DE 1893.
Sur beaucoup de points du territoire, le déficit de la production fourragère va obliger les agriculteurs à recourir à des cultures d'été s'ils ne veulent pas s'exposer à vendre leur bétail dans des conditions désastreuses. A titre d'indication, je voudrais signaler les résultats que nous avons obtenus pendant l'été très sec de 1893 avec différentes variétés de maïs, de millet, de sorgho et de moutarde.
L'expérience a été poursuivie à la ferme de llnstitut agronomique, dans une terre siliceuse, très légère, fumée au fumier de ferme en 1892. Le 1 5 mai 1 893 immédiatement après un violent orage qui avait bien humecté le sol superficiel, nous avons enterré les semences; celles-ci germèrent rapidement et quand se produisirent les chaleurs torrides de juin et de juillet, les racines avaient pénétré assez profondément pour ne pas en souffrir.
Les plantes semées en lignes ont été binées deux fois, moins pour détruire les mauvaises herbes que pour retarder les pertes d'eau du sol par évaporation.
COMMENT PARER A L'INSUFFISANCE DES FOURRAGES
La récolte a clé faite du 10 au 21 juillet, c'est-à-dire cinquante-six à soixante-sept jours après les semailles.
Fig. 67. — Maïs Dent-de Cheval. Fig. 68. — Moha de Hongrie.
Le tableau suivant résume les principales observations consignées au journal d'expériences de la Station :
D.ite Dale Rendement Hauteur
cii;s de la à l'hectare des plantes
Variétés. semailles. récolte. — — Observations.]
— — — kilog. centimètres. —
Maïs quarantain 15 mai 21 juillet 55,000 105 Epié.
Maïs hâtif d'Auxonnc. . — —55 ^OOO 130 Les fleurs n'apparaissent pas encore.
Maïs blanc des Landes. — — 43,750 140 —
Sorgho commun — — 32,500 80 Non épié.
Millet à grappes — — 40,000 85 —
Millet jaune — — 31,550 105 Epié.
Millet noir — — 23,750 100 Epié.
Moha de Hongrie — 18 juillet 28,750 90 à 95 Non épié.
Moha de Californie — — 39,000 90 Epié en partie.
Moutarde blanche — 10 juillet 12,000 75 En fleurs.
Nous avons opéré dans des conditions favorables qui expliquent les rendements élevés que nous avons obtenus.
COMMENT PARER A L'INSUFFISANCE DES FOURRAGES
20,000 kilog. de fourrage vert pour le moha et les millets; 30,000 à 50,000 pour les maïs, sont des récoltes sur lesquelles on peut parfaitement compter en grande culture.
Le maïs el le sorgho seront réservés aux bonnes terres ; le moha et les millets, moins exigeants, aux terres de moyenne qualité.
11 n'est pas inutile de rappeler que les mohas et les millets coupés
Fig. 69. — Millet commun.
Fig. 70. — Sorgho
dès que les premiers épis commencent à paraître, peuvent être fanés et livrent du foin d'excellente qualité.
Pour compléter les notions sommaires que je viens de présenter, voici, pour les différentes plantes énumérées plus haut, les quantités de semences à répandre à l'hectare et les prix moyens de ces dernières, prix qui nous ont été indiqués le 18 mai par deux importantes maisons de Paris :
822 COMMENT PARER A L'INSUFFISANCE DES FOURRAGES
Oiianlilé l'rix moyen Valeur approximative
do semence des loo kilog. des semences
à em|)loyer au à employer
Désignation des espèces par hectare. I»maii89«. par hectare,
kilog. franes. francs.
Maïs divers i ^^S '"i "^"f "20 â 28 \ J^ ^ ^8
' 200 a la volée * 40 a 56
Sorgho commun !?« ^» "^"f 80 à 85 \ l^ ^ IJ
° < 40 a la volée ( 32 a 34
Millet jaune J ?S ?" "^"f^ 40 à 45 1 ,? - ?o rn
' f 30 a la volée M2 a 13.50
Moha de Hongrie Id. 45 à 50 | jg ^^^^ ^^
Moha de Californie Id. 48 à 55 { j^'JJ | }J ^q
Moutarde blanche 12 40 à 45 4.80 à 5.40
Le prix des semences très peu élevé, comme on le voit, ne saurait être un obstacle à la culture des plantes que je viens de recommander. Pour ne pas être trompé sur la qualité des semences, exiger sur facture la composition suivante :
Pureté pour 100. Faculté gérminativc.
Maïs 98 80 à 90
Sorgho 98 90
Millet 98 ' 90
Moha 98 90
Moutarde 98 90
Envoyer un échantillon de 200 grammes à la Station d'essais de semences, 16, rue Claude-Bernard, à Paris; trois à quatre jours après la réception de l'échantillon, la Station adresse un bulletin préalable d'analyse indiquant si les semences peuvent être employées en toute sécurité.
Pour les agriculteurs, le prix d'une analyse est de 1 fr. seulement. Le montant en est intégralement versé au Trésor. Les négociants placés sous le contrôle de la Station prennent à leur charge les frais d'analyses pour des livraisons de 5 kilog. au moins.
Les agriculteurs auraient grand tort de se laisser aller au découragement; qu'ils se tiennent prêts à ensemencer leurs terres avec les plantes que nous venons d'indiquer, et à moins de circonstances exceptionnelles, ils trouveront dans ces cultures d'été les ressources fourragères qui leur sont nécessaires. E. Schribaux,
Directeur de la Station d'essais de semences à l'Institut national agronomique.
Votre Commission chargée de l'étude des questions économiques, a consacré sa séance de mars à l'étude de la réforme de l'impôt sur le revenu.
Elle a divisé son travail en trois parties : Dans la première, elle a étudié le proiet présenté à la Chambre des députés par M. Doumer, ministre des finances; dans la deuxième, elle a examiné le principe de l'impôt sur le revenu et ses conséquences ; enfin, la recherche des réformes qui devraient être introduites dans notre régisme fiscal a fait l'objet de la troisième.
1° Projet de M. Doumer. — Le projet du ministre des finances impose la totalité des revenus de chaque personne, fiit-elle étrangère, résidant en France, sans aucune distinction sur la nature et l'origine des revenus. Jusqu'à 10,000 fr., les revenus seraient taxés par une Commission locale et, pour les revenus audessus de 10,000 francs, les contribuables seraient tenus à la déclaration. L'impôt serait établi à partir du l*"" janvier sur les revenus de l'année écoulée suivant un taux progressif.
« Le taux de l'impôt, dit le ministre, est fixé à 5 pour 100. Mais dans le revenu