Bulletin of Bolanical Department Jamaica (juillet
ployer l'acide carljolique étendu, comme on Ta indiqué plus haut.
I^e Trichosphxria semble avoir été primitivement saprophyte et serait devenu peu à peu parasite. Ce fait n'est pas exceptionnel, mais il ajoute à la gravité du mal. Enfin, comme le shot borer, il semble avoir une préférence pour la canne Bourbon, mais les autres variétés n'en sont pas exemptes.
2° Une autre maladie, moins bien définie, attaque les racines. M. Massée a encore trouvé dans les cannes envoyées par M. Bovell, un champignon décrit par le D' Went, à Java, comme le CoUetotrichum falcalum (root disease), M. Barber retrouve à Antigue les mêmes apparences extérieures : les cannes plantées en décembre subissent un arrêt de croissance vers juin ou juillet; de nouvelles pousses sortent de la souche, mais aucune n'arrive à maturité; en arrachant la plante, on trouve les racines mortes. Cette maladie encore semble s'attaquer de préférence aux cannes Bourbon, mais elle attaque aussi la Caledonian queen, la canne rayée^ etc. Cependant, les tissus paraissent sains. On trouve bien un mycélium blanc dans le sol autour des racines mortes, mais il paraît plutôt saprophyte. Faut-il chercher la maladie aux extrémités des radicelles? Nos connaissances sur ce point sont encore bien incomplètes*.
3° Une maladie singulière qui semble avoir quelques relations avec la chlorose de la vigne se manifeste spécialement sur les terres calcaires de la Dominique, d'Antigue et de la Bàrbade. On la désigne sous le nom de Gall patch. La canne devient blanche ou légèrement jaunâtre et n'arrive pas à maturité ; aux endroits où cette maladie apparaît, elle semble sans remède. On a essayé plusieurs fois, à Antigue et à la Barbade, de creuser le sol jusqu'à la profondeur de plus d'un mètre et d'y mettre de la terre nouvelle, mais toujours sans succès.
V Enfin, une maladie qui paraît très répandue et qui a été signalée., il y a quelques années, à Anligue, par M. Watts, paraît être due à un myxomycète mal défini, étudié récemment par M. Debray, à Alger, et par M. Prunet, à Toulouse. On la retrouve sur un grand nombre de végétaux et on la désigne sous le nom général de hrunmure qui rappelle son apparence extérieure. Mais il n'est pas rare de trouver sur les cannes des taches rouges, qui affectent également le tissu sousjaeent, sans qu'on puisse y déceler aucune trace de plasmode, de mycélium, ou de bactéries. Faut-il y voir une modification accidentelle du veson qui s'acidifie et réagit sur le tissu sain en le mettant dans un état où il sera plus tard facilement attaqué par les parasites? C'est ce que l'expérience permettra bientôt de résoudre.
Je ne parlerai pas du Sereh de Java, ni de la gommose signalée par M. Boname à l'île Maurice, désirant me limiter ici à la région des Antilles.
IV. Remèdes. — Quels sont maintenant les remèdes à une pareille situation? On peut toujours espérer en apportant plus de soins à la culture, en chaulant les terres trop argileuses, en choisissant toujours des plants sains, en brûlant tout résidu suspect, enrayer dans une certaine mesure la propagation des parasites. La culture d'un hectare de cannes coûte environ 750 francs; or, une récolte de 40 tonnes à l'hectare rendant
1. 0. de Laguarigue de Survilliers : Maladies de la canne à la Martinique (juin 1895).
6 pour 100 de sucre, au cours où est descendu le sucre dans ces dernières années, ne couvrirait pas ses frais. On ne peut guère espérer les diminuer, mais, peut-être, peut-on élever le rendement? On y parviendra surtout au moyen de rotations convenables. On a proposé bien des solutions.
Il était naturel de songer d'abord aux légumineuses. On a reproché aux légumineuses d'attirer davantage les insectes et de provoquer leur extension ; mais il n'est pas établi que leurs parasites soient ceux de la canne et, d'ailleurs, ils en souffrent moins. Parmi les légumineuses, une plante devait attirer spécialement l'attention c'est l'indigo, qui se recommande à la fois comme culture d'assolement et comme culture industrielle. Une expérience faite à la Martinique a montré qu'une terre qui a porté de l'indigo pendant plusieurs années donne ensuite de fortes récoltes de cannes.
Le manioc dont la culture est très importante aux Antilles, pour la fécule qu'on consomme sur place ou qu'on exporte pour le tapioca, convient très bien aussi comme assolement.
Dans l'étude des maladies, nous avons vu que les diverses variétés de cannes ne sont pas également attaquées. Or, MM. Bovel et Harisson sont parvenus, vers 1891 , à obtenir des graines fertiles de cannes donnant des plantes très résistantes. Déjà, le 24 octobre 1892, M. Bovel écrivait à M. Hart, directeur du Jardin botanique de Trinidad : « Je ne trouve pas de champignon sur les cannes venues de graines; j'en trouve seulement sur les anciennes variétés de Bourbon. » Ces études, commencées à la Barbade, ont été continuées par M. Harrisson, à Demerara, mais les résultats n'en ont pas encore été publiés complètement. Ils paraissent confirmés par les expériences de M. Bovel, à Dodd, et par celles de M. Stubb, en Louisiane. Ces expérimentateurs sont parvenus à créer des variétés à la fois plus résistantes et plus riches en sucre. Ainsi, en prenant le nombre 100 pour le rendement en sucre d'une pièce plantée en canne Bourbon, on trouve pour certaines variétés nouvelles, les nombres 102.5, 103.6, 110, 112.7, 118, et 127.6, et ce chiffre élevé parait dû moins au poids plus élevé des cannes qu'à leur richesse saccharine ^
Si les Antilles ont été cruellement éprouvées dans ces dernières années, du moins, un effort considérable a été fait et il est permis d'espérer que de l'ensemble de ces études il se dégagera un progrès considérable dans l'agronomie générale de ces contrées. Qu'il me soit permis aussi de souhaiter que la métropole et les pouvoirs locaux encouragent par tous les moyens les recherches scientifiques d'où peuvent dépendre tous les progrès de l'agriculture coloniale. G. Saussine,
Professeur au lycée Saint-Pierre (Martinique).
LE COMTE DE DUDLEY, MINISTRE DU COMMERCE DE LA GRANDE-BRETAGNE ET LES CHAMBRES D'AGRICULTURE
M. Charles W. Smith n'a pas laissé passer sans contestations les affirmations du comte Dudley dans la séance du 1"mai de la Chambre des lords, en réponse à la proposition de lord Stanley (voir Journal du 23 mai, p. 812).
1. Hart: Bulletin of miscellaneou» informations (janvier 18%).
Lord Dudley avait fait remarquer que la matière avait été exposée à la Chambre centrale d'agriculture par M. Smilh, et que cette Chambre n'avait pas cependant jugé bon de porter l'affaire au Ministère de l'agriculture compétent. C'était exact en ce sens que réellement cette dernière démarche n'avait pas été faite. Mais sans doute le noble lord ne savait pas que deux fois, le 12 décembre 1894 et le 4 février 1896, la Chambre d'agriculture avait voté la résolution qu'elle désapprouvait le système actuel des ventes « option and future », sur les produits agricoles et que le Gouvernement fut prié d'instituer une enquête sur ce système. Ignorance ou réticence, l'argument de procédure de lord Dudley n'existe plus; par une lettre officielle du 6 mai, du secrétaire des Chambres centrales et associées de l'agriculture, M. Smith a été informé que dans sa réunion du 5, ces Chambres avaient à I'unanimité résolu que leur décision du 4 février précédent fût officiellement portée à la connaissance du Gouvernement. C'en est donc fini de la fin de non-recevoir du Ministre du commerce ; l'institution la plus hautement qualifiée pour représenter les intérêts agricoles en Angleterre appuie de son autorité et de sa compétence nos vues sur le déplorable effet du jeu.
Quant à l'affirmation du même ministre sur les cours du café si bien tenus d'après lui à la date du 1" mai, le Ministre fera bien de se faire mieux renseigner sur la réalité. En décembre 1893, le café était coté à la Chambre de liquidation de Londres, à 83 schellings 6 deniers. Son cours actuel (mai 1896) est de 59 schellings, mais les « ours » vendent des (f futures )) sur cet article fin décembre et commencement de janvier 1896-97, à 52 schellings 9 deniers le quintal ordinaire (le centner ou hundred-weight). Ainsi donc la dépréciation a été de 24 schellings 6 deniers, ou vingt-neuf pour cent (29 pour 100) depuis deux ans, avec une perspective d'une baisse de 30 schellings 9 deniers ou trentesept pour cent (37 pour 100) fin 1896, pour la prochaine récolte. Estce là ce que le Ministre du commerce appelle une maintenue des cours grâce à la spéculation?
Nous suivrons attentivement, sans défaillance, toutes les manifestations des assemblées politiques à l'étranger ou en France sur cette questions. Il est impossible qu'on ne voie pas que le jeu sur les différences entraîne partout et fatalement la décadence des prix de tous les produits à un degré qui devient effrayant pour le travail agricole du monde entier. P. du Pré-Collot.
Circulaire de M. le Ministre de l'agriculture sur les moyens de combattre les effets
de la sécheresse.
Monsieur, la sécheresse, qui a sévi depuis quelque temps, en France, a déjà eu pour résultat de réduire dans bien des locahtés le rendement des prairies et des fourrages annuels ; si elle vient à se prolonger, elle aggravera encore la situation et pourra compromettre l'alimentation de notre bétail pendant l'été et surtout pendant l'hiver prochain, faute d'approvisionnements suffisants en foin. Le gouvernement de la République s'en est préoccupé ; sa sollicitude pour les intérêts menacés de l'agriculture devait surtout s'éveiller au souvenir des pertes énormes que la culture a faites, par suite de la sécheresse de 1893, dont les effets désastreux ont été sans exemple.
J'espère que nos cultivateurs n'auront pas à repasser par les mêmes épreuves ; néanmoins, il convient de tout prévoir et de veiller. C'est pourquoi j'ai déjà chargé
les préfets de faire appel à votre zèle et à votre dévouement en vous invitant à vous mettre sans retard en contact avec les agriculteurs pour aviser aux premières mesures à prendre en vue de parer au mal déjà constaté.
Je n'ai pas à vous dire, monsieur, par quels moyens il est possible de remédier à la pénurie des fourrages partout où elle s'est produite ; je n'ai pas à vous faire connaître en détail la nature des ensemencements des plantes fourragères à conseiller pour accroître les ressources alimentaires delà ferme, ni les denrées, pailles, grains, tourteaux, etc., qu'il est possible de substituer économiquement au foin, quand celui-ci fait défaut, pour nourrir les bestiaux.
Les remèdes à appliquer varient suivant les lieux et les aptitudes propres de chaque pays, et vous avez une instruction professionnelle, une expérience et une compétence qui me rassurent sur votre enseignement et les conseils que vous aurez à donner. Je sais, d'ailleurs, avec quel soin, et c'est votre devoir, vous vous tenez au courant de tous les progrès à réaliser dans le département et avec quelle ardeur vous poursuivez vous-même l'étude des questions intéressant l'agriculture de la région et propagez par la parole et l'expérimentation des bonnes méthodes. Vous savez donc ce que vous avez à faire et je n'avais qu'à vous invitez à concentrer toutes vos forces, toute votre intelligence, et à consacrer tout votre temps à éclairer les cultivateurs, partout où cela est nécessaire, sur les meilleurs moyens de lutter contre une sécheresse prolongée.
Il est toutefois un point sur lequel je dois appeler tout particulièrement votre attention : je veux parler des modifications possibles à introduire dans l'alimentation des animaux domestiques.
Je désire que vous prolitiez des circonstances dans lesquelles se trouve l'agriculture, cette année, pour fournir des indications précises sur la manière de composer les rations des animaux, de les modifier et de faire les substitutions de denrées, de façon que lesdites rations soient, toujours et à tout moment, les plus économiques et les plus nutritives.
Je désire que vous vous attachiez spécialement à montrer les avantages qu'on peut tirer d'une ration bien composée, bien calculée et dans laquelle on fait entrer, en remplacement du foin et suivant les prix de la localité, et avec une préparation convenable et appétentc pour les animaux, de la paille, des grains, des tourteaux, des sons, des racines, etc.
Je suis amené à vous faire cette recommandation, non pas seulement à raison de la diminution considérable que va subir vraisemblablement le rendement des prairies et des récoltes fourragères, mais à cause de la baisse continue du prix des céréales et autres produits de la culture.
Grâce à la protection douanière et à la sécurité qu'elle a donnée, grâce aussi aux encouragements de toutes sortes donnés par la République au développement de l'enseignement professionnel, aux efforts soutenus des associations et des syndicats agricoles, aux recherches et aux découvertes de la science, et aussi à vos fructueuses leçons de vulgarisation, l'agriculture française a pu réaliser, pendant les quinze dernières années, d'importants progrès et sa production a atteint un niveau qu'elle n'avait jamais connu.
Le rendement des céréales et des pommes de terre surtout a augmenté dans des proportions qui méritent de fixer l'attention.
Ainsi la culture du blé qui, pendant la période décennale de 1872 à 1881, a donné en moyenne par an 100,295,000 hectolitres de grains, a fourni une récolte moyenne annuelle de 107,098,000 hectolitres pendant la période de 1882 à 1891 et de 1 12,327,000 hectolitres de 1892 à 1895.
Pour l'avoine, la production moyenne annuelle, qui avait été de 75,105,000 hectolitres de 1872 à 1881, s'est élevée, dans la période de 1882 à 1895, à 87,100,000 hectolitres; le rendement des pailles s'est accru dans les mêmes proportions.
La culture de la pomme de terre a donné des résultats encore plus beaux que celle des céréales; de 84,500,000 quintaux métriques de tubercules par an pendant la période de 1872 à 1881, le rendement moyen a monté à 106,600,000 auintaux pendant la période de 1882 à 1891 et à plus de 127,322,000 quintaux de 1892 à 1895.
Mais ce n'est pas tout de produire, monsieur, il faut que le cultivateur puisse tirer un parti avantageux de cet accroissement de récoltes; or, malheureusement.
les prix du marché ont baissé considérablement et menacent de ne plus être rémunérateurs; les débouchés ne paraissent plus suffisants : il faut donc en créer de nouveaux. Le bétail peut devenir un de ces débouchés.
Des expériences récentes ont démontré, en effet, qu'en faisant consommer des grains et des pommes de terre dans la ration d'un bœuf ou d'un mouton, le cultivateur pourrait réaliser pour ses grains et ses pommes de terre un prix supérieur à celui du marché actuel; dans un engraissement bien conduit, on a pu obtenir plus de 20 fr. par quintal de blé consommé, 22 fr. par 100 kilog. de tourteaux, 18 à 19 fr. des 100 kilog. de seigle et 4 à 5 fr.. et même plus, des 100 kilog. de pommes de terre.
Ces prix peuvent s'élever encore par une association intelligente des autres produits de la ferme qui, trop souvent, sont délaissés ou mal utilisés. Introduits dans la ration de la vache laitière et du porc, les grains, la pomme de terre, les tourteaux et les issues de grains peuvent donner autant d'avantages, sinon plus. Leur emploi permet même la suppression complète du foin et son remplacement par de la paille hachée, poids pour poids, en ajoutant à la ration la quantité de grains, de touiteaux ou de racines nécessaire pour compléter sa teneur en principes nutritifs.
Dans une exploitation bien conduite, toutes les pailles devraient être utilisées uniquement pour la consommation des animaux, surtout dans une année comme celle-ci, sauf à être remplacées, comme litière, par des substances moins chères, fougères, bruyères, joncs, sciure de bois, terre, tourbe, amendements..., etc.
Je n'ai pas, d'ailleurs, à vous rappeler ici les formules à suivre, vous les connaissez. Vous aurez donc, dans vos conversations avec les cultivateurs et dans vos conférences, à discuter cette importante question du rationnement et à familiariser vos auditeurs avec les substitutions de denrées pour composer la nourriture des animaux et le calcul des rations, de façon à nourrir au meilleur marché leurs animaux et d'en tirer le plus gros profit.
En utilisant tous les produits de l'exploitation et en se procurant ceux qui sont à bas prix, les cultivateurs atteindront un double but : ils surmonteront les effets de la sécheresse, triompheront des difficultés présentes et utiliseront dans les meilleures conditions leurs grains et leurs pailles au grand profit de la production animale.
C'est, du reste, en procédant de la sorte que les agriculteurs d'un pays voisin, le Danemark, sont arrivés, dans ces dernières années, à des résultats vraiment remarquables.
Ils ne se contentent pas de fournir à leurs bestiaux les fourrages de leurs prairies et de leurs pâtures, ils leur donnent tous les grains qu'ils produisent, au lieu de les vendre à vil prix ; ils en importent môme dans ce but des quantités considérables et utilisent tous les déchets des moulins et des huileries: 80 à 100 millions de kilog. de tourteaux, 140 millions de kilog. de sons et issues s'ajoutent ainsi aux grains, aux fourrages et à la paille, et accroissent considérablement de la sorte la quantité de denrées alimentaires consacrées à la nouriùture des animaux. Mais aussi, ce petit pays, guère plus grand que la Bretagne, parvient à entretenir 400,000 chevaux, 1,700,000 têtes de gros bétail dont un million de vaches laitières et près d'un million de porcis ; il est arrivé à exporter, l'an dernier, pour 104 millions de francs de beurre et pour 557 millions de viande de porc.
La France, avec son excellent climat, avec sa production grandissante de céréales et Tabondance de ses récoltes de pailles et de pommes de terre, et qui, cependant, n'exporte que 60 à 70 millions de francs de beurre avec ses six millions de vaches laitières, pourrait certainement aspirer à atteindre des résultats égaux. Il y a là, en tous cas, un grand enseignement donné dont il importe de profiter et des améliorations considérables à réaliser.
Il vous appartient, monsieur, d'y contribuer. Je compte qu'avec votre dévouement accoutumé vous ne faillirez pas à la lâche que je vous donne et que vous pourrez ainsi rendre un nouveau service à l'agriculture française.
Agréez, etc.
Le président du Conseil, Ministre de V agriculture,
J. MÉLINE