Il
fi8.9
Eléments en grammes contenus dans un kilogramme de terre. — Analyse chimique.
Azote.
Acide phosphorique.
Soluble Total. au citrate'
Chaux.
Magnésie.
Potasse.
Soluble Totale. au citrate'
Soude.
Osiyde de ter.
A. Analyse chimique. Azote. — A Gennevilliers, dans des terrains d'alluvions contemporaines, une terre non irriguée contient 1 gr. 920 d'azote total par kilogramme; la même terre, en culture de prairie permanente, irriguée à l'eau d'égout communément à Ténorme dose annuelle de 169,000 mètres cubes à l'hectare, ne renferme pas plus de 2 gr. 280 d'azote total. Même conclusion pour les numéros 3 et 4 de Gennevilliers, dans les sols de graviers anciens, comparés aux numéros 5 et 6. Dans les terres d'alluvions humifères de Vaucluse, on trouve même près d'un quart en moins d'azote dans les terres irriguées que dans celles qui n'ont jamais été arrosées à l'eau-vanne.
1-2. Pour l'acide phosphorique et la potasse, il s'agit de la proportion dite assimilable, selon la méthode de M. Dver, c'est-à dire soluble dans la solution d'acide nitrique au l/10^
Acide] sulfuricu
o.8ia
LA TERRE D'KPURATION. 933
Du fait de l'irricjation à l'eau d'égout, on doit conclure que l'azote ne s'accumule nullement dans la terre. Au fur et à mesure de sa minéralisation ammoniacale et surtout nitrique, la plus faible partie malheureusement passe dans les récoltes et la plus grande quantité s'en va au fleuve et partant à la mer, sous une forme inoiïensive d'ailleurs.
Acide phouplioriffue. — L'examen du tableau analytique fait voir que ce précieux élément n'est pas non plus l'objet d'une accumulation notable dans les terres d'irrigation. En moyenne, l'arrosage normal à l'eau d'égout ne double pas les réserves de la terre en cet agent fertilisateur. Il faut croire que cet élément est entraîné dans les eaux de drainage sous forme de phosphates alcalins ou alcalino-terreux solubles.
Potasse. — Il en est de même pour cette précieuse base alcaline. Le fait s'explique en somme très bien, étant donné l'extrême solidité des sels qui la renferment et surtout des nitrates.
Pour la région parisienne, il est très curieux de constater que les terres normalement fumées à la gadoue seraient plutôt plus riches en acide phosphorique et en potasse que celles arrosées continuellement à l'eau d'éi^out.
Rien de bien parliculiei' non plus pour ce qui est de la magnésie, de la soude, de l'oxyde de fer et de l'acide sulfurique.
Chaux. — Comme on en juge à l'examen du tableau analytique, la chaux seule est en très notable diminution de dosasre dans les terres irriguées. L'arrosage à l'eau d'égout est notoirement décalcarisant pour la terre. C'est, sans aucun doute, ce qui fait qu'à Reims l'apport d'engrais ou plutôt d'amendements calcaires, sous forme de scories métallurgiques de déphosphoration, très calciques, augmente notablement la productivité en froment et en betteraves des terres arrosées à l'eau d'égout. Des expériences, récemment commencées, montreront s'il doit en être de même dans la presqu'île de Gennevilliers.
B. Analyse physico-chimique. — D'après les méthodes officielles, elle divise tout d'abord la terre en cailloux, d'une part, qui, au lavage, restent sur le filtre dont les mailles ont un millimètre carré d'ouverture, et en terre fine, d'autre part, qui passe au travers du même filtre. La terre fine, et cela s'explique, serait plutôt en augmentation dans les terres irriguées.
11 en serait de même pour le sable siliceux et l'argile.
Le calcaire, selon qu'il a élé indiqué pour la chaux, est en notable diminution dans les sols arrosés.
Les débris organiques et l'humus, dans les terres irriguées, comparées à celles qui ne le sont pas, sont en légère augmentation qui, somme toute, ne dépasse pas le tiers de la teneur initiale. Pour ces matières organiques, on n'était donc aucunement fondé à prétendre qu'il dût y avoir accumulation ou feutrage.
C'est, en même temps que la nitrification des matières organiques azotées, que les produits cellulosiques, incorporés au sol irrigué, sont l'objet d'une combustion lente, mais incessante, qui les détruit au fur et à mesure de leur apport.
Dans les points hauts des territoires d'épandage, en raison de leur
faible densité, tout au plus peut-il y avoir un arrivage plus intensif des produits pailleux contenus dans les eaux d'égout. C'est ce qui se produit notamment dans la région boisée du parc agricole d'Achères, au voisinage des bouches d'égout de sûreté. Dans les quelques points où ces déchets celluleux sont amenés en quantité un peu anormale, il est on ne peut plus facile de s'en débarrasser par l'épandage en surface de la terre non labourée, ou par l'enfouissement dans les sols périodiquement retournés par la charrue.
En résumé, les sols irrigués à l'eau d'égout sont le siège d'une décalcarisation évidente, qui ne laisse pas que d'avoir une certaine importance dans les terrains normalement pauvres en chaux. Les principes essentiels de la fertilisation, azote, acide phosphorique, potasse, magnésie, ne sont qu'en très légère augmentation dans les terres anciennement irriguées. Les débris organiques et l'humus, dont la teneur est toujours fort limitée dans la terre, n'augmentent pas d'un tiers delà quantité initiale, dans les sols depuis longtemps arrosés aux eaux usées des villes.
Dans les champs d'irrigation, si l'on cessait subitement l'arrosage, il ne faudrait à peine que quelques saisons de culture et de récoltes pour que la terre devienne aussi appauvrie qu'auparavant et que l'on soit obligé d'avoir recours à de nouvelles fumures.
Paul Vincey,
Ingénieur-agronome, professeui' départemental d'agriculture de la Seine.