‹ Journal de l'agriculture (volume 4)Chapitre 723 sur 737 · LA VIGNE DANS LE VAR · texte numérisé non relu

LA VIGNE DANS LE VAR

OUioules (Var)j le 13 juin.

Mon cher rédacteur en chef, voulez-vous permettre à un vieil ami qui vient de faire une fugue, de reprendre, dans les colonnes hospitalières de ce Journal^ sa capricieuse collaboration, pour vous parler, de temps à autre, de ce qui se passe sur les rives méditerranéennes où, voyageur fatigué par le chemin déjà parcouru, il a planté sa tente, au milieu des jardins et des vignes? Oui? Dans ce cas, vous donnerez un titre aux notes que je vous adresserai et dans lesquelles je parlerai, en paysan, de ce que j'observe autour de moi, de nos pratiques horticoles qui ont tant à gagner à se perfectionner, de nos besoins, si nombreux, si pressants par cette fin de siècle qui voit de si étonnantes transformations, de nos succès quand nous en aurons, et aussi de nos déceptions. Les sujets de plainte ne manquent pas, certes. Il a plu, peu ou prou, tôt ou tard, à peu près partout. Ici, bien que le temps nous ait souvent menacé de nous inonder, voilà huit mois que nous n'avons pas eu de pluie. Les effets de la sécheresse sont aggravés depuis une quinzaine par des vents violents qui soufflent en tempête, desséchant le sol, brisant les arbres fruitiers et les vignes, brûlant les feuilles. Bref, l'année s'annonce comme devant être très malheureuse pour la région provençale.

La vigne promettait jusqu'ici une récolte moyenne. L'année dernière, alors que le mildiou sévissait avec intensité dans le Languedoc, nous avons été à peu près épargnés par les maladies et le vignoble avait, jusqu'à ces derniers jours, le plus réjouissant aspect. Peu de coulure. Les grains ont déjà la grosseur des petits pois. Depuis huit jours, malgré des soins inusités, la sécheresse commence à faire sentir ses funestes effets. On signale, sur nombre de points, une recrudescence de la chlorose, et des rabougrissements qu'on a désignés d'un terme général la ^om??io,se, faute peut-être d'en connaître le véi'itable caractère, se multiplient dans les vignobles de plaine, d'une façon inquiétante.

Vous savez quelle désorientation la crise phylloxérique a amenée dans nos pratiques viticoles, quels engouements, souvent irréfléchis elle a provoqués. Je ne veux, pas pour l'instant, vous parler des porte-grefîes — purs et hybrides, — le sujet nous mènerait trop loin ; mais, n'avonsnous pas, en Provence, sans rime ni raison, renoncé presque complètement à certains cépages qui étaient autrefois la base du vignoble, pour nous jeter dans les cépages languedociens et en particulier sur les Aramons et les hybrides Bouschet. Pourquoi? Parce qu'on a cru que les gros rendements en hectolitres équivalaient aux gros rendements en argent. Ce qui est une erreur. Car tous ceux qui autour de nous se

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