‹ Journal de l'agriculture (volume 4)Chapitre 83 sur 737 · L'EUMOLPE ET LES TOURTEAUX DE SÉSAME SULFURES · texte numérisé non relu

L'EUMOLPE ET LES TOURTEAUX DE SÉSAME SULFURES

L'eumolpe, gribouri, ou écrivain, est certainement, après le phylloxéra, un des ennemis les plus acharnés et les plus redoutables de la vigne. L'insecte parfait en ronge toutes les parties vertes et la larve s'attaque aux racines en y creusant des galeries et en favorisant le dépérissement rapide des ceps. Il arrive assez fréquemment, et surtout lorsque les attaques sont localisées, quil y a apparition de taches assez semblables à celles produites par le phylloxéra.

Comme l'insecte se multiplie en nombre considérable surtout pendant les mois de mai et juin, la chasse qu'on peut lui faire à cette époque est toujours insuffisante, et les traitements appliqués dans le but de détruire les larves qui dévorent les racines sont plus efficaces. Dans tous les cas ils sont le complément indispensable de la chasse faite aux insectes parfaits, dans les cas d'attaque sérieuse, comme cela s'est produit dans le Midi, à un moment donné, et à eux seuls ils peuvent suffire pour anéantir le gribouri. Tel est le cas fort intéressant qu'il m'a été permis de constater dans le département de Saône-et- Loire,surune vigne fortement attaquée.

Le propriétaire de la vigne en question, supposant qu'il avait affaire au phylloxéra et ne voulant pas avoir recours au sulfure de carbone, employa les tourteaux de sésame sulfurés, et cela dans un double but, pour détruire le phylloxéra et pour redonner de la vigueur et une vie

l'eumolpe et les tourteaux de sésame sulfurés. 139

nouvelle, ces tourteaux formant en quelque sorte un engrais complet renfermant environ 6.50 d'azote, 2.5 d'acide phosphorique et I de potasse pour 100.

Ce nest que quelque temps après l'application des tourteaux qu'un examen plus approfondi de son vignoble par des personnes compétentes lui permit de constater que les racines étaient indemnes de phylloxéra, et que l'insecte qui les attaquait n'était autre que le gribouri sous forme de larve.

Les tourteaux de sésame réduits en poudre avaient été appliqués de bonne heure, au printemps, à la dose de 150 grammes par cep. Afin de pouvoir se rendre compte du meilleur mode d'emploi, sur la moitié de la partie envahie, Tépandage avait été fait au pied des souches même, sur un rayon de 20 à 25 centimètres, et sur l'autre moitié, la poudre de tourteaux avait été répandue sur toute la surface. Dans les deux cas, l'engrais avait été enfoui à 25 centimètres environ, par la première façon culturale de printemps.

L'effet produit par les tourteaux en tant qu'insecticide ne tarda pas à se manifester et les souches reprirent vigueur dès la première année. Cependant l'effet ne fut réellement satisfaisant que la deuxième année, et cela s'explique facilement, en ce sens que les tourteaux n'avaient pu, dès la première année, se décomposer suffisamment pour céder leurs éléments fertilisants aux racines. Leur action en tant qu'engrais vint compléter heureusement leur action insecticide, en permettant ainsi aux ceps de reprendre leur vigueur normale, à la deuxième pousse après l'application des tourteaux.

Comme quelques insectes parfaits étaient encore apparus durant les mois de mai et de juin de la première année, une nouvelle application fut faite au printemps de la deuxième année, mais à la dose de 50 grammes par cep seulement.

Les diverses observations faites durant ces deux années d'essais ont permis de constater que les tourteaux appliqués au pied même des ceps avaient produit un effet plus marqué que ceux répandus à la volée sur toute la surface, très probablement, parce que, se trouvant en plus grande masse à proximité des racines moyennes attaquées par les larves, leur action insecticide avait pu s'exercer avec plus d'intensité. P. Hoc.

Page 1