‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 108 sur 752 · Voronege · texte numérisé non relu

Voronege

Total 34.688.000 lo. 196. 000 '44.884.000' 100.00

Il résulte de ce tableau qu'on élève des moutons, quoiqu'en proportions tout à fait différentes, dans tous les cinquante gouvernements de la Russie d'Europe proprement dite, sans exception. Nous citerons comme étfint les plus favorisés sous ce rapport la Tauride^ le territoire des Cosaques du Don, les i^ouvernements à'Ekatérinoslaf, de Cherson, de Vorenege^ de Tambof^ de Samara, de Poltava, de Saratof et d'Astrakhan; tandis que ceux de Sauit-Pétersbourcj, d'Arkhangel, de Pskof, de Vitna, d'Olonets, de Novgorod, de laroslaf, d'Esthonie, de Moscou^ de Vitebsk, de Kalouga, de Moliilef, de Vladimir, d'Où fa, de Kovno, de Tver, de Vologda et de Sniolensk doivent être signalés comme étant les plus pauvres en moutons.

En ce qui concerne la production de la laine, en Kussie, elle est évaluée, d'après des données établies avec compétence et portant sur les dix dernières années, à environ 50 millions de kilog. par an, notamment à 43 millions de kilog. pour la laine indigène ordinaire et à 7 millions et demi de kilog. pour la laine fine. Cette production était plus considérable pendant la période décennale précédente, surtout à partir de 1 860 jusqu'en 1 870 ; elle s'élevait alors à 60 millions de kilog, environ, pour le total de la laine produite en Russie.

Il est à noter que bon nombre de moutons sont tués pour la pelleterie, sans avoir été préalablement tondus, ce qui a surtout lieu pour les moutons de Romanof. Aussi les agnelins de plusieurs races indigènes trouvent-ils un emploi très varié dans li pelleterie, principalement ceux de Tespèce à la queue grasse, qui entrent dans le commerce sous la désignation de <c barachki » et en constituent un article fort apprécié. Particulièrement dans ces derniers temps, ils ont été 1res recherchés et payés cher, jusquàcinq roubles pour la peau noire. Le commerce principal avec cet article se fait à la foire de Nijni-Novgorod. Ces agnelins sont, en même temps, un objet sérieux d exportation, et ils sont beaucoup envoyés à Paris, depuis quelques années. Les agnelins bruns qui se vendent moins cher que les noirs, sont expédiés à Londres où on les teint en noir — un art que les pelletiers russes ne savent, paraît-il, pas exercer — pour ensuite être réimportés en Russie.

La décroissance qui s'est effectuée en Russie, dans la production de la laine, est due à deux causes principales. L'une de ces causes consiste dans l'augmentation des cultures, c'est-à-dire dans la conversion de vastes pâturages en champs, laquelle y a lieu par suite de la hausse des prix pour les grains. Cette conversion s'est produite, en proportions très sensibles, dans les gouvernements méridionaux de l'empire, où l'on a conséquemment cultivé sur une grande échelle le froment. C'est donc dans ces gouvernements méridionaux que s'est manifestée, depuis une quinzaine d'années, la décroissance la plus considérable du nombre des moutons et, par suite, de la produc-

tion de la laine. Ainsi, dans le gouvernement de Chorson, par exemple, le nombre de montons a pu diminuer, durant cette époque, de 580,000 têtes ou de 21 pour 100 sur un total de 2,703,000 têtes en ISOf), et dans le i^ouvernement d^Ekatérinoslaf de 330,000 têtes ou d'environ 12 pour 100 sur un total de 2,055,000 têtes.

L'autre cause du décroissement de la production de la laine en Russie, consiste dans la crise lainière qui avait fait beaucoup baisser les prix de la laine, en général, mais particulièrement ceux de la laine fine. La concurrence des laines transocéaniques a été redoutable, d'ailleurs, à l'élève des moutons dans tous les pays de l'Europe et non pas seulement en Russie oi^i surtout la production des laines supérieures en avait souffert. Malheureusement, on n'a point encore triomphé de cette concurrence, et il n'est pas vraisemblable qu'on en triomphe jamais. Mais d'autre part, la consommation de la lame va augnientant tous les ans et, comme conséquence, les prix des dernières années avaient un peu haussé, de sorte qu'à l'avenir on peut s attendre à un relèvement plus ou moins prompt de l'élevage des moutons en Europe. Les éleveurs de l'Europe occidentale ont trouvé une issue à la calamité qui les menaçait, en élevant à coté des moutons à laine fine, des moutons à viande et en rattrapant par ce moyen, tant bien que mal, d'un côté ce qu'ils avaient perdu de l'autre. Etant donné qu'en Russie, le plus important élevage des moulons a lieu au midi de l'empire, où il n'existe point de grands débouchés pour la viande du mouton, les éleveurs russes ne pouvaient sJiivre cet exemple que dans des proportions tout à fait limitées. Car un long transport par chemin de fer, en supposant qu'il ne soit point préjudiciable au mouton frais, rendrait cet article tellement cher que le prix qu'obtiendraient les éleveurs pour leurs moutons à viande, devrait nécessairement être si bas qu'en fin des comptes ils tireraient peut-être moins d'avantage encore de l'élevage des moutons à viande que de celui des moutons à laine fine. D'ailleurs, ces derniers, lorsqu'ils ne peuvent plus servir comme moutons à laine, sont cédés, en nombre, à de grandes boucheries qui les achètent pour en extrarire du suif, et pour en vendre la viande à vil prix.

Une meilleure organisation des moyens de transport, ainsi que l'élevage de moutons à viande vraiment beaux, contribueraient, sans doute, à une exportation plus considérable des moutons vivants dans les pays occidentaux. En efîet, l'exportation actuelle des moutons delà Russie, qui, comme quantité, va toujours augnientant, fournit la preuve que les pays étrangers ont besoin de moutons russes et qu'ils en demanderaient davantage encore, si l'on pouvait leur fournir des moutons de qualité supérieure. Les moutons de la Russie méridionale se prêtent particulièrement à l'élevage pour la boucherie.

Quant à la Russie septentrionale où sont situés les grands centres de la consommation indigène tels que Saint-Pétersbourg, Moscou^ Riga, etc., l'entretien des moutons — nous disons entretien, vu qu'il n'y peut pas être sérieusement question d'un élevage dans le vrai sens du mot — se trouve entièrement entre les mains des paysans qui se contentent de leurs moutons indigènes à laine grossière et impropres à la boucherie, et qui, fidèles à leurs anciennes habitudes, ne songent pas à en perfectionner la race. Toutefois, il faut en excepter les provinces baltiques où l'élève des moutons s'exerce déjà d'une façon plus rationnelle. On peut, d'ailleurs, invoquer pour les gouvernements septen-

trionauxde la Russie, afin d'être juste, les conditions défavorables du sol et du climat qui opposent souvent de grands obstacles à un élevage important. En tout cas, ce ne seraient que des prix très rémunérateurs qui pourraient y rendre avantageux l'élève rationnel des moutons à viande, aussi bien que des moutons à laine, Nicolas de Nasakixe.

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