XIII. — Les sucres et les betteraves
La végétation des betteraves se poursuit dans de très bonnes conditions : la chaleur leur a Fait le plus grand bien; les feuilles se développent avec une grande vigueur. Quoique beaucoup de champs présentent encore d'assez grandes irrégularités à cause du retard des betteraves semées les dernières, les agriculteurs sont beaucoup plus satisfaits qu'il y a un mois. — Dans la région de l'ouest, on continue à se préoccuper de l'extension de la culture des betteraves ; dans les Charentes, on s'occupe de la création de sucreries; ces efforts tendront à rendre une partie de sa prospérité à une région si cruellement éprouvée par la destruction des vignes sous les atteintes du
phylloxéra.
XIV. — Nouvelles de l'état des récoltes. Voici quelques nouvelles notes de nos correspondants, qui ont particulièrement trait à la moisson. — M. le docteur. Schneider notis écrit de Thion ville, à la date du 24 juillet :
« Rendemeut extraordinaire du seigle,, en Lorraine, où cette céréale avait paru très gravement compromise par les gelées du printemps : une gerbe donne 5 litres de grain, le rendement de \0 hectolitres à l'hectare est commun. — Les épis de blé sont bien garnis ; de ce côté encore on s'attend aune surprise agréable. Quant à l'orge elle deiie, comme l'avoine, toute comparaison avec les 15 ou 20 annéesqui précèdent! Tout va bien, et nous tenons décidément une excellente année, mais le revers de la médaille, offert par les arbres fruitiers, est vraiment terrible. Le désastre prend chaque jour des proportions plus effrayantes, sous l'empire de la sécheresse. Nos vergers d'ordinaire si riants, présentent actuellement l'aspect le plus triste et si l'on peut ainsi dire, le plus bigarré : une partie des arbres est noire, celle qui n'a' pas donné signe de vie au printemps ; une autre partie est brune, là où les feuilles sont mortes; une autre est jaune, la vie s'en va; une dernière est encore verte, 'il y aura des survivants, mais rarinantes. Dans les côtes de Fameck, de Budange et dans les contrées circonvoisines, oîi les cerisiers abondent, il y a des fermes dont lejrevenu va diminuer de 400 à 600 francs par an. A ce point de vue, le rapport que j'ai envoyé à la Société nationale d'agriculture n'est pas assez pessimiste, et il est probable qu'on en pourra dire autant de la plupart des rapport dus à mes confrères. »
Dans la noie suivante qu'il nous envoie de Ferrières, à la date du 23 juillet, M. Nebout fils donne des détails sur la situation des deux cantons de Lapalisse et de Cusset, dans le départemi3nt de FAliier:
« La moisson du seigle est achevée dans les cantons deCusset et de Lapalisse en ce mjment-ci, etcommence dans nos montagnes du canton du Mayet-Montagne.
« Dans les deux premiers, elle n'est que moyenne et ne paraît pas donner beaucoup de grains, dans le dernier ils sont splendides, mais ne paraissent pas non plus grenés.
« Le froment y est beau aussi, presque moyen dans les deux premiers, l'on dit qu'il est très mauvais et envahi de mauvaises herbes dans la Limagne d'Auvergne, appelée avec juste raison le jardin de la France.
Les travaux de la moisson se sont bien exécutés dans le département de Lot-et-Garonne, d'après la note que M. Leyrisson nous envoie de Tridon, à la date du 27 juillet :
« Malgré unefloraison desplus anormales, la récolte desblés ne paraît pas encore trop mauvaise tellement l'hiver dernier avait apporté une heureuse influence sur le développement des tiges de la céréale : Les gerbes que l'on rendre maintenant sont passablement lourdes, sauf quelques cas de blés versés, très rares d'ailleurs. La vigne attaquée d'abord par la coulure, l'est encore d'avantage par l'oïdium : les premiers soufrages ayant été exécutés en temps pluvieux n'ont produit aucun effet, et maintenant que le temps est prospère, les travaux de la moiss )n nous empêchent d'exécuter convenablement cette utile opération. Les tabacs souffrent de la sécheresse, mais les chanvres sont d'une végétation des plus luxuriantes. Les pommes de terres et les betteraves promettent d'assez beaux produits. La récolte des abricots a été tellement abondante qu'à raison de 5 fr. les 50 kilog. on a pu acheter d'assez beaux fruits; tandis que les qualités inférieures se sont vendues de 1 à 3 fr. La deuxième coupe de fourrages artihciels a été très abondante. Les regains des prés naturels vont assez bien jusqu'ici; mais la pluie serait déjà très nécessaire pour leur développement ainsi que pour toutes nos semailles d été. »
Nous avons donné plus baut les résultats des premiers renseignements de la moisson. En ce qui concerne la vigne, les appréciations sont assez contradictoires : il faut encore attendre quelques semaines avant de pouvoir se former quelque opinion. J.-A. Barral.