‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 157 sur 752 · I. — Alimentation du cheval · texte numérisé non relu

I. — Alimentation du cheval

S'il est une alimentation dont doivent se préoccuper les cultivateurs, c'est assurément celle du cheval, tant au point de vue de l'hygiène, qu'à celui de sa conservation, et que dans le but de lui faire produire tout le travail dont il est susceptible, et surtout au point de vue économique de l'alimentation.

Quelle est la nature des grains, fourrages, qui doivent composer la ration du cheval, la proportion de chacun des aliments à y introduire, quelle quotité doit-on donner en raison du service que le cheval doit faire? Voilà toutes questions auxquelles je vais répondre.

Il n'est question ici que du cheval de trait auquel on demande beaucoup de travail, mais au pas. Il a besoin de beaucoup de force et pendant un temps très long (il a souvent plus de dix heures de travail par jour). On comprend tout de suite qu'il doit avoir une alimentation différente de celle du cheval de course, qui va franchir plusieurs kilomètres en quelques minutes.

J exposerai le système d'alimentation de la ferme de Lens; il a pour base le foin, la paille hachée et les grains passés sous l'aplatisseur.

J'ai donc une machine faisant mouvoir un hache-paille, hachant foin et paille ; le tout tombe dans une blutterie qui a pour mission de débarrasser ce mélange de la poussière qu'il contient, elle est de 5 à 10 pour 100 suivant qualité des fourrages. A la sortie de la blutterie, ce mélange tombe en tas où l'ouvrier chargé de la préparation des nourritures le prend, et on verse la quantité déterminée pour la ration journalière sur un plancher, recouvert pour sa conservation d'une plate forme en zinc. Cette nourriture étant étendue sur une épaisseur de 40 centimètres, on ajoute sur toute la surface de sa couche les grains indiqués pour la ration du jour, puis avec une eau légèrement salée et au moyen d'un arrosoir on humecte le tout. On culbute avec une pelle en bois p'usieurs fois le mélange afin qu'il soit complet, puis par une ouverture au plancher, de 25 centimètres carrés, on fait tomber cette nourriture dans un bac en tôle pouvant contenir la provision de la journée, on tasse soigaeusement, et quelques heures après en été, après environ douze heures en hiver, on peut donner cette nourriture aux chevaux qui en sont très avides.

La composition de la ration est variable, elle dépend de l'abondance et du prix des denrées. Il m'est arrivé de nourrir mes chevaux avec du maïs, du sarrasin, de l'orge pour remplacer en partie l'avoine qui était très chère et nourrissait peu à cause de son peu de noyau.

Voici la composition actuelle de la ration de mes chevaux avec son prix de revient :

Avoine 4 kilog. à 20 fr. les 100 kilog 0 fr. 80

Maïs ou sarrasin ou orge 3 — 15 — 0 45

Foin 3 80 fr. les 1,000 kilog... 0 24

Paille 2—50 — ... 0 10

Sel 0.030

Frais de mai^iutention 0 05

1 fr. 64

J'ai une remarque à faire. C'est qu'il est important dâ hacher la paille et le foin à une longueur de 1 centimètre 1/2, longueur la plus convenable; plus longs, ils sont moins appétissants; plus courts, ils

210 NOTES SUR L'EîdTRETIEN DU BÉTAIL.

ne laissent pas assez de travail à la mastication et lis passent trop rapidement dans l'int&stin ; ils ne tiennent pas au corps, comme ondit chez nous.

La supériorité de la nourriture haichée donnée en fourrière, sur la nourriture donnée au râtelier, est celle-ci : le cheval met beaucoup moins de temps pour manger sa ration hachée ; on lui fait manger de c«tte manière des nourritures qu'il refiaserait au râtelier à cause de leur médiocre qualité. Ensuite on le met à l'abri des accidents qpue provoque souvent sa gourmandise lorsqu'en rentrant à l'écurie il se jette avidement sur sa ration d'avoine qu'il avale goulûment; oubliant de la mâcher, elle ne fait que passer dans l'intestin sans être digérée, au lieu que si elle était légèrement aplatie et préalablement mélangée avec les aliments hachés, elle digérerait bien et profiterait. Le cheval se conserve plus longtemps par cela même que la nourriture est moins préparée, elle s'assimile mieux, et c'est surtout lorsqu'il vient sur l'âge que l'efficacité de ce système s'affirme.

Inutile, je crois, de m'étendre sur ce mode d'alimentation, il se généralise assez en France pour prouver sa valeur. Mais en Angleterre il y a longtemps qu'il est jugé; je lisais, il y a quelques jours, dans une Revue agricole anglaise, que sur 240, 005 chevaux que possédait Loadres, 190,000 étaient nourris à la nourriture hachée. IL — Alimentatio7i du gros bétail.

J'engraisse environ 450 têtes de gros bétail par année, je n'en ai jamais moins que 180 à l'écurie, 200 quelquefois. Je les achète on Franche-Comté ou dans la Mayenne, je les vends au marché de Lille ou de Bruxelles. Ils coûtent maigres environ 0 fr. 86 le kilog. vivant, et après cent-dix à cent-vingt j,oursd'établage, ils sont vendiss 1 fr. 05 le kilog. vivant; ils augmentent d'environ 160 à 170 kilog. par tête, pendant leur séjour à l'étable. Je n'ai point de moutons parce que je n'ai point de vaines pâtures et que leur fumier ne fait pas de la bo,nne betterave; il la fait grosse, mais de mauvaise qualité.

Voici la compositian de la ration des bêtevs à cornes :

Pulpe de betteraves 40 kilog. à 12 fr. les 1 ,000 kilog 0 fr. 480

Tourteaux mélangés, lin, œillette.... 4 — 2(0. les 100 kilog 0 800

Foiu et paille haciiée 3—65 lesl,OQOk.,prixmoyen. 0 195

La nourriture hachée est légèrement arrosée avec l'eau salée et mélangée comme je le fais pour la nourriture des chevaux. Cette nourriture est mise en tas et n'est donnée que douze' heures après sa préparation .

Mes animaux font trois repas par jour et mangent conséquemiment leur ration en trois fois et par tiers. Je fais mélanger aussi tous les aliments dans la fourrière, tourteaux et nourriture hachée, cela oblige l'animal à chercher ce qu'il préfère, il mange moins goulûment, et cela évite les gonflements trop fréquents.

Mes nourritures hachées reçoivent une préparation préalable, c'est-à-dire que si pour le cheval je recommande de couper les fourrages courts, pour le bœuf cela ne doit pas être la même chose; il faut couper à une longueur de 0"'.02 à 0"*.03, cela oblige l'animal à manger lentem-ent et lui donne le moyen de ru-mi :>c'r, ce qui est indispensable' à toute bonne digestion. Je le répète, ih^ ntliments trop

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