‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 178 sur 752 · LA PRÉTENDUE RACE DE LOURDES · texte numérisé non relu

LA PRÉTENDUE RACE DE LOURDES

la bonne méthode, d'une métairie limousine ou d'une petite propriété pyrénéenne. Sans cela ils n'auraient pu manquer de constater les avantages du mode d'exploitation que le bon sens des populations y a fait établir. Ce sont eux qui sont bien vérilablement absolus et exclusifs, et non pas nous^ si ce n'est à l'égard de notre critérium zootechnique, qui est, dans tous les cas, le bénéfice ou le profit.

Le progrès, ici, ne consisterait point à cesser de faire travailler les vaches, sous prétexte d'en obtenir plus de lait pour le baratter ou pour nourrir les veaux. Le surplus obtenu serait loin de compenser les frais d'entretien des animaux chargés d'accomplir leur besogne, bœufs ou autres. Pour le réaliser, sans changer de système, il suffirait d'exiger de chaque vache en particulier une moindre somme de travail, en augmentant le nombre des bêtes nourries, et de les renouveler plus souvent, c'est-à-dire de produire annuellement sur la même surface cultivée, plus de matière transformée en arj^ent, sans supprimer aucune des fonctions économiques du bétail entretenu. C'est là une des lois de la zootechnie scientifique, dont la pratique éclairée fournit chaque jour la confirmation.

Sous l'empire de considérations que nous n'avons point à examiner, cela sortant de notre compétence spéciale, l'administration forestière a imaginé de pousser, en faisant intervenir le budget de l'Etat, à l'établissement de fruitières dans les Pyrénées, dont le but serait d'en faire disparaître les moutons et de les remplacer par des bêtes bovines. Nous avons eu sous les yeux, à cet égard, quelques documents officiels, et nous avons recueilli des renseignements qui, en dehors du point de vue zootechnique, absolument négligé par les fonctionnaires qui se sont le plus occupés du sujet, seraient loin de nous porter à acquiescer à la réforme si ardemment poursuivie. Nulle part, d'abord, l'industrie fromagère n'a pu lutter avantageusement contre une industrie beurrière établie. Nulle part non plus il n'a été admissible que des montagnes difficiles à engazonner fussent propres à nourrir des vaches laitières. En outre, nous possédons un compte tiré d'un rapport fait sur une fruitière administrative des Pyrénées, duquel il résulte que 51 vaches ont fourni, du 2i mai au 28 septembre (durée du temps de pâturage en montagne), 13,070 lit. 50 c. de lait, ce qui fait 256 litres pour chacune. On évalue ce lait à 0 fr. 13 le litre, ce qui fait pour une vache un produit brut de 33 fr. 28. Où la vache s'est nourrie, '15 brebis des Pyrénées eussent vécu et eussent donné au moins 800 litres de lait qui, à valeur égale par litre, feraient un produit de 104fr. Etnunc erudimini ! A. Sa>soiv,

Professeur de zoologie et zootechnie à l'Ecole nationale deGrignon et à l'Institut national agronomique.

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